parcours pédagogique

Berlin, enjeu de la guerre froide ?

Elsa Coupard - Enseignante d'histoire-géographie de l'Académie d'Aix-Marseille

Présentation

Trois documents marquant les temps forts de l'histoire de Berlin après-guerre permettent d'évoquer plus largement les grandes phases de la guerre froide.

Place dans le programme

  • Troisième > Histoire : Une géopolitique mondiale > La Guerre froide
  • Terminale > S > Histoire : Les relations internationales depuis 1945 > La guerre froide (1947-1991)
  • Terminale > Bac Pro > Histoire : Le monde au XXe siècle et au début du XXIe siècle > Les Etats-Unis et le monde (1917-1989)
  • Première > L et ES > Histoire : La guerre au XXe siècle > De la guerre froide à de nouvelles conflictualités
  • Première > S > Histoire : La guerre au XXe siècle > De la guerre froide à de nouvelles conflictualités
  • CAP > Histoire : Guerres et conflits contemporains > Le conflit Est-Ouest
  • Première > STG > Histoire : Guerres et paix > L'Europe au coeur des grands affrontements

Objectifs pédagogiques

  • Analyser l'image et le son.
  • Faire la critique d'un document vidéo.
  • Comprendre pourquoi la ville de Berlin est un symbole de la guerre froide.

Durée de l'activité

3 heures : 1 heure par document vidéo, pour visionner le document et répondre aux questions. Pour une séance plus courte, le professeur peut choisir de ne traiter qu'un seul document.

Chronologie

  • Février 1945 : La conférence de Yalta définit quatre zones d'occupation en Allemagne : les zones américaine, anglaise, française et soviétique
  • 8 mai 1945 : Capitulation de l'Allemagne
  • 24 juin 1948 -12 mai 1949 : Blocus de Berlin
  • 1949 : Naissance de la RFA, puis de la RDA
  • 12-13 août 1961 : Construction du mur de Berlin
  • 9 novembre 1989 : Chute du mur de Berlin
  • 3 octobre 1990 : Réunification allemande

Activités

Berlin est un symbole de la Guerre froide en Europe. Elle cristallise l'affrontement des blocs amorcé à Yalta et qui s'achève en 1989. La situation allemande est emblématique de l'évolution des relations internationales de 1945 à 1989. En effet, la partition politique de l'Allemagne en RFA et RDA est un symbole de la bipolarisation de l'Europe et du monde pendant la guerre froide. Le rebondissement de la question berlinoise (en 1948-1949, puis en 1961) montre que l'Allemagne est un théâtre privilégié de l'affrontement Est-Ouest. La construction du mur de Berlin en 1961 devient un symbole du " rideau de fer " séparant les deux blocs. Enfin, l'effondrement du bloc communiste a des répercussions immédiates en Allemagne : la chute du mur (1989) permet la naissance d'un Etat réunifiant les deux parties du territoire allemand (1990). Cette réunification symbolise aussi la fin du monde bipolaire issu de la guerre froide.

Le document " Le début du blocus de Berlin " émane des Actualités françaises, journal filmé diffusé dans les cinémas avant le film. Le document " La construction du mur de Berlin " a été diffusé par la RTF, dans le cadre de l'émission Cinq colonnes à la Une. Le document " La chute du mur de Berlin " est tiré du journal télévisé d'Antenne 2. Ils traduisent à trois époques et selon des modalités différentes un point de vue pro-occidental sur les événements.

 Le début du blocus de Berlin

Le début du blocus de Berlin

15 juil 1948
01m 05s
Fiche (01624)
 La construction du mur de Berlin

La construction du mur de Berlin

08 sep 1961
02m 42s
Fiche (00186)
 La chute du mur de Berlin

La chute du mur de Berlin

11 nov 1989
02m 02s
Fiche (00203)

Le blocus de Berlin (1948-1949)

Vous pouvez vous aider du document suivant : Carte de Berlin occupée (Wikipedia) .

