parcours pédagogique

Les réticences face à l'idée européenne

Claude Robinot - Enseignant d'histoire-géographie de l'Académie de Versailles

Présentation

Retrouvez ce parcours sur le site de l'Académie de Versailles .

A travers l'étude de documents variés (vidéos, textes, images), on revient sur la genèse de l'idée d'une Europe unie.

Place dans le programme

  • Terminale > L et ES > Histoire : Les échelles de gouvernement dans le monde de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours > L'échelle continentale
  • Troisième > Histoire : Une géopolitique mondiale > La construction européenne

Activités

Après avoir regardé les documents, vous répondrez aux questions, qui vous aideront à rédiger une synthèse.

I - Aristide Briand, le précurseur

Couverture du magazine VU

La couverture peut être consultée ici

Extraits du discours prononcé par le ministre français

Je pense qu'entre des peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d'Europe, il doit exister une sorte de lien fédéral. Ces peuples doivent avoir à tout instant la possibilité d'entrer en contact, de discuter de leurs intérêts communs, de prendre des résolutions communes. Ils doivent, en un mot, établir entre eux un lien de solidarité qui leur permette de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves si elles venaient à naître. (...)

  • je me propose, pendant la durée de cette session, de prier ceux de mes collègues qui représentent ici les nations européennes de vouloir bien, officieusement, envisager cette suggestion et la proposer à l'étude de leurs gouvernements.*

Caricature de Briand par Sennep Candide, 1930

La caricature peut être consultée ici .

L'affiche d'Abel Faivre à droite, très connue des contemporains date de 1916, elle n'est là que pour faire comprendre le détournement parodique qu'en fait Sennep quinze ans plus tard)

Actualités filmées 1931

 Les discussions sur le désarmement reprennent à Genève entre les représentants européens

Les discussions sur le désarmement reprennent à Genève entre les représentants européens

A Genève, le Conseil de la SDN se réunit pour débattre du désarmement. Les représentants de 27 Etats participent aux débats. Henderson pour l'Angleterre, Curtius pour l'Allemagne, Grandi pour l'Italie et Briand pour la France prononcent un discours.

28 jan 1931
52s
Fiche (02022)

Dans quel contexte et dans quel lieu, Aristide Briand prononce-t-il son discours ? (doc 1)

Que propose-t-il ? (doc 2)

Quels sont les reproches que son projet suscite (doc 3) ? Que devient sa proposition ? (doc 4)

II - Churchill plaide pour des Etats-Unis d'Europe

Discours de Winston Churchill au congrès de l'Europe à La Haye, 1948

Discours de Winston Churchill au Congrès de l'Europe de La Haye

Discours de Winston Churchill au Congrès de l'Europe de La Haye

Winston Churchill prononce un discours fondateur sur l'idée de construction européenne au cours de la conférence de La Haye en mai 1948.

07 mai 1948
01m 06s
Fiche (01621)

Men will be proud to say: I am a European. We hope to see a Europe where men of every country will think as much of being a European as belonging to their native land. We hope that wherever they go in the european continent, they will truly feel : here, I am at home, I am a citizen of this country too, the men are my brothers and friends, let us meet together, let us work together, let us do our atmost, all that is in us, for the good of all.

  • Nous serons fiers de dire : Je suis un Européen. Nous espérons voir une Europe où les hommes de tous les pays pensent qu'ils appartiennent autant à l'Europe qu'à leur terre natale. Nous souhaitons que partout où ils aillent sur le continent européen ils puissent dire : je suis chez moi, je suis aussi un citoyen de ce pays, ces hommes sont aussi mes frères, unissons nos efforts, travaillons ensemble pour le bien de tous.*

Le Conseil de l'Europe

 Le Conseil de l'Europe

Le Conseil de l'Europe

Le Conseil de l'Europe se réunit au Château de la Muette à Paris pour discuter des problèmes politiques et économiques du continent.

10 nov 1949
30s
Fiche (01630)

Naissance ou enterrement de l'Europe ?

"Au moment où la première Assemblée de l'Europe se réunit à Strasbourg, quelle tentation de l'honorer par un chant de victoire ! (...) Et voici que ces rêves prennent vie et qu'autour de Churchill les députés de l'Occident européen se réunissent, non plus à titre de délégués de leurs pays respectifs, mais de représentants de la communauté européenne tout entière. (...)

Au fond le choix véritable qui s'offre aux hommes du vieux continent est aujourd'hui celui-ci : devenir citoyens de l'Europe ou pérégrins de la Rome américaine.

Qu'on n'envisage point cette dernière hypothèse comme un vertige de l'imagination. Ne voit-on pas renaître sous nos yeux la vieille distinction des armes nobles et des armes serviles ? Dans l'armée atlantique ne va-t- on pas retrouver d'un coté les légions impériales, sous la forme de l'aviation stratégique, et de l'autre les milices barbares montant la garde au bord du nouveau limes ? Machiavel notait déjà qu'il ne peut y avoir d'alliance véritable entre deux princes dont l'un est infiniment plus puissant que l'autre, mais seulement une domination. L'Europe seule peut empêcher que l'Union atlantique ne devienne l'empire américain. (...) Le plus grand danger qui menace l'Assemblée de Strasbourg est de croire que l'Europe est née, alors qu'elle n'est même pas conçue. Une réunion d'hommes politiques, même chevronnés, même illustrés, cela n'est pas l'Europe. Cela pourrait même devenir la mort de l'idée d'Europe si chacun d'eux prenait la tribune de Strasbourg pour instrument de sa propagande. Construire l'Europe, ce n'est pas faire des discours sur l'Europe."

