Visite historique de Barack Obama à Cuba

21 mars 2016
04m 25s
Réf. 07075

Notice

Résumé :
Le 21 mars 2016, lors d'une visite historique à La Havane, le président américain Barack Obama rencontre son homologue cubain Raul Castro. Les deux dirigeants participent à une conférence de presse commune. Pendant plus d'un demi-siècle, les relations entre les États-Unis et Cuba avaient auparavant été marquées par une vive hostilité.
Date de diffusion :
21 mars 2016
Source :
FR3 (Collection: Grand Soir 3 )

Contexte historique

Durant plus d'un demi-siècle, les relations entre les États-Unis et Cuba, seulement séparés par le détroit de Floride, ont été marquées par l'hostilité et de très vives tensions. En 1959, Cuba est devenu un régime révolutionnaire dirigé par Fidel Castro après que ce dernier ait renversé le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis (voir Révolution cubaine : la prise du pouvoir par Fidel Castro). Puis Cuba s'est alliée à l'URSS, en pleine guerre froide, et a exproprié des entreprises américaines. Les États-Unis ont décidé alors décidé en janvier 1961 de rompre leurs relations diplomatiques avec l'île. Dès lors, le conflit entre les pays est devenu emblématique de la guerre froide.

Ainsi, après l'échec de la tentative de débarquement de la baie des Cochons en avril 1961 (voir L'échec des anticastristes à Cuba), Washington a instauré en février 1962 un embargo économique, commercial et financier contre Cuba. La découverte en octobre 1962 de missiles nucléaires soviétiques installés sur l'île et dirigés vers les États-Unis a ensuite conduit le monde au bord de la guerre nucléaire (voir La crise des fusées de Cuba). Fidel Castro, Premier secrétaire du Parti communiste de Cuba jusqu'en avril 2011, date à laquelle son frère Raul lui succède, n'a par la suite cessé de défier États-Unis. Ceux-ci ont de leur côté maintenu un strict isolement contre Cuba.

Aussi, le président des États-Unis Barack Obama crée-t-il une immense surprise lorsque, le 17 décembre 2014, il annonce la reprise des relations diplomatiques entre son pays et Cuba, interrompues depuis cinquante-trois ans. Dans un discours, Barack Obama constate l'échec d'un demi-siècle d'isolement du régime castriste: "Cuba est toujours dirigé par les Castro et le Parti communiste". Le quarante-quatrième président des États-Unis juge le temps venu "d'écrire un nouveau chapitre" dans les relations entre les deux voisins, ajoutant en espagnol à l'adresse des Cubains: "Todos somos americanos" ("Nous sommes tous des Américains"). Au moment même où Barack Obama prononce son discours, son homologue cubain Raul Castro confirme dans une allocution télévisée le rétablissement des relations diplomatiques entre son pays et les États-Unis. Il demande cependant la levée de l'embargo imposé à Cuba qui lui "a causé d'énormes dommages économiques et financiers".

Cet inattendu rapprochement avait été précédé par une poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro aux obsèques de Nelson Mandela, le 10 décembre 2013 à Soweto, en Afrique du Sud. Des pourparlers secrets entre les États-Unis et Cuba avaient également eu lieu au Canada et au Vatican. Le pape François a notamment œuvré au rapprochement entre les deux pays à la faveur de l'influence de l'Église catholique à Cuba.

Après l'annonce du rétablissement des relations entre les deux ennemis, Barack Obama et Raul Castro s'entretiennent en marge du Sommet des Amériques, à Panama, le 11 avril 2015. Puis Barack Obama rend une visite historique à Cuba du 20 au 22 mars 2016 afin de rendre "irréversible" le rapprochement des deux pays. Cette visite est la première d'un président américain sur l'île depuis celle de Calvin Coolidge en 1928. À cette occasion, Barack Obama plaide pour une "réconciliation entre enfants et petits-enfants de la révolution et petits-enfants de l'exil". Le président cubain répète de son côté son souhait de la levée de l'embargo économique, soutenu aussi par son homologue américain. "Je suis venu enterrer le dernier vestige de la guerre froide dans les Amériques", déclare ainsi Barack Obama. Mais la levée de l'embargo dépend du Congrès américain. Or, la majorité républicaine du Congrès est hostile à la politique d'ouverture à l'égard de Cuba. En juin 2017, Donald Trump, le nouveau président des États-Unis élu en novembre 2016, annonce d'ailleurs vouloir annuler l'accord conclu entre Barack Obama et Raul Castro: il juge que le "marché" conclu est "totalement inéquitable", ne profitant qu'au régime castriste, qualifié de "brutal".
Christophe Gracieux