Analyse de la vidéo

 Le début du blocus de Berlin

Le début du blocus de Berlin

Le reportage présente les débuts du blocus: les transports en commun s'arrêtent, le pont aérien s'organise pour ravitailler les Berlinois encerclés.

15 juil 1948
01m 05s
Fiche (01624)

Présentez le document.

Quelles sont les " mesures prises par les autorités soviétiques " qu'évoque la première phrase du commentaire ?

Pour aller plus loin : Les alliés face à la question allemande

En fait, dès la conférence de Yalta (4-11 février 1945, voir " La conférence de Yalta "), puis à Postdam (17 juillet-2 août 1945, voir " La conférence de Potsdam "), les Alliés s'opposent sur le sort de l'Allemagne. Alors que les Occidentaux, tirant la leçon du traité de Versailles de 1918, souhaitent la reconstruction d'une Allemagne dénazifiée et prospère, les Soviétiques tiennent à la maintenir dans un état de profond affaiblissement. Faute d'un accord global sur le sort de l'Allemagne, il est décidé de la partager en quatre zones (ainsi que Berlin), administrées de façon collégiale par les quatre Etats vainqueurs (dont la France fait désormais partie). Après la victoire, les tensions entre les vainqueurs s'exacerbent. Staline étend sa zone d'influence en Europe en annexant des territoires et en installant des gouvernements communistes dans les pays libérés par l'Armée rouge (voir " Le coup de Prague en avril 1948 "). Churchill dénonce le " rideau de fer descendu à travers le continent " dans le discours de Fulton, prononcé le 5 mars 1946. En mars 1947, le président Truman déclenche la politique de containment du communisme, par une aide économique et la garantie d'une protection militaire accordées aux pays alliés des Etats-Unis (plan Marshall, voir " La signature de l'Accord des Seize "). En Allemagne, le 20 juin 1948, les trois zones occidentales adoptent le Deutsch Mark, en remplacement de la monnaie d'occupation. Les Alliés de l'Ouest détachent ainsi économiquement leur trizone de la zone soviétique, en attendant de l'en dissocier politiquement. Ceci est intolérable pour l'URSS, qui voit les secteurs occidentaux de Berlin comme une brèche dans son système d'Etats-tampons. Staline proteste contre cette violation des accords de Postdam. A Berlin, la tension monte : les contrôles se multiplient aux frontières, entre la zone occidentale et la zone soviétique. Le 24 juin, les Soviétiques interrompent tout trafic ferroviaire ou routier et cessent de fournir l'électricité à Berlin-Ouest : un siège en règle commence, dans une ville encore dévastée, qui est intégralement dépendante d'une assistance extérieure.

 Le coup de Prague en avril 1948

Le coup de Prague en avril 1948

04 mar 1948
01m 15s
Fiche (01622)
 La signature de l'Accord des Seize

La signature de l'Accord des Seize

22 avr 1948
32s
Fiche (01623)

Comment réagissent les Alliés de l'Ouest ?

Montrez en quoi le pont aérien est une véritable prouesse technique.

Pour aller plus loin : le blocus de Berlin en chiffres

Effectivement, l'acheminement d'énormes quantités de vivres et de matières premières a nécessité une organisation sans faille. Les avions relient les bases militaires américaines et anglaises en Allemagne de l'Ouest aux aéroports berlinois de Tempelhof et de Gatow. En moyenne, un avion atterrit toutes les trois minutes. A la fin du blocus, les Alliés ont effectué 278 228 vols, et 2 326 406 tonnes de fret ont été acheminées à Berlin-Ouest.

Expliquez à quoi le commentateur fait allusion quand il parle de la " lutte d'influence qui oppose les Alliés ".

Pour Berlin et l'Allemagne, quelles sont les conséquences du blocus (voir chronologie) ?

