parcours pédagogique

Le Krach boursier de 1929

Claude Robinot - Enseignant d'histoire-géographie de l'Académie de Versailles

Présentation

Retrouvez ce parcours sur le site de l'Académie de Versailles .

Analyse détaillée d'un document muet de 1929, très construit, sur le Krach boursier de Wall Street.

Place dans le programme

  • Première > L et ES > Histoire : Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXe siècle > Croissance et mondialisation
  • Première > S > Histoire : Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXe siècle > Croissance et mondialisation
  • Terminale > Bac Pro > Histoire : Le monde au XXe siècle et au début du XXIe siècle > Les Etats-Unis et le monde (1917-1989)

Que peut on apprendre en étudiant la crise de 1929 ?

Ce titre un peu inhabituel pour une séquence pédagogique a été inspiré par la réflexion de l'économiste Olivier Pastré qui, dans un article du Figaro (1 octobre 2008) dénonçait : "Ceux qui pensent que nous vivons une situation semblable à la crise de 1929 sont, dans le meilleur des cas, irresponsables. Il n'y a aucune comparaison à faire entre la situation actuelle et la crise de 1929. A cette époque, le ralentissement de l'économie avait précédé les faillites bancaires. Actuellement, la croissance reste dynamique, atteignant environ 4% au niveau mondial."

Notre but n'est pas d'entrer dans cette polémique comparatiste, mais de mettre à la disposition des professeurs et de leurs élèves quelques documents qui, contextualisés et expliqués, serviront à nourrir la réflexion.

Activités

Les Actualités Pathé du 6 novembre 1929

 Le Krach boursier de Wall Street (24 octobre 1929) et ses conséquences

Le Krach boursier de Wall Street (24 octobre 1929) et ses conséquences

Le 24 octobre 1929 ("Black Thursday"), les cours de la bourse new-yorkaise de Wall Street s'effondrent, entraînant le plus spectaculaire et le plus long Krach boursier de l'histoire. Ce krach boursier précipite les économies capitalistes dans la crise.

24 oct 1929
01m 19s
Fiche (02038)

Après avoir regardé le film dans sa totalité, il s'agit d'analyser les images et de comprendre le scénario.

Première séquence : du début jusqu'à la fermeture de la bourse (Plans 1 à 7)

Décrire les images et l'activité qui est montrée (aidez-vous des notices du film), donnez un titre à cette séquence

Deuxième séquence : images d'activité industrielle (Plan 8)

Décrivez les images de cette séquence. Quelle relation ont-elles avec la séquence précédente ? Que veut montrer l'auteur du film en les associant ?

Troisième séquence : le renversement de tendance (Plans 9 à 13)

Décrivez les images et l'action. Quel sens donnez-vous à la chute dans l'escalier et aux nuages qui s'amoncellent ? Ces images sont-elles habituelles dans un film d'actualités cinématographiques ?

Quatrième séquence : des actions qui s'envolent à la chute des colonnes de pièces (Plans 14 à 17)

Décrire les images : Que se passe-t-il ? Qui sont les gens représentés ?

Dernière séquence : De l'écroulement aux vues des usines (Plans 18 à la fin)

Pourquoi utilise-t-on un fondu enchaîné entre les pièces qui s'écroulent et les vues d'usines ? Ces usines semblent-elles actives ? Regardez les cheminées. Quelle relation entre la chute des pièces et les usines ?

Question de synthèse sur le document

Résumer dans un schéma le mécanisme de la crise tel qu'il est décrit par les images et les séquences.

Vous devez aboutir à un schéma expliquant la crise économique.

Comparez cette explication avec les textes qui vous sont fournis.

Pour aller plus loin : Une séquence d'actualités atypique

Cette archive Pathé date de l'époque du cinéma muet. Elle est très éloquente, voire bavarde. C'est une véritable analyse des causes de la crise que nous avons sous les yeux, uniquement expliquée avec les moyens du langage cinématographique. L'auteur (inconnu) de ce montage utilise des prises de vues contemporaines (la Bourse), qu'il mêle à des images d'archives (l'industrie) et à des plans tirés de fictions (chute dans l'escalier) et d'autres encore probablement tournées pour la circonstance (graphique). Nous avons donc à faire à un véritable discours économique qui attribue le krach du "Jeudi noir" à l'explosion d'une bulle spéculative et à l'inconscience des financiers. La ruine des spéculateurs intervient comme un châtiment dont les conséquences sont l'arrêt de la production. Il y a aussi dans ces images un jugement moral. Nous sommes donc très loin de la simple relation de faits économiques.

