Attentat à Nice le 14 juillet 2016

15 juillet 2016
04m 45s
Réf. 07068

Notice

Résumé :
Le soir du 14 juillet 2016, une attaque terroriste a eu lieu à Nice: un camion a foncé sur la foule rassemblée sur la promenade des Anglais pour admirer le feu d'artifice, tuant 86 personnes et en blessant de nombreuses autres. Des témoins du carnage sont interrogés.
Date de diffusion :
15 juillet 2016
Source :
A2 (Collection: 13 heures )

Contexte historique

À partir de 2015, la France est victime de plusieurs attaques terroristes commises par des djihadistes. Ainsi les 7 et 9 janvier 2015, des attentats visent l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et le supermarché Hyper Cacher à Paris (voir Double prise d'otages terroriste dans le magasin Hyper Cacher à Paris et à Dammartin-en-Goële et Attentat contre le journal Charlie Hebdo). Puis le 13 novembre 2015 une série d'attaques ensanglantent de nouveau la capitale française, faisant 130 morts et 413 blessés (voir Les attentats de Paris du 13 novembre 2015).

Un autre attentat de masse est commis à Nice, dans la soirée du 14 juillet 2016. Peu après le feu d'artifice célébrant la fête nationale française, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, Tunisien âgé de 31 ans domicilié à Nice, fonce sur la foule réunie sur la promenade des Anglais au volant d'un camion de 19 tonnes. Il fauche toutes les personnes se trouvant sur sa route sur près de deux kilomètres avant d'être abattu par des policiers. 86 personnes sont tuées et 434 blessées, dont de nombreux touristes. Ce massacre constitue l'attentat le plus meurtrier conduit par un assaillant solitaire en Occident.

L'État islamique le revendique le 16 juillet 2016, désignant Mohamed Lahouaiej Bouhlel comme un "soldat" qui a conduit une "opération en réponse aux appels à viser les ressortissants des pays de la coalition qui combat" l'organisation. Pourtant, même après un an d'investigations, les enquêteurs n'ont pu établir de lien direct entre le terroriste et l'État islamique, Mohamed Lahouaiej Bouhlel n'ayant par exemple laissé aucun message d'allégeance ou de revendication. Le mode opératoire du camion-bélier est par la suite repris par d'autres terroristes, à Berlin en décembre 2015 (voir Attentat terroriste contre un marché de Noël à Berlin) ou à Londres en juin 2017.

Dans la nuit suivant l'attentat de Nice, le président de la République François Hollande annonce l'appel à la réserve opérationnelle et le renforcement de l'opération Sentinelle de surveillance des lieux publics et sensibles par l'armée. Il annonce aussi la prolongation de l'état d'urgence instauré une première fois en novembre 2015 après les attentats de Paris et qui devait initialement s'achever le 26 juillet 2016, pour trois mois supplémentaires. Les députés votent finalement sa prolongation pour six mois. Un deuil national de trois jours, du 16 au 18 juillet 2016, est également décrété.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet est placé en ouverture de l'édition spéciale du journal télévisé de treize heures de France 2 du 15 juillet 2016, consacré à l'attentat de masse qui a frappé Nice la veille au soir. Signe du caractère exceptionnel de l'événement traité, l'édition spéciale est précédée par un très long lancement: le présentateur Nathanaël de Rincquesen déroule les principaux titres qui vont être traités et introduit différents envoyés spéciaux de France 2 qui vont intervenir au cours du journal télévisé.

Le sujet prend la forme d'un récit factuel de la tuerie survenue la veille. Il s'ouvre sur des vidéos amateurs filmées par des témoins directs du massacre: elles donnent à voir la panique des personnes fuyant les lieux de l'attentat ainsi que le camion du terroriste se mettant à accélérer pour renverser les personnes qui se trouvent sur son passage. Le sujet comprend également une infographie réalisée à partir du logiciel Google Earth qui permet de retracer l'itinéraire du camion sur la promenade des Anglais. Il présente aussi plusieurs photographies du poids lourd criblé d'impacts de balles. Des images factuelles de cadavres au sol et de blessés évacués par des secouristes, filmées par les équipes de France Télévisions, rendent quant à elles compte de l'ampleur et de l'horreur du massacre. Avant la diffusion du premier sujet, Nathanaël de Rincquesen met d'ailleurs en garde les téléspectateurs sur la violence de certaines images "susceptibles de heurter" leur "sensibilité". De telles précautions n'avaient pourtant pas été prises le soir même des événements, lorsque France 2 était passé en édition spéciale. Des interviews de personnes en état de choc, interrogées auprès des cadavres de leurs proches, avaient ainsi été diffusées. Malgré des excuses présentées dès le lendemain, France Télévisions a été sanctionné en janvier 2017 par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Le CSA a néanmoins admis "les circonstances exceptionnelles dans lesquelles ces séquences ont été diffusées et la rapidité des excuses qui ont été présentées à plusieurs reprises par France Télévisions".

