Le Brexit: la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne

24 juin 2016
02m 48s
Réf. 07067

Notice

Résumé :
Le 23 juin 2016, les Britanniques ont voté par référendum à 51,9 % pour la sortie de leur pays de l'Union européenne. L'issue du résultat a été longtemps incertaine. Nigel Farage, leader du parti europhobe UKIP, se félicite de ce résultat. Le Premier ministre David Cameron annonce sa démission. L'ancien maire de Londres, Boris Johnson, pro-Brexit, sort de chez lui sous les sifflets de la foule.
Date de diffusion :
24 juin 2016
Source :
A2 (Collection: 20 heures )

Contexte historique

Dès son entrée en 1973 dans la Communauté économique européenne (CEE), le Royaume-Uni n'a cessé d’entretenir des relations complexes et ambigües avec cette dernière, au point de parfois bloquer et ralentir la construction européenne (voir L'Europe des Neuf et Les sommets européens de Stuttgart à Fontainebleau (juin 1983-juin 1984)).

En 2013, le Premier ministre conservateur David Cameron, en poste depuis 2010, promet d'organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne en cas de victoire de son parti aux élections législatives de 2015. Il souhaite en effet mettre un terme au différend entre pro et anti-européens qui traverse le parti conservateur depuis de longues années. Après le succès des conservateurs aux législatives de 2015, David Cameron organise donc un référendum le 23 juin 2016. Les électeurs britanniques doivent répondre à la question suivante: "Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l'Union européenne ou la quitter ?". Une partie des conservateurs derrière David Cameron font campagne pour le maintien dans l'Union européenne ("Remain"), tout comme les travaillistes, les libéraux-démocrates et le Parti national écossais. À l'inverse, les conservateurs eurosceptiques conduits par l'ancien maire de Londres Boris Johnson, ainsi que les europhobes de UKIP, menés par Nigel Farage, militent pour la sortie de l'UE ("Leave").

Le 23 juin 2016, le "Brexit", c'est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l'UE, est approuvé par 51,9 % des voix contre 48,1 % pour le maintien. 43 ans après son adhésion, le Royaume-Uni va donc quitter l'Union européenne. Ce référendum révèle les fractures d'un royaume désuni. Si l'Angleterre et le Pays de Galles ont voté pour le Brexit, avec respectivement 53,4 % et 52,5 % des voix, l'Ecosse et l'Irlande du Nord ont très majoritairement choisi le "Remain", avec respectivement 62 % et 55,3 % des voix. Le vote écossais semble donc relancer le processus vers une indépendance, la Première ministre de l'Ecosse, Nicola Sturgeon, estimant que son pays voit "son avenir au sein de l'Union européenne". De même, ce sont les régions désindustrialisées qui ont voté pour le Brexit, tandis que les grandes villes ont opté pour le "Remain" à près de 75 %. La fracture est aussi générationnelle: 62 % des plus de 65 ans ont voté en faveur du "Leave" contre 73 % des moins de 25 ans pour le "Remain". Le Brexit s'explique principalement par le désir des électeurs britanniques que leur pays ne dépende plus des décisions européennes et puisse reprendre le contrôle de ses frontières et de l'immigration.

Le Brexit provoque la crise politique la plus importante de l'histoire de l'UE: pour la première fois depuis sa création, un État membre décide de quitter l'Union. En outre, le Royaume-Uni était la deuxième puissance économique et la première puissance de l'UE. Le Brexit survient par ailleurs alors que l'UE a déjà été ébranlée par la crise de l'euro en 2008 puis celle des réfugiés en 2015.

Prenant acte du résultat du référendum qu'il avait initié, David Cameron annonce dès le lendemain du scrutin sa démission pour octobre 2016. Mais il démissionne finalement dès le 13 juillet 2016 et se voit remplacer par Theresa May, qui lui succède aussi à la direction du Parti conservateur. Par la suite, le 29 mars 2017, Theresa May annonce le déclenchement de l'article 50 du traité de Lisbonne, activant officiellement la procédure de sortie de l'UE. Les négociations pour finaliser le divorce entre le Royaume-Uni et le reste de l'UE débutent le 19 juin suivant. Deux problèmes principaux doivent être réglés. Il faut d'abord établir le statut des 1,2 million de Britanniques qui vivent dans l'UE et celui des 3 millions de citoyens des États de l'UE établis au Royaume-Uni. Il faut également déterminer le montant des sommes dues par Londres à Bruxelles au titre des engagements passés par les Britanniques.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage ouvre le journal télévisé de vingt heures de France 2 le 24 juin 2016. Son lancement par le présentateur Laurent Delahousse se fait du reste sur fond de l'image la plus emblématique du Royaume-Uni, celle de Big Ben, avec en bas à droite de l'écran la mention "Brexit" incrustée sur le drapeau britannique. Le journal télévisé de France 2 a alors pris la forme d'une édition spéciale consacrée entièrement au Brexit, alternant sujets, plateaux extérieurs, interviews d'invités et analyses en plateau. Les journaux télévisés français ont largement couvert le Brexit. Selon Ina STAT (n° 43, septembre 2016), ce dernier a été l'actualité la plus traitée dans les journaux télévisés de TF1, France 2, France 3, Canal+, Arte et M6 en juin 2016 : 264 sujets y ont été consacrés.

