La nouvelle armée française dans la campagne d'Italie

01 octobre 1944
13m 45s
Réf. 07086

Notice

Résumé :
Après la victorieuse campagne de Tunisie, la nouvelle armée française, réarmée et réunifiée depuis août 1944 par la fusion de l'armée d'Afrique et des Forces Françaises Libres, s'illustre aux côtés des Alliés au cours des combats acharnés de la campagne d'Italie.
Type de média :
Date de diffusion :
01 octobre 1944
Source :

Contexte historique

Après la victorieuse campagne de Tunisie (voir La campagne de Tunisie et la libération de Tunis), les Alliés nourrissent des espoirs de progression rapide en Italie, renforcés par les conditions du débarquement en Sicile (10 juillet 1943) et l'armistice signé par l'Italie. La résistance des troupes allemandes repliées au nord de la ligne Gustav (du golfe de Gaète à l'Adriatique), le climat rigoureux et le relief très accidenté des Apennins viennent toutefois compliquer la situation.

Pendant la campagne d'Italie, l'armée française, réarmée (suite aux accords d'Anfa) et réunifiée (après la fusion des Forces Françaises Libres et de l'armée d'Afrique) est incorporée au sein de la 5ème armée américaine du général Clark. Le général Juin prend alors la tête de ce qui deviendra officiellement en janvier 1944 le Corps Expéditionnaires français (CEF). Celui-ci se compose principalement de la 2e division d'infanterie marocaine (2e DIM) et du 3e groupe de tabors marocains qui débarquent en novembre 1943, rejoints par la 3e division d'infanterie algérienne (3e DIA) et du 4e groupe de tabors marocains (3e et 4e GTM) le mois suivant. La  4e division marocaine de montagne arrive en janvier 1944 et la 1ère division de marche d'infanterie (ex-1ère division française libre (1ère DFL) et du 1er GTM au mois d'avril. Au total, plus de 110 000 Français ont combattu en Italie, s'illustrant dès le mois de décembre 1943 dans la conquête du Pantano et de la Mainarde puis du Belvédère en janvier 1944. Les pertes françaises en Italie s'élevèrent à plus de 30 000 tués, disparus et blessés.

Les exploits militaires de la nouvelle armée française et la manoeuvre établie par le général Juin pour enfoncer la ligne Gustav ont vivement impressionnés les alliés anglo-saxons. A partir du 11 mai 1944, le CEF aide la percée de la ligne Gustav depuis le Garigliano, ouvrant la voie vers Rome. Après la prise de Rome (4 juin 1944) , le CEF poursuit vers la Toscane (libération de Sienne le 3 juillet) mais ses quatre divisions sont progressivement retirées du front italien en vue du prochain débarquement en Provence (15 août 1944). Ils intègrent alors l'armée B (future 1ère armée française) commandée par le général de Lattre de Tassigny.

Malgré une vive résistance allemande le long de la Ligne gothique au nord de l'Arno, la vaste offensive alliée lancée en avril 1945, le soutien de la résistance italienne et l'intervention de Français (qui progressent du Val d'Aoste à Vintimille), permettent la libération complète de la péninsule italienne. La capitulation italienne a lieu le 29 avril 1945 et prend effet le 2 mai.
Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Cet extrait est tiré d'un documentaire produit par l'Office Français d'Information cinématographique (OFIC), organe de propagande et d'informations indépendant de la France Combattante chargé d'alimenter les magazines d'actualités diffusés dans les territoires ralliés (magazine Ici La France) ou produit par les Alliés (Le Monde Libre).

Ce film revient sur le quotidien des soldats français pendant la campagne d'Italie. Les plans filmés sur place sont entrecoupés de cartes présentant de façon assez pédagogique le trajet emprunté par le Corps expéditionnaire français à l'ouest de Cassino.

On retrouve ici des scènes habituellement présentes dans les reportages de l'OFIC : les hommes au combat, la fraternité d'armes entre les Français et leurs alliés, une levée de drapeaux, l'accueil enthousiaste de la population dans les villes libérées. La caméra filme également des scènes plus cocasses : un soldat nord-africain marchant pieds nus dans la neige, une messe en plein air devant une assemblée de catholiques mais aussi de soldats coloniaux musulmans qui assistent à l'office alors que leurs camarades communient ; la présence de femmes engagées dans les services de transports et de santé (qui apparaissent à l'image en train de tricoter...).