L'attentat de Nice a fait l'objet d'une large couverture médiatique. 514 sujets ont en effet été consacrés à cette attaque terroriste ainsi qu'à l'assassinat du père Jacques Hamel par deux djihadistes à Saint-Étienne-du-Rouvray douze jours plus tard d'après Ina STAT (n° 44, janvier 2017). Cet événement s'inscrit plus largement dans une longue séquence médiatique consacrée au terrorisme en France en 2015 et 2016. Dans son lancement de l'édition spéciale de la mi-journée du 15 juillet 2016, Nathanaël de Rincquesen rappelle que l'attentat de Nice constitue "une nouvelle épreuve pour notre pays qui paye encore une fois un lourd tribut au terrorisme".
Christophe Gracieux

Transcription

(Musique)
Présentateur
Bonjour à tous et bienvenue dans cette édition spéciale du 13 heures consacrée aux événements de Nice. Le bilan de l’attentat commis hier soir sur la Promenade des Anglais est désormais d’au moins 84 morts et une soixantaine de blessés dont 18 en situation d’urgence absolue. La ville est sous le choc, Sébastien Pouquet est devant l’Hôpital Pasteur et puis, sur ce plateau, l’urgentiste Gérald Kierzec nous expliquera les spécificités d’une telle attaque. L’attentat n’a pas été revendiqué mais l’auteur a, lui, été formellement identifié. Il s’agit d’un franco-tunisien de 31 ans. Comment a-t-il pu mener son poids lourd sur la Promenade des Anglais et commettre un tel massacre sans être arrêté ? Vous écouterez les explications de Christian Estrosi, tandis que Mathieu Boisseau sera en direct à proximité du camion qui a donc foncé sur la foule. Dès hier soir, François Hollande a annoncé la prolongation de l’état d’urgence, le Chef de l’État vient d’arriver à Nice. Dans ce journal, vous découvrirez comment le Président de la République a vécu ces douze dernières heures depuis l’annonce du drame, Hakim Abdelkhalek est à ses côtés. Et puis, hommage de la France aux victimes de cette nouvelle attaque. Trois jours de deuil national viennent d’être décrétés. Une nouvelle épreuve pour notre pays qui paie, encore une fois, un lourd tribut au terrorisme.
(Musique)
Présentateur
La France est donc une nouvelle fois frappée par l’horreur terroriste. Hier soir à Nice, sur la Promenade des Anglais, alors que 100 000 personnes venaient d’assister, souvent en famille, au feu d’artifice tirés sur la plage, un poids lourd lancé à vive allure est venu percuter la foule. Une attaque perpétrée par un homme qui a fait 84 victimes avant d’être abattu par la police. Attention, certaines des images que vous allez découvrir sont susceptibles de heurter votre sensibilité. Clément Le Goff, avec Olivier Theron et Raymond Chapelard.
(Bruit)
Clément Le Goff
Sur la Promenade des Anglais, des milliers de personnes s’enfuient, paniquées. Il est près de 23 heures hier soir, le feu d’artifice du 14 juillet vient de se terminer. Un témoin de la scène filme depuis son balcon, ce camion blanc va accélérer dans la foule. 100 000 personnes sont présentes, des familles, beaucoup de touristes.
(Bruit)
Inconnue 1
On ne l’a pas entendu arriver, il est arrivé à contre-sens. Le camion est arrivé dans le dos des gens. Moi qui allais traverser puisqu’il m’est passé à 50 centimètres, je ne l’ai pas entendu. J’ai simplement senti quelque chose et j’ai vu le camion passer. Je me suis retournée, j’ai vu des gens de chaque côté, il continue à foncer, comme un camion, il les fauchait comme du blé, quoi.
Clément Le Goff
Sur une distance de 2 kilomètres, en remontant la Promenade des Anglais, le poids lourd fauche des dizaines de personnes sur son passage.
Inconnu 1
Il zigzaguait donc il a voulu percuter, il percutait, ça, c’est sûr. Ce n’était pas une perte de contrôle, c’était, il voulait choper le maximum de personnes.
Inconnu 2
On a eu tellement peur, on a tous sauté en bas de, en fait, au niveau de la plage, on a 3 mètres de mur, une murette qu’on a sauté et on est parti. Et on a vu des cadavres partout, quoi, c’était horrible.
Clément Le Goff
Ce camion, le voici quelques minutes plus tard, criblé de balles. Son conducteur a été tué par les tirs de la police mais le bilan est très lourd. Sur place, les secours arrivent rapidement.
(Bruit)
Clément Le Goff
Plusieurs dispositifs d’urgence, Plan Blanc, Plan Orsec sont déclenchés.
(Bruit)
Clément Le Goff
On compte déjà de nombreuses victimes, au moins 84 personnes décédées et des dizaines de blessés.
Inconnu 3
On a essayé d’aider, on a fait le plus possible, on a tout ratissé. On a essayé de prodiguer les premiers soins comme je vous ai dit mais la plupart du temps, il n’y avait pas grand-chose à faire. Et voilà, ça a été, enfin bref, un carton, un carnage, quoi.
Inconnu 4
Voilà, c’étaient vraiment des traumas d’accidents de la route, on va dire, puisque de toute façon, c’est un camion, il a roulé sur tout le monde. Donc, de toute façon, des enfants, des, voilà, c’était assez insoutenable. C’est même encore assez insoutenable puisqu’on évacue, on vient de finir d'évacuer la plage, parce qu’il y avait encore des gens dessus.
Clément Le Goff
Et pendant que les secours s’activent,
(Bruit)
Clément Le Goff
La situation est confuse pour beaucoup pendant plusieurs heures. La population a reçu l’ordre de rester cloîtrée, certains ressortent terrifiés.
Inconnue 2
Nous sommes partis dans les caves pendant des heures et il y a un policier qui nous a dit il y a un moment qu’on pouvait sortir. On est sortis et là, un autre policier nous a jeté dans une église, et là, on vient de nous, qu’on a le droit de rentrer chez nous.
Clément Le Goff
En 18 mois, la France vient de connaître son troisième attentat de masse dans l’une des villes réputées les plus sécurisées de France... le jour de la fête nationale.