Éclairage média

Le 21 mars 2016, à l'occasion de la visite historique du président américain Barack Obama à Cuba, le Grand Soir 3, le journal télévisé de la deuxième partie de soirée de France 3, propose deux sujets enchaînés: l'un factuel, l'autre historique.

Le premier sujet se constitue d'images de la rencontre de Barack Obama avec son homologue cubain Raul Castro, filmées le jour même à La Havane, la capitale cubaine. Seule la dernière séquence n'est pas consacrée à cette rencontre institutionnelle: on y voit Barack Obama visitant le quartier historique de La Havane sous la pluie, en compagnie de sa femme Michelle et de ses filles Malia et Sasha. Quelques cris de joie saluent le président américain malgré les dispositions prises par le régime cubain pour éviter que la population ne vienne à sa rencontre. Hormis cette séquence, l'ensemble du premier sujet est donc diplomatique. L'accent est mis sur l'aspect historique de la visite de Barack Obama, la première d'un président des États-Unis à Cuba depuis 1928, tant par la présentatrice Patricia Loison dans son lancement plateau que par la journaliste Nora Boubetra dans son commentaire. Les symboles du rapprochement entre les États-Unis et Cuba sont également omniprésents à l'écran. Ainsi le sujet s'ouvre-t-il sur l'hymne américain joué dans le palais de la Révolution, résidence de la présidence cubaine, devant Raul Castro et Barack Obama côte à côte. Il donne aussi à voir une longue poignée de main entre les deux dirigeants ainsi que leur conférence de presse commune. Toutefois, les extraits de leurs déclarations font apparaître les divergences qui continuent de séparer Raul Castro et Barack Obama, le premier insistant sur la nécessité de lever l'embargo américain sur son île.

Le second sujet proposé par France 3 propose quant à lui une rétrospective des relations entre les États-Unis et Cuba depuis 1959. Il se compose exclusivement d'images d'archives résumant l'histoire des relations entre les deux voisins ennemis. Fidel Castro, l'inamovible dirigeant cubain de 1959 à 2011, occupe une place prééminente dans ce sujet. Il est ainsi présenté à plusieurs reprises, depuis sa prise du pouvoir aux dépens de Fulgencio Batista en 1959 jusqu'à l'une de ses dernières apparitions en 2010, affaibli par la maladie. Deux extraits de discours prononcés par le "Lider Maximo", datant de 1960 et 1997, donnent en particulier à entendre son antiaméricanisme. L'alliance du régime castriste avec l'URSS et les grands épisodes des crises entre les États-Unis et Cuba (l'opération de la baie des Cochons, la crise des missiles) sont également mises en avant. Dans une dernière séquence, ce sujet rétrospectif revient sur les grandes étapes du rapprochement entre les États-Unis et Cuba: la poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro lors des obsèques de Nelson Mandela, le 10 décembre 2013 à Soweto, en Afrique du Sud, et la réouverture de l'ambassade cubaine à Washington en juillet 2015.
Christophe Gracieux

