François Hollande renonce à un second mandat présidentiel

02 décembre 2016
01m 47s
Réf. 07072

Notice

Résumé :
Le président de la République François Hollande annonce dans une allocution télévisée le 1er décembre 2016 qu'il renonce à briguer un second mandat. Cette décision constitue un coup de théâtre.
Date de diffusion :
02 décembre 2016
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Élu président de la République en mai 2012 (voir L'élection de François Hollande à la présidence de la République en 2012), François Hollande annonce le 1er décembre 2016 qu'il renonce à briguer un second mandat. "J'ai décidé de ne pas être candidat à la présidentielle, au renouvellement de mon mandat", déclare-t-il en direct à la télévision au terme d'une allocution télévisée d'une dizaine de minutes prononcée depuis le palais de l'Élysée.

Malgré une impopularité record, la décision de François Hollande surprend. Ce retrait est en effet sans précédent sous la Ve République: jamais, depuis 1958, un président de la République n'avait renoncé à se représenter après un seul mandat. Hormis Georges Pompidou, décédé pendant son septennat en 1974, tous les prédécesseurs de François Hollande s'étaient représentés à l'issue de leur premier mandat: le général de Gaulle en 1965, Valéry Giscard d'Estaing en 1981, François Mitterrand en 1988, Jacques Chirac en 2002 et Nicolas Sarkozy en 2007. Parmi tous les présidents ayant cherché à se faire réélire, seuls Valéry Giscard d'Estaing et Nicolas Sarkozy avaient été battus.

La décision de François Hollande de ne pas se représenter surprend également car il semblait préparer sa candidature depuis plusieurs mois. Elle surprend aussi par le moment choisi car elle est annoncée le jour même de l'ouverture des candidatures à la primaire de la gauche prévue en janvier 2017.

François Hollande justifie son renoncement par les "risques que ferait courir une démarche (...) qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle". Très impopulaire, il semble en effet n'avoir aucune chance d'être réélu en mai 2017 et ne se trouve pas assuré de remporter la primaire de la gauche. Peu sont alors au sein de sa propre majorité ceux qui soutiennent une nouvelle candidature de François Hollande, surtout depuis la polémique sur la déchéance de nationalité (voir Réunion du Congrès à Versailles après les attentats du 13 novembre 2015) et le conflit sur la loi travail (voir Manifestations contre la loi Travail dite El Khomri). Aussi préfère-t-il se retirer de peur d'éviter une humiliation électorale.

Il débute pourtant son allocution télévisée en dressant un bilan positif de son quinquennat: "Je porte un bilan et j'en assume toute la responsabilité". Il estime notamment avoir tenu son" engagement majeur", celui "de faire baisser le chômage" avec la diminution de ce dernier depuis le début de 2016, mais le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de plus de 550 000 depuis 2012. François Hollande souligne par ailleurs son rôle dans la lutte contre le terrorisme, alors que son mandat a été marqué par des attentats de masse, à Paris en janvier et novembre 2015 ou à Nice en juillet 2016: "Nous avons tenu bon, et j'ai pris les mesures nécessaires, sans jamais remettre en cause nos libertés". Il reconnaît cependant son échec sur la question de la déchéance de nationalité, proposition qu'il avait soumise après les attentats du 13 novembre 2015: "Je n'ai qu'un seul regret (...), c'est d'avoir proposé la déchéance de nationalité, parce que je pensais qu'elle pouvait nous unir alors qu'elle nous a divisés".

Le renoncement de François Hollande à solliciter le renouvellement de son mandat présidentiel est salué par les membres du Parti socialiste, y compris ceux qui se sont opposés à son politique, surnommés "les frondeurs". Le Premier ministre Manuel Valls, qui attendait ce retrait pour se lancer lui-même dans la course à l'élection présidentielle, salue "le choix d'un homme d'État". Cinq jours après la décision de François Hollande, il démissionne d'ailleurs de son poste de Premier ministre et déclare sa candidature à la primaire de la gauche.
Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet, diffusé dans le journal télévisé de France 3 de la mi-journée le 2 décembre 2016, est consacré au renoncement de François Hollande à se représenter à l'élection présidentielle. De fait, la veille au soir, à 20 heures, le président de la République François Hollande a prononcé une allocution télévisée en direct depuis le palais de l'Élysée. Le moment choisi pour faire cette déclaration n'a rien d'anodin: elle coïncide avec le début des journaux télévisés des principales chaînes, de façon à en faire un événement.