Le sujet de France 2 a pour objectif de résumer la soirée électorale de la veille ainsi que ses conséquences immédiates. Construit de manière très classique, il donne à voir les moments principaux d'une élection : la présentation des résultats du scrutin sur une carte, le dépouillement des bulletins dans plusieurs bureaux de vote, différentes scènes de liesse chez les vainqueurs et de tension puis de déception chez les perdants. Il ne se compose pas seulement d'images factuelles mais comporte également les déclarations des deux principaux adversaires: Nigel Farage, leader du parti europhobe UKIP, et David Cameron qui annonce sa démission de la fonction de Premier ministre, devant le 10 Downing Street.

Le reportage de France 2 met l'accent sur la portée historique du résultat du référendum qui voit pour la première fois un État membre décider de quitter l'Union européenne. Le présentateur comme le journaliste évoquent un "choix historique". Le reportage donne également à voir le grand suspense qui a régné pendant le dépouillement des bulletins de vote. Nigel Farage fait même une déclaration au cours de la soirée électorale qui laisse alors penser à une courte victoire du "Remain", tandis que les militants anti-Brexit apparaissent de plus en plus tendus au fil des dépouillements. Enfin, le sujet met en valeur la profondeur des divisions du Royaume-Uni et les réactions passionnelles entre les pro-Brexit et les anti-Brexit. La séquence où l'on voit l'ancien maire de Londres, Boris Johnson sortir de chez lui sous la protection des policiers et sous les sifflets de la foule, en témoigne parfaitement.
Christophe Gracieux

Transcription

Laurent Delahousse
Voilà pour les titres. Bonsoir à tous. Le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne. La phrase résonne à la une de l’actualité du monde entier depuis ce matin. 43 ans après son adhésion, la Grande Bretagne a fait le choix historique de dire non à cette aventure commune qui avait pour ambition d’être un idéal commun. Un mot qui fera donc date, le Brexit, et un scénario envisagé devenu réalité avec, vous allez le voir, des réactions parfois passionnelles. Résumé de ces dernières heures avec Clément Le Goff.
(Bruit)
Clément Le Goff
Leur choix est historique, les Britanniques claquent la porte de l’Europe. Près de 52 %, 17 millions de votes pour quitter l’Union et voici l’homme par qui tout est arrivé.
Nigel Farage
On a récupéré notre pays.
(Bruit)
Clément Le Goff
Ce matin, l’europhobe Nigel Farage jubile.
Nigel Farage
Le soleil s’est levé sur un Royaume-Uni indépendant.
Clément Le Goff
Son camp l’emporte au terme d’une longue nuit de suspens.
(Bruit)
Clément Le Goff
22 heures hier soir, les bureaux de vote viennent de fermer, et de l’Écosse au Pays de Galles, de l’Irlande du Nord à l’Angleterre, on dépouille dans tout le royaume. Les premiers résultats donnent le Brexit perdant, et à la télévision, même Nigel Farage ne semble plus y croire.
Nigel Farage
Je pense que le maintien dans l’Europe va l’emporter, mais de justesse.
Clément Le Goff
Au fil des heures pourtant, la tendance s’inverse, les sourires changent de camp.
(Bruit)
Clément Le Goff
Il est un peu plus de minuit quand sont annoncés les résultats de Sunderland, le fief des eurosceptiques.
Intervenante
Le nombre total des votes dépouillés en faveur du Brexit est de 82 000.
(Bruit)
Clément Le Goff
Et les scores ne cessent de s’accroître. Il est un peu plus de 4 heures du matin sur la BBC.
Intervenant
Nous pouvons maintenant dire que la décision prise par notre pays il y a 43 ans d’adhérer au marché commun a été révoquée. Nous allons quitter l’Union Européenne.
Clément Le Goff
Les journaux sont imprimés dans l’urgence. Le Brexit fait la une et entraîne la chute du Premier Ministre David Cameron. À l’origine de ce référendum, il démissionnera dans quelques mois.
David Cameron
Je n’ai pas pris cette décision à la légère, mais je suis convaincu que c’est dans l’intérêt national d’avoir une période de stabilité avant d’avoir un nouveau Chef de Gouvernement.
Clément Le Goff
Un royaume qui se réveille divisé et l’ancien Maire de Londres en fait les frais. Boris Johnson, chef de file des pro-Brexit a gagné son pari, mais c’est sous les sifflets qu’il sort de chez lui.
(Bruit)
Clément Le Goff
Ce soir, l’onde de choc est mondiale. Le Royaume-Uni est le seul pays à avoir quitté l’Union Européenne depuis sa création.