Pour aller plus loin : la naissance de l'OTAN

Une autre conséquence du blocus, même si celui-ci n'en est pas la seule raison, est la signature du Traité de l'Atlantique Nord, et la création de l'OTAN. Les Européens de l'Ouest veulent assurer leur sécurité contre l'expansionnisme musclé de l'URSS, et impliquer les Etats-Unis dans leur défense, car l'ONU, bloquée par les vetos soviétiques, semble incapable d'assurer la paix mondiale. Le point primordial du Traité de l'Atlantique Nord, signé le 4 avril 1949 à Washington, en plein blocus de Berlin, est l'article 5, qui précise que tous les pays signataires sont solidaires en cas d'attaque contre l'un d'eux. En 1955, les Soviétiques créent une alliance similaire avec le pacte de Varsovie, signé par l'URSS et les démocraties populaires d'Europe de l'Est.

Quelle est l'impression qui se dégage du document ? (observer la musique, le rythme des images, le ton du commentaire)

La construction du mur de Berlin (1961)

Analyse de la vidéo

Attention, le document est assez long, il est étudié en plusieurs séquences.

 La construction du mur de Berlin

La construction du mur de Berlin

Berlin est divisée par le mur construit en un jour.

08 sep 1961
02m 42s
Fiche (00186)

Présentez le document.

Pour aller plus loin : Le magazine de reportage «Cinq colonnes à la Une»

Cinq colonnes à la Une est le premier magazine de grand reportage de la télévision française. Lancée le 9 janvier 1959 sur l'unique chaîne de la RTF, et diffusée chaque premier vendredi du mois à 20h30, l'émission devient un rendez-vous incontournable pour les téléspectateurs, et demeure pour beaucoup un modèle du genre. L'équipe du magazine est composée de Pierre Lazareff (le patron de  France-Soir), Pierre Dumayet, Pierre Desgraupes, et Igor Barrère. Son taux d'audience qui atteint les 83% en décembre 1961 ne sera jamais égalé. D'une longévité exceptionnelle, l'émission connaît 103 numéros. Elle disparaîtra peu après les événements de mai 1968.

Le magazine traite des événements internationaux, de la vie politique intérieure, mais aussi de faits divers et de culture. Les thèmes abordés tranchent avec ceux du journal télévisé. Il faut rappeler que dans le contexte politique très tendu de 1961 (attentats de l'OAS, putsch des généraux en avril), le journal télévisé est étroitement soumis au pouvoir, sous le contrôle du ministre de l'information Alain Peyreffitte. Le titre de gloire de Cinq colonnes, c'est d'avoir, pour la première fois à la télévision, " parlé de l'Algérie ". Le magazine apporte un espace de liberté à l'information télévisée. Une place primordiale est accordée à l'image, à l'événement, à l'interview, au terrain. Le ton est celui de la presse à grand tirage, de France Soir ou de Paris Match . Cinq colonnes est conçu selon les même critères, transposés pour la télévision. Les sujets sont brefs, les images " choc ", le montage rapide, et l'événement est transformé en un double récit : une enquête journalistique et un drame humain vécu par les protagonistes.