Transcription

Présentatrice
L’autre titre ce soir, un des autres titres ce soir, c’est bien sûr Barack Obama à Cuba, deuxième jour d’une visite historique. Pour la première fois depuis 88 ans, un Président américain se rend à La Havane. L’objectif est clair, rendre irréversible le dégel avec l’île castriste. Raúl Castro doit cependant plaider à nouveau pour la suppression de l’embargo qui dépend, lui, du Congrès américain.  Nora Boubetra.
(Bruit)
Nora Boubetra
C’est l’un des temps forts de la journée, l’hymne américain qui résonne dans le Palais de la Révolution, symbole de la lutte contre l’impérialisme des États-Unis. Puis, vient cette poignée de main longue et chaleureuse entre les deux Présidents qui se rencontrent pour la troisième fois. Historique aussi, cette conférence de presse commune en ce deuxième jour de visite.
Barack Obama
Les États-Unis et Cuba n’ont jamais autant collaboré. De toute ma vie, je n’ai jamais vu ça. De plus en plus d’Américains viennent à Cuba. Des entrepreneurs, des écoles, des associations religieuses forgent de nouveaux partenariats et de plus en plus de Cubains bénéficient de ces échanges. Malgré les difficultés, nous continuerons à avancer.
Nora Boubetra
L’heure est, certes, au dégel mais pas encore à la normalisation. Le leader cubain continue de réclamer la fin de l’embargo, en vigueur depuis 1962.
Raúl Castro
Le blocus est l’obstacle le plus important à notre développement économique et au bien-être de notre peuple. C’est pourquoi, il est essentiel d’y mettre fin pour normaliser les relations bilatérales. Les dernières mesures adoptées par votre gouvernement sont positives mais insuffisantes.
Nora Boubetra
Sur ce point-là, Barack Obama a peu de marges de manoeuvre. Le Congrès, à majorité Républicaine, refuse de lever l’embargo. Une tâche qui incombera peut-être à son successeur. En attendant, le Président américain poursuit sa visite en famille.
Présentatrice
Rapprochement historique amorcé donc en décembre dernier pour un conflit emblématique de la guerre froide datant d’il y a plus de 50 ans. Retour en images sur plus d’un demi-siècle de tensions. Benoît Mousset.
Benoît Mousset
C’est l’une de ses dernières apparitions. Très malade, Fidel Castro ne dirige plus Cuba depuis 8 ans mais aujourd’hui encore, il est celui qui représente le mieux un demi-siècle de tensions avec les États-Unis. Le bras de fer débute à la Révolution Cubaine en 1959. Fidel Castro est un jeune militaire lorsqu’il accède au pouvoir. Avec une poignée d’hommes, il renverse le dictateur Batista, allié des Américains. Fidel Castro embrasse Nikita Khrouchtchev et devient l’allié de l’Union Soviétique. Les américains imposent alors à Cuba un embargo. Castro leur répond par une devise : "la patrie ou la mort". C’est le début d’une longue série de crises entre les deux pays. En 1961, c’est Baie des Cochons. Les américains veulent renverser Castro mais le débarquement d’exilés cubains tourne au fiasco, John Kennedy ne se résigne pas.
John Kennedy
Cuba ne doit pas être abandonné aux communistes et nous n’envisageons pas de le faire.
Benoît Mousset
La crise atteint son paroxysme quelques mois plus tard. Des missiles nucléaires soviétiques installés à Cuba pointent en direction des côtes américaines. Pendant 12 jours, le monde retient son souffle. Moscou, finalement, recule. Les années 70-80 marquent le début d’une longue guerre froide. Le régime résiste, malgré l’effondrement du bloc soviétique, mais pas à la fuite de dizaines de milliers de Cubains qui rejoignent les États-Unis sur des radeaux de fortune. Cuba s’enfonce dans la crise. Isolé, Castro dénonce l’impérialisme américain.
Fidel Castro
Depuis 35 ans, les Américains maintiennent un embargo contre Cuba qui multiplie les problèmes économiques.
Benoît Mousset
Les relations entre les deux pays restent au point mort jusqu’aux obsèques de Nelson Mandela et cette poignée de main historique entre Barack Obama et Raúl Castro, le frère de Fidel. Depuis, les gestes symboliques se multiplient, comme l’ouverture l’an dernier de l’ambassade cubaine à Washington.
(Bruit)

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