parcours pédagogique

Etudier un régime totalitaire à travers un film de propagande : le cas de l'URSS stalinienne et du stakhanovisme

Jean-Pierre Roux et Pierre Papet, Enseignants de l'Académie de Grenoble

Présentation

Retrouvez ce parcours sur le site de l'Académie de Grenoble .

Un documents soviétique de 1935 permet d'étudier la façon dont l'URSS de Staline glorifie les réalisations du régime à travers la figure du mineur Stakhanov.

Place dans le programme

  • Troisième > Histoire : Guerres mondiales et régimes totalitaires > Les régimes totalitaires dans les années 1930
  • Première > S > Histoire : Le siècle des totalitarismes > Genèse et affirmation des régimes totalitaires
  • Première > L et ES > Histoire : Le siècle des totalitarismes > Genèse et affirmation des régimes totalitaires

Objectifs pédagogiques

Montrer que tout film, y compris sa bande-son, est une construction correspondant à la volonté de mettre en évidence des idées, de montrer quelque chose de précis. Ainsi, ce film "documentaire" soviétique nous montre non pas l'URSS telle qu'elle était mais telle que le régime voulait que les soviétiques la voient, il véhicule donc une idéologie et un imaginaire que la population doit s'approprier.

Durée de l'activité

La durée peut varier d'une demi-heure à deux heures, selon que l'on associe ou pas ce travail à une étude précise de l'idéologie stalinienne.

Activités

Pistes d'analyse du document

Plusieurs travaux sont possibles avec les élèves

 Le "stakhanovisme" et la mobilisation des classes ouvrières dans le cadre de la planification industrielle en URSS

Le "stakhanovisme" et la mobilisation des classes ouvrières dans le cadre de la planification industrielle en URSS

A l'image du mineur Alexis Stakhanov, les ouvriers doivent intensifier leur cadence et rationaliser leur travail afin que la planification industrielle de l'URSS puisse remplir ses objectifs. Stakhanov est montré comme un véritable exemple à suivre.

01 aoû 1935
46s
Fiche (02041)

Piste 1

  • On peut dans un premier temps les faire travailler sur la construction du film, ici particulièrement simple, en utilisant le découpage en plans. On constate les 2 temps (2 séquences) du film :

    • une succession de plans d'ensemble pour la première séquence (Plans 1 à 11), montrant l'inauguration d'un barrage, donc les réalisations collectives du régime.
    • la seconde séquence (Plans 12 à 23) utilise des plans rapprochés, jusqu'au gros plan, pour mettre en exergue un personnage, Stakhanov.

Cette seconde séquence implique une mise en scène travaillée, puisque alterne le visage du mineur en plein effort avec les bandes porteuses du résultat de son travail ; et que l'effort du mineur se conclut sur un accueil triomphal "spontané" au sortir de la mine, de remerciement pour ces efforts comprend-on.

NB : Plans 13 à 20 : l'alternance de plans Stakhanov/bandes porteuses signifie la connivence homme / machines pour produire plus, plus vite, c'est à dire la définition même du stakhanovisme

Piste 2

  • On peut faire remarquer que la bande son est ici totalement déconnectée des images et joue un grand rôle par son emphase visant à souligner l'importance et la grandeur de ce qui est montré. Elle participe au processus d'héroïsation de Stakhanov. On peut pour illustrer ce rôle proposer aux élèves de remplacer la bande son par un commentaire soulignant la difficulté du travail des mineurs, le reportage prend alors un tout autre sens.

Piste 3

  • On peut aller encore plus loin dans la déconstruction du film, par exemple en classe de première, en montrant que les différents plans et images constituent une véritable "mise en images" de l'idéologie stalinienne : l'usine du 1er plan (très rapide), l'inauguration du barrage pour évoquer l' industrialisation, la "grandeur" de ses réalisations, la nature domptée (l'eau stoppée par le barrage). Le collectivisme illustré par les masses indistinctes que l'on voit en plan d'ensemble assister à l'inauguration et dont on doit penser qu'elles ont contribué à l'édification.

On retrouve l'industrialisation dans la séquence sur Stakhanov, la présence de la machine, de la vitesse et du bruit que le film magnifie.

  • Avant les gros plans sur Stakhanov, on aperçoit ses "camarades" (Plan 12), images vivantes de la classe ouvrière, musclée, travailleuse, souriante, tête haute (fière donc). Le film participe pleinement au processus d'héroïsation de la classe ouvrière (ouvriérisme, rappelons que la société russe du début des années 1930 est encore largement rurale), puis de Stakhanov. On est passé en 45 secondes de la masse de la classe ouvrière à l'ouvrier modèle, lequel est célébré, fêté par la foule. Cette foule représente la classe ouvrière (ce n'est pas un officiel qui accueille Stakhanov, ni l'encadrement de la mine), dans sa diversité, pour rappeler l'égalitarisme soviétique, y compris entre hommes et femmes.

  • Le Moujik qui apparaît en gros plan (Plan 22), que peut-il signifier ? La fierté de la Russie traditionnelle face aux changements de la société ? Le passage de ladite Russie traditionnelle à la Russie nouvelle personnifiée par Stakhanov ?

On prend pleinement conscience ici du rôle du gros plan dans la personnification, Stakhanov devient la représentation de toute la classe ouvrière russe. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il est toujours montré sale et en vêtements de travail.