Ceci est bien visible dans le reportage sur la construction du mur de Berlin. Dans la première séquence, les images et le commentaire mettent en scène le face à face entre soldats américains et vopos : succession rapide de plans montrant chaque camp en train de s'observer à la jumelle, phrases imagées (" les sentinelles des deux mondes se fusillent du regard à bout portant "). Le commentaire du journaliste fait le lien entre la première et la deuxième séquence : il annonce " l'absurdité de fer et de béton qui a poussé au milieu de la ville en une seule nuit... " sur les premiers plans tournés en hélicoptère, puis il assène : " Le Mur " à l'instant même ou le mur apparaît à l'image. Le mur est filmé en un long travelling plongeant, procédé particulièrement approprié ici, qui donne à voir la longue muraille qui traverse Berlin. Le journaliste se tait alors; on n'entend plus que le bruit inquiétant du moteur d'hélicoptère au dessus de la ville. Le rythme change avec la troisième séquence. Le bruit de moteur décroît, le son est pris en direct. Le mur, toujours présent à l'image, n'est plus le " personnage " principal, il devient le décor de l'interview d'un vieux monsieur, qui décrit posément ce qu'il a vu et entendu dans la nuit du 12 au 13 août. Là, des plans de la construction du mur sont insérés, plans tournés à un autre endroit et à un autre moment, qui viennent illustrer le discours du témoin. Ces images sont un peu floues, souvent plongeantes, comme prises de loin. Un plan rapproché montre un militaire murmurer quelque chose aux ouvriers, occupés à monter le mur en posant des couches de parpaings sur des dalles de béton. Le drame humain provoqué par la construction du mur prend toute sa mesure dans la quatrième séquence. C'est d'abord une musique poignante, des plans serrés de femmes de tous âges en train de pleurer, et un commentaire dramatique (" Imaginez que d'un coup de sabre on ouvre un homme en deux... C'est ça, Berlin. ") Le journaliste nous invite ensuite explicitement à regarder le malheur des familles déchirées (" Regardez par exemple cette scène entre une mère et une fille "). On voit une mère restée à l'Est, visiblement nerveuse et pressée de s'en aller, parler par-dessus les barbelés à sa fille qui fond en larmes, côté Ouest. Comme le dit le commentaire : " Elles ne sont pas seules : à quelques mètres de là, il y a une voiture avec des policiers de l'Est. " C'est alors que la caméra s'arrête sur l'inquiétant vopo, tapi dans la berline noire. Le commentaire achève : " ... Alors la mère a peur de se compromettre et elle s'en va ". La caméra revient sur la fille qui se met à nouveau à pleurer. Cette séquence illustre bien le souci du pathos et du rythme, toujours présent dans Cinq colonnes.

Séquence 1 : du Plan 1 au Plan 18.

Qui sont les deux groupes qui s'opposent ? Que font-ils ?

Qu'est-ce qui sépare les deux parties de la ville ?

Que font les militaires américains ? Que font les policiers de l'Est ? Quelle est l'impression que le reportage donne des deux groupes ?

Séquence 2 : du Plan 19 au Plan 23.

Que montre cette séquence ?

Comment est-elle tournée ? Que voit-on du mur ? Comment le journaliste décrit-t-il le mur ?

Séquence 3 : du Plan 24 au Plan 32.

Que raconte le témoin, M. Schumacher ? Pourquoi a-t-il été choisi par l'équipe du reportage?

Que montrent les plans insérés sur le témoignage de M. Schumacher ? Ces plans insérés sont-ils tournés au moment où le témoin parle ? Pourquoi ?

Que pense M. Schumacher de la construction du mur ?

Séquence 4 : du Plan 33 à la fin.

Que voit-on dans cette séquence ?

Décrivez la bande sonore. Quelle tonalité donne-t-elle à la scène ?

Comment sont montrés les policiers de l'Est ? Quelle est l'impression qui s'en dégage ?

A votre avis, pourquoi le gouvernement de RDA a-t-il fait construire un mur dans Berlin ?

Pour aller plus loin : L'opération «Muraille de Chine».

En effet, si la frontière entre la RDA et la RFA est rendue hermétique, la ville de Berlin demeure un point de passage : Allemands de l'Est, mais aussi Polonais et Tchécoslovaques, utilisent le passage de Berlin-Ouest pour rallier la RFA et l'Europe occidentale, et ainsi fuir la collectivisation forcée de l'agriculture et de l'industrie, les difficultés d'approvisionnement, l'Etat policier. On estime que sur les 2,7 millions d'Allemands de l'Est qui passent à l'Ouest entre 1949 et 1961, plus de 1,6 millions sont passés par Berlin, et parmi eux beaucoup de médecins, d'enseignants, d'ingénieurs. C'est une véritable fuite des jeunes actifs et instruits, qui menace l'économie du pays et l'existence même de la RDA.