Le commentaire est écrit et lu par le comédien Jean-Pierre Aumont, qui, exilé aux Etats-Unis puis engagé au sein des Forces Françaises Libres, a participé à la campagne d'Italie. Il fut l'aide de camp du général Diego Brosset, commandant de la 1ère division de marche d'infanterie (ex-1ère division française libre - 1ère DFL). Dans son commentaire, il met en avant le courage du Corps Expéditionnaire Français mais aussi le patrimoine culturel et historique des villes italiennes libérées. Son évocation, amusée, des occupations plus frivoles des soldats en permission à Naples tranche avec celle des cadavres de soldats allemands en état de putréfaction. Il introduit enfin un commentaire assez acerbe à propos de l'accueil de la population romaine victime d'amnésie collective à propos du régime fasciste et du Duce.

L'extrait s'achève symboliquement sur la manifestation d'un geste d'amitié entre le général Juin, à la tête du CEF, et du général Clark commandant la 5e armée américaine au sein de laquelle les forces françaises étaient incorporées. Il s'agit ici d'insister auprès de l'opinion publique sur la reconnaissance témoignée par les Alliés envers l'armée de la France Combattante et le général Juin (« Il liberatore ») dont l'action fut décisive dans la reprise de Rome.
Emeline Vanthuyne