L'histoire de cette archive, qui fait partie de la collection du "Journal Actualité Pathé", est aussi intéressante. L'auteur des prises de vues et le nom du monteur ne figurent pas sur la fiche d'archivage. La date de production indique le 6 novembre 1929, soit immédiatement après le Krach. A côté de ces informations figure la mention "Non Utilisé Pathé". Ce montage n'a donc pas été diffusé et vu par le public auquel il était destiné, pour des raisons que l'on ignore. Peut être a-t-il déplu ? Peut-être a-t-il été retardé ? Il faudrait d'autres sources pour éclairer cette zone d'ombre. En revanche des plans ce film sont régulièrement utilisés dans des montages historiques ou dans des fictions pour parler de la crise de 1929. Cela ne peut que nous faire réfléchir sur la fragilité des sources que nous utilisons et de la difficulté de les contextualiser.

Piste d'exploitation avec les élèves

Visionner l'archive.

Dans un tableau où l'on aura reproduit quelques images-clé du film, faire décrire ses images et construire le mécanisme qui décrit et explique la crise boursière et ses conséquences. Construire un schéma explicatif.

Comparer les explications données par le film avec les réactions des contemporains. (Voir les textes et les questions de guidage)

Faire rédiger un petit texte de conclusion qui résume les recherches et les réponses.

Quelques axes peuvent être privilégiés :

  • le film décrit un mécanisme économique qui se révèlera exact.
  • les contemporains ne prennent pas tout de suite conscience des caractères de la crise.
  • les explications sont complexes et divisent encore aujourd'hui les économistes.
  • les conséquences à moyen terme.

Prolongements

Textes complémentaires : la perception de la crise par les contemporains

(Ces textes ne sont pas tous à étudier impérativement ; on peut les choisir en fonction des besoins, des objectifs de la séquence ou du niveau de classe.)

Texte 1 : Paul Reynaud, ministre français des finances, parle du risque de crise avant le jeudi noir.

Le Temps : "Que pensez-vous de la situation économique et financière des Etats-Unis ? Certains estiment que [...] l'ascension continue des cours à Wall Street ne pourr[a] point longtemps se continuer et qu'une crise brutale, un jour prochain, éclatera ?"

Paul Reynaud : "Il ne pourra s'agir d'une crise violente. Des trusts ont été formés qui détiennent une grande partie des actions des sociétés qu'ils considèrent comme les meilleures. Ces trusts auront une action régulatrice. J'estime toutefois qu'une crise pointe aux Etats-Unis. Des sources de richesse sont taries. Les agriculteurs se plaignent ; la situation du textile est difficile. Il y a surproduction d'automobiles ; les stocks s'accroissent faute de débouchés, et un ralentissement dans la production automobile atteindra directement les industries métallurgiques, industries de base. En outre, la hausse continuelle des titres a développé le goût de la spéculation : des Américains ont emprunté de l'argent à 9 % pour acheter des titres ne rapportant que 2 % mais qu'ils espéraient revendre à bénéfice. Des reculs comme ceux qui se sont produits ces jours derniers à Wall Street ne sauraient être négligés ; ils sont comme des signes avertisseurs."

Interview de Paul Reynaud, ministre français, au Journal Le Temps, 15 octobre 1929.

Texte 2 : Le "New-York Times", du 1er octobre 1929, rapporte l'opinion des financiers sur le risque de crise

"Trois positions différentes semblent être adoptées vis-à-vis de l'avenir financier. Selon la première, nous avons maintenant découvert sans aucun doute l'existence d'une nouvelle ère financière et industrielle, où les règles anciennes sont totalement abrogées et où l'expérience passée n'a à offrir aucune leçon digne de considération. Selon la seconde, la tendance récente des affaires dans l'industrie et sur les marchés spéculatifs ne peut durer ; le renversement quand il se produira, pourrait être sévère et d'une violence comparable à celle du mouvement ascendant interrompu, mais personne ne peut fixer le moment et les conditions de ce changement. Selon la troisième position, celle qu'adopte probablement la majorité des membres de la communauté financière, les jugements raisonnés ont été si souvent démentis ces trois dernières années qu'il vaut mieux cesser d'en émettre dans l'immédiat et que, quelles que soient les convictions profondes qu'on partage, il est préférable de suivre le courant, tout en scrutant minutieusement l'horizon lointain."

Lisez les deux textes et répondez aux questions suivantes

Paul Reynaud et les financiers dont parle le journal ont-il conscience qu'une crise boursière est possible ?