L'opération, nommée " Muraille de Chine ", commence le 12 août, à 16 heures. Le ministère de l'Intérieur est-allemand annonce que les citoyens de RDA ont désormais besoin d'une autorisation spéciale pour se rendre à Berlin Ouest. A minuit, les services de sécurité sont placés en état d'alerte, les unités de l'armée quadrillent Berlin-Est, 25 000 miliciens ouvriers armés et la police populaire (Vopos) équipés de kalachnikovs se postent tous les 2 mètres le long de la ligne de démarcation. Des barbelés et des chevaux de frise sont posés en travers des accès à Berlin Ouest, les chaussées sont dépavées, des barricades sont dressées. En quelques heures, toute la frontière autour de Berlin Ouest est sous contrôle. La circulation entre la RDA et Berlin Ouest est interrompue. L'accès à Berlin Ouest est désormais interdit aux habitants de Berlin-Est et de RDA.

Pour aller plus loin : les réactions internationales à la construction du mur.

Le bloc occidental proteste d'abord avec prudence contre la construction du " Mur de la honte ". En RFA, le 13 août, le Chancelier Konrad Adenauer appelle la population de l'Ouest au calme et à la raison, mais reste imprécis quant aux mesures qu'il s'apprête à prendre avec les Alliés. Seul Willy Brandt, maire de Berlin Ouest, émet une protestation énergique contre l'emmurement de Berlin. Du côté des Alliés de la RFA, la réaction est lente : le 13 août, il faut attendre 20 heures avant que les colonnes militaires américaines se présentent à la frontière, 40 heures pour qu'un avertissement soit transmis au commandant soviétique de Berlin, 72 heures avant que les protestations des diplomates atteignent Moscou - pour la forme. Après s'être assuré que la fermeture de la frontière ne soulève que des protestations formelles de la part des puissances occidentales, la RDA commence le 15 août à remplacer les barrières provisoires par un mur solide de 1 mètre 50 de hauteur. Du côté américain, le nouveau président John F. Kennedy veut montrer son soutien aux habitants de Berlin Ouest, mais estimant que le mur ne remet pas en cause les trois principes de base qu'il a formulés le 25 juillet (libre accès à Berlin-Ouest, présence occidentale dans la ville, liberté de la population de Berlin-Ouest), il déclare à propos du mur : " Une solution peu élégante, mais mille fois préférable à la guerre ". Ce point de vue est confirmé le 27 octobre 1961 : c'est ce jour-là que la tension accumulée depuis la construction du mur est la plus forte et la plus visible. On en vient à une confrontation directe entre troupes américaines et troupes soviétiques : 10 chars soviétiques et 10 chars américains se font face de part et d'autre du " Checkpoint Charlie ". Les chars se retirent le lendemain, aucune des deux parties ne voulant, au nom de Berlin, risquer de remettre en cause l'équilibre international. En réalité, depuis le 13 août, des rumeurs circulent selon lesquelles Khrouchtchev aurait assuré les Alliés de ne pas empiéter sur leurs droits à Berlin Ouest. Partant, l'édification du mur pouvait être vue par le bloc occidental comme une sécurité pour Berlin Ouest, et une confirmation matérielle du statu quo en Allemagne. L'Union soviétique abandonne ainsi son exigence d'un Berlin Ouest libre et démilitarisé. John F. Kennedy reviendra en 1963 à Berlin prononcer son célèbre discours " Ich bin ein Berliner ", où il dénoncera le système communiste, obligé de construire un mur pour empêcher ses habitants de fuir, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit avec le mur de Berlin. On estime qu'en 28 ans, le Mur a fait 239 victimes, abattues par les gardes, noyés dans la Spree, tués en sautant des maisons...