Maurice Duverger (Juriste et professeur de droit constitutionnel), Le Monde, 9 Août 1949

Dans quel contexte et à quelle occasion Churchill appelle les Européen à s'unir ?

Qu'est-ce que le Conseil de l'Europe ?

Pourquoi le Conseil de l'Europe n'est qu'une forme inachevée d'unité européenne ? (doc 2)

III - Réticences et résistance du "Parti colonial" à l'Europe

Document 1 : Jean-François Poncet, explique les réticences des intérêts coloniaux à la signature du traité

Vous pouvez consulter la vidéo ici.

Document 2 : Extrait des Actualités filmées "Si la France perdait l'Algérie" 1957

Vous pouvez consulter la vidéo ici.

Document 3 : Anthony Eden (1), explique la position britannique face à l'Europe

"( ...) pour la plupart des Anglais, et certainement pour moi-même, il existe une condition préalable à notre collaboration en Europe, particulièrement dans le domaine économique. Nous ne pouvons prendre en Europe aucune décision qui pourrait, d'une façon ou d'une autre, affaiblir les liens d'union entre la Grande-Bretagne et les nations du Commonwealth.

Cette condition doit être toujours présente à notre esprit. Je suis convaincu que les Français comprennent notre position. Je suis convaincu qu'ils comprennent aussi qu'en tant que coeur et centre du Commonwealth et de l'empire nous pouvons apporter une contribution plus effective au redressement européen. (...)

En Europe nos intérêts sont identiques. Outre-mer nous avons l'une et l'autre des obligations permanentes que nous sommes déterminées à honorer. Le bien-être futur de l'une est indissolublement rattaché à la prospérité de l'autre. Ensemble nous pouvons donner à l'Europe la direction à laquelle les hommes libres aspirent, et à l'Amérique l'assurance que sa généreuse politique n'est pas vaine."

  • Le Mond* * e*, le 24 décembre 1949

(1) Anthony Eden, ancien ministre des affaires étrangères britannique, très proche de Churchill, il lui succédera comme premier ministre conservateur de 1955 à 1957.

Quelles sont les réticences exprimées par les représentants des colonies face à la signature du traité de Rome ?(doc 1)

Quelle vision de l'économie française donne ce film de 1957 ? Pourquoi peut-on dire qu'il ignore l'Europe ?

Quel argument donne le ministre britannique Eden pour expliquer les réticences des Anglais vis à vis d'une Europe unie ? (doc 3)

IV - De Gaulle et l'Europe

Conférence de presse du 15 mai 1962, De Gaulle parle de l'Europe

 Conférence de presse du général de Gaulle du 15 mai 1962

Conférence de presse du général de Gaulle du 15 mai 1962

Lors d'une conférence de presse, le général de Gaulle explique son refus d'une intégration politique européenne qui mettrait fin au système d'une Europe des Etats-nations.

15 mai 1962
03m 37s
Fiche (00096)

Extraits à comprendre et commenter

"Ces opposants nous disent : "Vous voulez faire l'Europe des patries ; nous voulons, nous, faire l'Europe supranationale", comme s'il suffisait d'une formule pour confondre, ensemble, ces entités puissamment établies qui s'appellent les peuples et les états. [...]

Je voudrais incidemment, puisque en voici l'occasion, je m'excuse, Messieurs les journalistes, vous allez être peut-être assez étonnés, mais je n'ai jamais, quant à moi, dans aucune de mes déclarations, parlé de l'Europe des patries, bien qu'on prétende toujours que je l'ai fait. Ce n'est pas, bien sûr, que je renie, moi, la mienne ; bien au contraire, je lui suis attaché plus que jamais, et d'ailleurs, je ne crois pas que l'Europe puisse avoir aucune réalité vivante si elle ne comporte pas la France avec ses Français, l'Allemagne avec ses Allemands, l'Italie avec ses Italiens, etc. Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l'Europe, dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils avaient été des apatrides et qu'ils avaient pensé, écrit en quelque espéranto ou volapuk intégré. [...]"

Conférence de presse du 23 juillet 1964 (extraits)

"Pour nous Français, l'Europe qu'il faut faire doit être une Europe européenne. Européenne, ça signifie qu'elle doit exister par elle-même et pour elle-même, et qu'au milieu des peuples du monde, elle doit avoir sa politique, sa politique indépendante.

Mais justement, c'est cela que rejettent consciemment ou inconsciemment beaucoup de ceux qui prétendent cependant vouloir qu'elle s'établisse. [...]

Une politique, c'est une action, c'est-à-dire un ensemble de décisions que l'on prend, de choses que l'on fait, de risques que l'on assume, et le tout avec l'appui d'un peuple. Seuls les gouvernements des nations sont capables et responsables pour en faire, une politique. Il n'est naturellement pas interdit d'imaginer, d'espérer qu'un jour vienne où tous les peuples de notre ancien continent n'en feront qu'un. Et qu'alors il pourra peut-être y avoir un gouvernement de l'Europe."

Voir l'intégralité de la conférence.

Quelle vision a De Gaulle des peuples et des nations européens ? (doc 1)

Pourquoi De Gaulle est hostile à une Europe fédérale ou à des institutions "supranationales" ? Selon lui qui doit décider de la politique européenne ? (2)

Question de synthèse

Reprenez l'ensemble dans une synthèse qui montre les réticences ou les résistances à la formation d'une Europe dotée d'institutions communes.