L'allocution a duré environ dix minutes et ce n'est qu'au bout de neuf que François Hollande a annoncé son renoncement à briguer un second mandat présidentiel. Le sujet de France 3 ne comporte pourtant que des extraits consacrés à ce renoncement. Il ne propose aucun extrait de la majorité de son allocution portant sur le bilan de son mandat. Ainsi s'ouvre-t-il sur ces mots du président de la République sortant: "J'ai décidé de ne pas être candidat à la présidentielle, au renouvellement de mon mandat".

Dès le lancement du sujet de France 3, l'accent est mis sur la surprise que constitue l'annonce du renoncement de François Hollande. Ceci d'autant plus qu'au cours de son allocution le chef de l'État a savamment entretenu le doute sur sa décision, ne l'annonçant qu'à la fin. La présentatrice du journal télévisé, Émilie Tran Nguyen, précise que cette décision n'était connue de "personne ou presque" et évoque un "coup de théâtre". Quant à la journaliste Caroline Motte, elle estime que François Hollande "aura pris tout le monde de court". L'insertion dans le sujet d'images filmées à l'Élysée quelques heures avant la déclaration télévisée, lors d'une cérémonie de remise de décorations aux 92 athlètes français lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de Rio, met aussi en valeur le décalage entre le détachement de François Hollande et le choc que constitue son renoncement.

Si tous les observateurs de la vie politique française ont été pris de court par l'annonce de François Hollande, celle-ci n'a pas fait l'objet d'une très grande médiatisation. 58 sujets lui ont certes consacrés en décembre 2016 dans l'ensemble des journaux télévisés de TF1, France 2, France 3, Canal +, Arte et M6 selon Ina STAT (n° 45, avril 2017). Mais le renoncement du chef de l'État à se représenter ne constitue pourtant pas le principal thème politique abordé en décembre 2016, 77 sujets ayant par exemple concerné la primaire de la gauche. Faut-il y voir là un reflet de l'impopularité de François Hollande ?
Christophe Gracieux

Transcription

Émilie Tran Nguyen
Personne ou presque n’était au courant, depuis l’Élysée hier soir, François Hollande annonce qu’il renonce à briguer un second mandat. Une décision inédite sous la Ve République. Alors, retour sur ce coup de théâtre, Caroline Motte.
Caroline Motte
Depuis l’Élysée, François Hollande aura pris tout le monde de court. À 20 heures, hier soir, il annonce sa décision, la voix blanche et l’air grave.
François Hollande
Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle.
Caroline Motte
Quelques heures avant son allocution, rien ne laissait présager une telle décision. François Hollande, souriant, remet des décorations aux médaillés des Jeux olympiques et paralympiques. Dans son discours, il faut attendre huit minutes pour enfin comprendre, qu'il renonce.
François Hollande
Le pouvoir, l'exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir. Et les rites du pouvoir ne m'ont jamais fait perdre ma lucidité.
Caroline Motte
De la lucidité, une impopularité croissante et autour de lui, il le sait, une gauche déboussolée.
François Hollande
Comme socialiste, parce que c'est l'engagement de toute ma vie. Je ne peux accepter, je ne peux me résoudre même, à la dispersion de la gauche, à son éclatement. Parce qu'elle priverait de tout espoir de l'emporter face au conservatisme et pire encore, face à l'extrémisme.
Caroline Motte
François Hollande appelle donc la gauche à se rassembler. Celui qui est encore le chef de l'état pour cinq mois s'est envolé pour Abou Dabi ce matin.

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