La construction du mur de Berlin en 1961 est emblématique de la guerre froide. Le mur qui coupe la ville en deux devient le symbole matériel du " rideau de fer " qui sépare le bloc communiste du bloc occidental. En édifiant le mur, la RDA et l'URSS reconnaissent officiellement l'existence de Berlin Ouest. Et si les Alliés de l'Ouest protestent officiellement contre le " Mur de la honte ", ils reculent devant un affrontement militaire direct, susceptible d'entraîner une troisième guerre mondiale. Avec le mur de Berlin, les frontières des zones d'influence des deux grands sont définitivement fixées en Europe, jusqu'aux bouleversements de la fin des années 1980.

La chute du mur de Berlin (1989)

Analyse de la vidéo "La chute du mur de Berlin"

 La chute du mur de Berlin

La chute du mur de Berlin

Le mur de Berlin érigé en 1961 tombe : la foule peut passer d'une zone de Berlin à l'autre, la ville est dans l'euphorie d'un moment historique considérable.

11 nov 1989
02m 02s
Fiche (00203)

Présentez le document.

Où se trouve précisément Philippe Rochot, envoyé spécial d'Antenne 2 ? Pourquoi ce lieu est-il célèbre ?

Que se passait-il sur la Potsdamer Platz avant la chute du mur ?

Qui sont les gens qui font la queue ? Pourquoi ?

Vue du double mur de Berlin. Un mur est couvert de tags, l'autre est blanc et nu. Pourquoi, à votre avis ?

Pourquoi le violoncelliste Mstislav Rostropovitch joue-t-il au pied du mur ?

Pour aller plus loin : Rostropovitch joue au pied du mur

Et effectivement, la chute du mur a sans doute eu une signification toute particulière pour Mstislav Rostropovitch. Citoyen soviétique né en 1927, il est l'ami d'Alexandre Soljenitsyne (l'auteur d' Une journée d'Ivan Denissovitch et de L'Archipel du Goulag), et soutient les dissidents au régime communiste. Cela lui vaut de perdre la nationalité soviétique en 1974 et d'être contraint à l'exil l'année suivante. Rostropovitch choisit de jouer du Bach : musicien universel, compositeur allemand, Bach est connu de tous, et suffisamment éloigné dans le temps pour n'appartenir à aucun clan.

Que montrent les images tournées dans la nuit ? Que fait l'homme au casque orange ? Quelle est la signification de ce geste ?

Que pouvez-vous dire sur le reportage : ton des journalistes, mouvements de caméra, alternance entre le plateau et les reportages ?

Pourquoi la chute du Mur de Berlin est-elle un événement historique ?

Pour aller plus loin : les événements qui ont mené à la chute du mur.

Lors de sa première visite officielle en RFA en mai 1989, Gorbatchev annonce l'abandon de la doctrine Brejnev : Moscou ne s'opposera pas par la force à une transformation démocratique des Etats satellites. Le 11 mai, la Hongrie ouvre sa frontière avec l'Autriche : aussitôt, des milliers d'Allemands de l'Est quittent la RDA pour l'Autriche, via la Hongrie. En six mois, plus de 220 000 Allemands de l'Est passent à l'Ouest. Parallèlement, en RDA, des groupes d'opposition se développent et essaient de changer le pays de l'intérieur. A Berlin, la RDA célèbre le 7 octobre son quarantième anniversaire, mais la fête tourne à la protestation contre le régime, qui procède à plus de 1000 arrestations. La contestation populaire prend de l'ampleur, et le 9 novembre, la direction du Parti annonce sa démission lors d'une conférence de presse. A 18h57, à la fin de la conférence, Günter Schabowski, membre du Bureau politique démissionnaire, déclare devant les journalistes médusés que le Conseil des ministres vient de décider d'autoriser les citoyens de RDA à voyager librement. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans toute la ville et le pays. Dans les heures qui suivent, des milliers de citoyens est-allemands se pressent aux points de passage entre les deux Berlin. Sans directives officielles, sous la pression de la foule, les gardes les laissent passer. Une vague d'enthousiasme s'empare de la ville : cris, pleurs, applaudissement, hourras... Les Berlinois de l'Est sont accueillis à bras ouverts à l'Ouest. Du café et du vin chaud est offert aux policiers des deux côtés. La plus célèbre avenue de Berlin, le Kurfürstendamm, est envahi par une marée humaine. En trois jours, Berlin-Ouest accueille 2 millions d'Allemands de l'Est. Les événements s'enchaînent. Le slogan scandé par les manifestants " Wir sind das Volk " (" Nous sommes le peuple ") est remplacé par " Wir sind ein Volk " (" Nous sommes UN peuple "). Les Allemands réclament la réunification de leur pays. Le 20 septembre 1990, la Chambre du Peuple de RDA et le Bundestag de RFA adoptent le traité d'union qui entre en vigueur le 3 octobre 1990, en même temps que cessent les droits des quatre anciennes puissances occupantes. C'est ce jour (" Tag der Deutschen Einheit ", " jour de l'unité allemande ") qui est choisi pour devenir la fête nationale allemande. La date de la chute du mur, le 9 novembre, a été également évoquée, mais si le 9 novembre marque un autre moment important de l'histoire allemande, la proclamation de la république de Weimar (1918), c'est aussi la date anniversaire du putsch manqué d'Hitler en 1923, et surtout de la Nuit de Cristal en 1938. Le 20 juin 1991, le Bundestag de l'Allemagne réunifiée décide que Berlin redevient capitale à part entière. Au bout de 10 315 jours d'existence, le Mur de Berlin est tombé, même si sa disparition physique prendra plusieurs mois.