Sont-ils inquiets des conséquences d'un Krach boursier ? (faites des citations)

Texte 3 : Le déroulement de la crise d'après un économiste contemporain

"Le lundi 21 octobre 1929, les liquidations se précipitent. Plus de six millions de titres sont traités; les cours baissent encore. [...] divers grands banquiers font des déclarations rassurantes proclament la baisse injustifiée. Le 22 octobre, ces déclarations agissent ; la panique paraît enrayée ; on enregistre une reprise des cours. Mais le 23, on fléchit de nouveau. Plus de six millions de titres sont vendus. Le 24 est le "Jeudi Noir" Près de treize millions de titres sont jetés sur le marché. L'intervention des banques est impuissante à enrayer les ventes. L'appareil qui à New York, transmet immédiatement les cours à toutes les banques – le "ticker" - est en retard de quatre heures. Devant chaque ticker des rassemblements suivent l'effondrement. Les banques cependant, annoncent la constitution d'un pool au capital de un milliard de dollars pour soutenir les cours. Le vendredi et le samedi la confiance de nouveau paraît renaître ; les ventes se calment, les cours reprennent. Mais dès le lundi les offres affluent de nouveau. On traite plus de neuf millions de titres et certains écarts en baisse sont considérables. Le mardi enfin, tous les records sont battus ; plus de seize millions de titres sont jetés sur le marché et d'énormes baisses sont enregistrées."

L. Pommery, Aperçu d'histoire économique contemporaine 1890-1945, Paris 1946.

Texte 4 : Churchill analyse la crise de 1929 dans ses souvenirs (il était présent aux Etats-Unis à cette date)

"Les cycles économiques, tels que nous les avons connus, sont finis et bien finis", déclarait en septembre le président de la Bourse de New York. Mais en octobre, une violente tempête s'abattit brusquement sur Wall Street. [...] Toute la richesse que représentaient les valeurs fiduciaires accumulées au cours des années précédentes s'évanouit. La prospérité de millions de foyers américains s'était édifiée sur la base gigantesque d'un crédit gonflé qui se révélait tout à coup illusoire. L'habitude de spéculer sur les titres s'était étendue à la nation tout entière, et avait été favorisée par les banques en renom grâce à une multiplication des prêts ; il s'était développé, en outre, un vaste système d'achat à tempérament de maisons, de mobilier, de voitures et d'innombrables autres articles d'usage courant et de confort domestique. Tout cela s'écroula d'un coup. La formidable machine de production des États-Unis se trouva désorganisée et paralysée. [...] Les moyens d'échange des marchandises ou des services entre les individus furent réduits à néant et la débâcle de Wall Street frappa par contrecoup les foyers les plus modestes comme les plus opulents."

Winston Churchill, Mémoires, L'apogée de la paix, 1948.

Texte 5 : Paul Reynaud analyse la crise dans ses mémoires en 1947

"Quelques jours après, c'est le 24 octobre 1929, le Black Friday (vendredi noir) de la Bourse de New York d'où les brokers sortaient avec des vêtements déchirés et des faux cols arrachés. Les cours s'étaient effondrés. Ce fut le coup de gong qui annonça aux nations l'ouverture de la crise mondiale, l'un des plus grands événements de l'histoire du monde par les conséquences que nous allons lui voir produire. On assista alors à une baisse profonde des prix, surtout des prix agricoles. Des baisses des prix, on en avait déjà vu, avant la guerre de 1914, à intervalles réguliers dans chaque pays. C'étaient des baisses de 15 % en moyenne. Les affaires malsaines sombraient, puis l'économie du pays assainie repartait allègrement. C'étaient les "crises cycliques".

La crise mondiale, ce fut une tout autre affaire. [...]

La crise atteignit le monde entier. L'ouvrier métallurgiste américain de Pittsburg, le planteur de café brésilien, l'artisan de Paris et le banquier de Londres, tous furent frappés."

Paul Reynaud, La France a sauvé l'Europe, 1947.

Répondez aux questions suivantes

Texte 3 : Décrivez la crise boursière, donnez un titre à ce texte.

Texte 4 : Comment Churchill explique-t-il la chute de la bourse (faites une citation)

Texte 5 : Comment Reynaud explique le caractère exceptionnel de la crise qui naît en 1929 ?

Textes 1 et 5 : Paul Reynaud a-t-il le même avis sur la crise dans le texte 1 et le texte 5 ? Expliquez les différences et les nuances.