Transcription

(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Le 8 décembre 1943, les premiers éléments du corps expéditionnaire français, commandés par le général Juin, débarquent à Naples.
(Silence)
Jean-Pierre Aumont
Ils traversent le port en partie détruit, ils défilent au pied du Vésuve. C'est sur le flanc d'autres montagnes, moins célèbres mais plus escarpées, les Abruzzes, que nos troupes prennent position. Ces montagnes, au nord de Naples, constituent la tige de la botte italienne. Nos troupes montent en ligne à l'est de Cassino. Les Abruzzes sont formés de sommets de 1000 à 2000 mètres, coupés de vallées profondes qui s'ouvrent sur la mer. Région difficile, le froid est cruel.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Il faut creuser les pistes pour les chars.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Il faut patrouiller, sans skis, dans la neige. Chaque attaque est une ascension. Si elle réussit, on atteint la vallée suivante et quelques jours plus tard, il faut entreprendre une nouvelle opération. Terrain propice à la défense. Les Allemands savent l'utiliser. Les assauts furieux, sanglants, tant de fois renouvelés, contre les points d'accès aux plaines. C'est toute la campagne d'Italie. A la mi-décembre, l'artillerie lourde parle.
(Bruit)
Jean-Pierre Aumont
Le 18, [Ceraciolo] est enlevé d'assaut.
(Bruit)
Jean-Pierre Aumont
Au début de janvier, la 3e division algérienne monte en ligne, sous le commandement du général de Monsabert.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les blindés font connaissance avec la montagne. Sur un sol peu propice à leurs évolutions, c'est une bataille de chars qui s'engage.
(Bruit)
Jean-Pierre Aumont
Le général Juin dirige en personne les opérations. Pour la première fois, Kesselring lui fait face. Ses blindés rispostent à nos assauts. Il nous faut cinq jours pour nous emparer du belvédère, qui reste entre nos mains. Le 22 janvier, les Américains débarquent à Anzio. En fixant d'importantes réserves allemandes, nos troupes ont permis la réussite de l'opération. Dans un village à moitié détruit, les hommes descendent à présent au repos. Les infirmières et les conductrices reprennent pour un instant leurs ouvrages de dames.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les hommes tricotent, eux aussi... mais un fil plus solide, et qui sert aux transmissions. En plein air, en plein ciel, un aumônier officie.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Il est en tenue de campagne sous le surplis blanc. L'enfant de choeur a déposé dans un coin son équipement militaire.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Au cimetière, les héros tombés dorment pour toujours, à l'ombre du drapeau. Il flotte aussi notre drapeau dans Naples, l'ancienne capitale des ducs d'Anjou et du royaume de Murat. Voici le salut aux couleurs des trois frères d'armes. Naples. Selon La Fontaine, l'amour y règne, et la galanterie. Heureux permissionnaires. Ils s'attardent devant la statue de Dante, aux portes du théâtre San Carlo, sous les galeries couvertes. Ils marchandent un camée trouvé à Pompéi. Ils font la queue devant les petits cireurs de souliers qui réclament "sigaretta !" et "cioccolata !". Monto Posillipo d'où la vue s'étend sur la baie, Capri et la presqu'île de Sorrente. Cependant de Corse, de Sardaigne s'envolent des bombardiers. Fraternellement unis à leurs camarades américains, les aviateurs français assistent au briefing, réunion où les dernières instructions leur sont données. Nos aviateurs pilotent les chasseurs d'escorte. Ils revêtent leur combinaison fourrée, ils sautent en carlingue, ils s'envolent. En bombardant les arrières de l'ennemi, ces escadrilles préparent les opérations à venir.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Un changement de dispositif a lieu. Les Français passent maintenant à l'ouest de Cassino, entre le Liri et le 2e corps d'armée américain qui borde la côté méditerranéenne.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Deux nouvelles divisions françaises arrivent en Italie. La 4e division de montagne du général Sevez et la 1ère division française libre du général Brosset.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Portant au bras la croix de Lorraine, ces vétérans de la victoire montent aujourd'hui dans la poussière prendre possession de leur secteur. Le 11 mai, une heure avant minuit, l'attaque générale est déclenchée. Précédée d'un barrage de nuit extrêmement violent, 12 divisions alliées, dont 4 françaises, se lancent à l'assaut.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les Allemands sont bien protégés : blockhaus, casemates bétonnées, champs de mines, pièges, abris à [incompris] , fossés antichars, lance-flammes. Au premier soir, le sort de l'offensive paraît compromis. Les pertes sont lourdes Mais le lendemain, notre drapeau flotte au sommet du Mont Faito. La ligne allemande est entamée, Sant' Andrea est prise. Castelforte tombe, forteresse médiévale, position clé qui nous permet de menacer à notre tour les arrières ennemis. 
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
A notre droite, Cassino est attaquée par les Polonais et par les Canadiens.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les Allemands retranchés dans la fameuse abbaye bénédictine avaient tenu tout l'hiver tant la position était forte. Et maintenant, ils faiblissent.
(Bruit)
Jean-Pierre Aumont
Des prisonniers, un à un, sortent des ruines en arborant le drapeau blanc. Cassino est aux mains des Alliés. Ils avancent prudemment car ce lieu saint, prétendu refuge des civils, était bourré de mines. De tant de trésors artistiques, il ne reste hélés, presque rien.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Nous marchons maintenant sur Pico, qui barre l'accès de [incompris]. En descendant dans la vallée, nous allons à la rencontre du printemps. Des hommes en profitent pour camoufler les chars. Pico est atteint. L'organisation médicale a fonctionné admirablement tout au long de la campagne. Nos blessés sont relevés sur le champ de bataille, sont amenés en jeep au poste de secours où les premiers soins d'urgence leur sont donnés. Puis des ambulances les portent jusqu'aux formations chirurgicales plus en arrière des lignes.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Le 23 mai les fusilliers marins et les fantassins de la division Brosset pénètrent dans Pontecorvo. La ligne Gustave est enfoncée. De Pontecorvo, ancien domaine du pape, il ne reste plus rien.
(Bruit)
Jean-Pierre Aumont
Le Liri roule ses eaux sales entre deux rives de pierres informes. Des prisonniers affluent à présent, par centaines. En 15 jours, nous en avons fait 4400. Les Allemands ont fui. Nos troupes débouchent dans la plaine. Elles marchent sur Rome, ayant pour premier objectif la liaison avec les Américains, qui tiennent depuis 4 mois la tête de pont d'Anzio.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
L'artillerie allemande couvre la retraite.
(Bruit)
Jean-Pierre Aumont
Mais l'avance se poursuit irrésistiblement, malgré les pertes, à travers la poussière. Poussière qui oblige nos hommes à porter un masque. Des bulldozers, monstrueuses bêtes d'acier, frayent la route. Les cadavres d'Allemands empestent l'atmosphère d'une odeur âcre et sucrée. Le chemin de la victoire est balisé de tombes à croix gammée.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les paysans qui se terraient retrouvent enfin leur village.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les marais pontins, asséchés par Mussolini, inondés par Hitler, sont dépassés. La liaison est accomplie avec les troupes d'Anzio. Palestrina est aux mains des Français. Les Américains sont devant Rome. Le général Clark, commandant la 5e armée, marche tranquillement à l'avant-garde.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Les premiers tanks s'engagent dans les faubourgs. Ils sont accueillis par des applaudissements et par des fleurs. Franchissant la Porta Maggiore, les Américains pénètrent le 5 juin au coeur même de Rome.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Une réception enthousiaste leur est réservée. Place de Venise, sur le Corso Umberto, la foule offre aux soldats des fleurs, du vin, et des baisers. Qui donc était fasciste en Italie ? Mussolini ? Ils n'en ont jamais entendu parler. Devant Saint-Pierre, le général Clark est reconnu et frénétiquement acclamé. Sur la place du Capitole, construite par Michel Ange, le général Juin retrouve le général Clark. Ils se serrent les mains. Congratulations on a job well done ! La presse américaine l'a reconnu : le général Juin conçut pour une grande part le plan audacieux qui conduisit en trois semaines les Alliés du Garigliano à Rome.
(Musique)
Jean-Pierre Aumont
Le peuple l'applaudit, criant "Il Liberatore !"