Berlin, symbole et enjeu de la guerre froide

Question de synthèse sur l'ensemble des documents

Rédigez un paragraphe argumenté montrant que, d'après les trois documents, la ville de Berlin est un enjeu et un symbole de la guerre froide.

Prolongements

Contexte média : Un événement vécu en direct grâce à la télévision.

Dès l'annonce de l'ouverture du mur, le 9 novembre 1989, les télévisions et les radios de RFA arrivent sur les lieux. Les médias français aussi qui, dès le lendemain, retransmettent interviews et reportages. Ainsi la présentatrice du journal télévisé d'Antenne 2, Christine Ockrent, se rend-elle à Berlin pour présenter " en direct du Mur " le journal de 20 heures. Toutes les chaînes passent et repassent les mêmes images : celles des Allemands juchés sur le mur, celles des Berlinois en train de casser le mur à l'aide de pioches, celles de la liesse populaire et des embrassades entre Allemands de l'Est et Allemands de l'Ouest. Après Antenne 2, d'autres chaînes font leur " spécial Berlin ". Les commentateurs soulignent l'importance historique du moment.

L'incroyable s'est produit : les médias en sont-ils de simples témoins, ou bien des acteurs ? Si les télévisions françaises ne font que rapporter l'événement, leurs homologues ouest-allemandes ont joué un rôle important dans la chute du mur, grâce à leur rôle de pont entre les deux populations séparées de Berlin. En effet, la partition de l'Allemagne entre deux Etats n'a pas empêché les habitants de RDA de regarder vers l'Ouest, au propre comme au figuré. Malgré la réprobation des dirigeants de l'Est, la télévision ouest-allemande est beaucoup regardée de l'autre côté. Le 2 mai 1989, les Allemands de l'Est apprennent par les médias occidentaux une nouvelle sensationnelle : la Hongrie vient de décider l'ouverture de sa frontière avec l'Autriche. Les Allemands de l'Est comprennent alors qu'ils vont pouvoir passer à l'Ouest, via la Hongrie. Au cours de l'été, des milliers d'entre eux tentent l'aventure, retransmise par la télévision ouest-allemande, ce que certains interprètent en RDA comme une " incitation à la fuite ". En septembre, les manifestations se font de plus en plus massives en RDA, qui exigent des réformes politiques profondes. Les télévisions ouest-allemandes contribuent à amplifier la contestation, tandis que les médias communistes n'en disent pas un mot. Cependant, le 18 octobre, la chute d'Erich Honecker (au pouvoir depuis 1971) entraîne une certaine libéralisation des médias officiels. Fait nouveau : les dirigeants communistes se prêtent à des conférences de presse en direct à la télévision. Au cours de l'une d'entre elles, le 9 novembre, le nouveau porte-parole du gouvernement, Günter Schabowski, annonce, à la toute dernière minute (il est 18h57), l'adoption par le conseil des ministres d'une nouvelle réglementation sur les voyages :

" Les voyages privés vers l'étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs - motif du voyage ou lien de famille. Les autorisations seront délivrées sans retard. Une circulaire en ce sens va être bientôt diffusée. Les départements de la police populaire responsables des visas et de l'enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur n'aient à être remplies. Les voyages y compris à durée permanente peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA. "Question d'un journaliste : " Quand ceci entre-t-il en vigueur ? "Schabowski, feuilletant ses notes : " Autant que je sache - immédiatement. "(Hans-Hermann Hertle, Katrin Elsner, Mein 9. November, éd. Nicolai, Berlin, 1999)

Aussitôt les radios et les télévisions de RFA annoncent : " Le Mur est ouvert ! ". Plusieurs milliers de Berlinois de l'Est se pressent aux points de contrôle et exigent de passer. À ce moment, ni les troupes frontalières, ni même les fonctionnaires du Ministère chargé de la Sécurité d'État responsables du contrôle des visas n'ont été informés. Sans ordre concret ni consigne mais sous la pression de la foule, le point de passage de la Bornholmer Strasse est ouvert peu après 23 h, suivi d'autres points de passage à Berlin comme à d'autres postes-frontière avec la RFA. Beaucoup assistent à l'événement en direct à la télévision, dès cette nuit du 9 novembre, et ils se mettent en chemin. Cependant la véritable ruée a lieu le lendemain matin, beaucoup s'étant couchés trop tôt cette nuit-là pour assister à l'ouverture de la frontière.

On voit donc que les médias ont joué un rôle important dans la chute du mur. Par la télévision, les Berlinois et les Allemands de l'Est ont appris quasiment en direct la chute du mur. Cela a provoqué un afflux de population aux points de passage, et à leur tour, les images de la foule massée au pied du mur ont attiré du monde. Pour tous les Allemands suffisamment âgés en 1989, mais aussi pour tous les Européens, la chute du mur de Berlin a été un événement de première importance, parce que tout le monde a pu le voir, le vivre grâce à la télévision. Les images de la chute du mur font partie de l'imaginaire collectif des Européens, elles ont permis à chacun de s'approprier l'événement.

Ressources

Bibliographie indicative

  • Fontaine André, La Guerre froide, 1917-1991, Seuil (coll. " Points "), 2006.
  • Jeannesson Stanislas, La Guerre froide, La découverte, 2002.
  • Manale Margaret, Le Mur de Berlin, La Documentation française, 1997.
  • Vernet Daniel, Novembre 1989 : le mur de Berlin s'effondre, Seuil (coll. " Les évènements dans " Le Monde "), 1999.
  • Freissinier Gilles, La Chute du Mur de Berlin à la télévision française : de l'évènement à l'histoire (1961-2002), L'Harmattan, 2006.

Filmographie

  • Goodbye Lenin !, Wolfgang Becker, 2003. Ce film évoque la chute du Mur en 1989 et les changements importants qui se sont produits dans les jours et les semaines qui ont suivi.
  • Les Ailes du désir (Der Himmel über Berlin), Wim Wenders, 1987. Ce conte philosophique met en scène deux anges qui veillent sur la ville de Berlin, séparée par le Mur.
  • Si loin, si proche !, Wim Wenders, 1993. Ce film est une suite des Ailes du désir, dans le Berlin réunifié.
  • La Vie des Autres, de Florian Henckel Von Donnersmarck , 2006. Ce film raconte comment, au début des années 1980, un agent de la Stasi, la police secrète de RDA, espionne un intellectuel suspecté de sympathies pro-occidentales.

Sites internet

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