Pêche et conserverie d'anguilles

14 janvier 1999
04m 55s
Réf. 00170

Notice

Résumé :

En 1995, Olivier Rooryck décide de s'installer, dans les Landes, en tant que pêcheur professionnel d'anguilles d'avalaison. Un an plus tard, il crée sa société de conserverie et de fumerie, baptisée "Marins d'eau douce". Parallèlement, il développe un projet d'aquaculture biologique sur le lac d'Arjuzanx.

Date de diffusion :
14 janvier 1999
Source :

Éclairage

Le cycle de vie de l'anguille, de sa longue vie (jusqu'à 25 ans), en font un poisson très fragile. Née dans la mer des Sargasses, elle rejoint en deux ou trois ans, au grè des courants les côtes européennes, atlantiques et méditerranéennes, où elle commence à hanter les eaux douces des estuaires et les rivières elles-mêmes. Elle porte alors le nom de civelle. Elle grandit dans ces eaux douces pour atteindre la taille adulte (anguille jaune) et à partir de huit ans, elle se transforme peu à peu pour atteindre sa maturité sexuelle (anguille argentée). Elle entame, à partir de ce moment-là, une longue migration qui la conduira de nouveau dans la mer des Sargasses où, après avoir pondu, elle mourra généralement.

On imagine aisément la déperdition, à tous les stades du développement de ce poisson, due à ces longs voyages ; malgré tout, l'espèce a pu se maintenir à un bon niveau jusqu'au début des années 1980, date à laquelle, elle commença à décliner de façon continue et assez marquée, si bien qu'en 2008, l'Union européenne dut lancer un plan de sauvegarde et de reconstitution de la ressource, jugé d'ailleurs insuffisant par les spécialistes.

Les causes de ce déclin sont toutes dérivées de l'action de l'homme, plus ou moins directement. La plus visible est la surpêche : à tous les stades de sa vie, l'anguille fait l'objet de convoitise. Les civelles, connues sous le nom de pibales dans les Landes et d'angulas au Pays Basque sont très prisées dans ces régions, si bien qu'elles atteignent des prix astronomiques, notamment au moment des fêtes. Les pêcher, souvent illégalement, dès leur retour des Sargasses, c'est bien évidemment, diminuer d'autant le nombre d'adultes potentiellement reproducteurs. S'y ajoutent des changements dans l'habitat du poisson : éradication des zones humides, pollution des cours d'eau, construction de barrages et enfin, l'irruption d'un parasite qui entraîne la mort d'un grand nombre d'adultes. Le développement d'une pêche responsable et de l'élevage sont donc indispensables : mais n'est-il pas déjà trop tard ?

Francis Brumont

Transcription

Eric Schulthess
Bonsoir à tous et bienvenue ici à Sainte-Eulalie-en-Born. Aquitaine première vous emmène ce soir à la découverte d’une profession en pleine mutation, une profession en prise directe avec la nature, avec la rivière. Ici, nous sommes au bord du courant de Sainte-Eulalie. Et le métier que nous allons découvrir ce soir c’est le métier de pécheur-agriculteur, précisément, de pêcheur d’anguille d’avalaison. Il y a 4 ans, Olivier Rooryck a tourné le dos à sa vie de fonctionnaire pour s’installer jeune agriculteur spécialisé dans la pêche artisanale. Et comme l’anguille a une sainte horreur de la lumière, c’est au crépuscule qu’Olivier pose ses filets sur les deux tiers de la largeur de la rivière.
Olivier Rooryck
On se rend compte un peu comment est le courant si le filet dérive, s’il est bien mis par rapport au courant. C’est vrai que c’est un réglage important pour que la pêche soit la plus fructueuse possible.
Eric Schulthess
Car la saison de pêche est courte, très courte, du 1er octobre au 15 février, les nuits sans lune. En tout, 10 jours de capture par mois, pas plus.
(Bruit)
Eric Schulthess
Pêcheur rime aussi avec trappeur entre deux relevés de filets, Olivier retrouve sa cabane.
Olivier Rooryck
Ici ça se fait dans la lenteur. Ben, il faut croire que, intérieurement j’aime ça parce que je suis plus actif dans la journée ici. Il y a un rythme qui s’impose, le courant, l’eau qui, qu’on entend, voilà, c’est un rythme complètement différent.
Eric Schulthess
Presque tous les soirs, Jacques vient donner la main à Olivier. Jacques est compagnon pêcheur, bénévole, aujourd’hui son fils Ludovic l’accompagne.
Jean-Jacques Larrieu
Je pêche des, je viens ici dans le coin depuis l’âge de 12 ans. J’ai fait ça avec mon grand-père, et je continue à le faire.
Eric Schulthess
Cueilleur, oui. Prédateur, pas question. Aujourd’hui, Olivier est l’un des deux seuls pêcheurs des Landes et des Pyrénées Atlantiques sur 210 à refuser de pêcher la civelle, la pibale. Cette anguille de moins d’un an se négocie pourtant 2000 à 3000 francs le kilo, soit 50 fois plus que l’anguille d’avalaison, le poisson adulte.
Olivier Rooryck
Je me sentirais mal de pêcher d’un côté l’adulte et de l’autre le jeune. Et non, réellement, c’est une volonté même farouche de rester clairement dans mon domaine qui est celui de l’anguille d’avalaison sur lequel je me sens bien et assez clair même vis-à-vis de ce métier de pêcheur. Mais bon, celui de la civelle, je le sens moins.
Eric Schulthess
Absoluité écologique ?
Olivier Rooryck
[Enjeu] écologique oui.
Eric Schulthess
Cette nuit, ciel trop clair, temps trop clément, l’anguille n’était pas vraiment au rendez-vous, pas plus de 10 kg dans les filets, une bonne pêche en rapporte 200. En 96, Olivier a choisi de se diversifier, de se lancer dans la valorisation de sa pêche. L’EDF l’a aidé, lui a vendu un terrain pour monter sa société de conserverie, fumerie, baptisée, Marin d’eau douce et Marin d’eau douce a pu créer deux emplois.
Stéphane Lisabois
Là on fait de la transformation, ce sont des bocaux ou de la fumaison. Il faut être très, très polyvalent quoi. Même dès fois on fait des foires, il faut savoir tout faire quoi. C’est ça qui est bien, c’est super.
Eric Schulthess
Se diversifier c’est aussi valoriser d’autres poissons, truites, lamproies, aloses, esturgeons, et puis s’attaquer à l’export vers l’Ecosse, l’Angleterre et vers les Pays-Bas pour commencer.
Sylvie Rooryck
L’objectif serait un à deux emplois de plus grâce à l’exportation et, à terme, bon si on développe tout ce qui est accueil autour du poisson, autour de la pêche et de la gastronomie du poisson, là ce serait deux, deux emplois supplémentaires certainement.
Eric Schulthess
Vivian est emploi jeune à Marins d’eau douce, après neuf mois de chômage, Olivier lui a confié le développement d’un projet d’aquaculture bio sur le lac d’Arjuzanx, un élevage aux antipodes de l’intensif.
Vivian Renaud
On travaille plutôt en extensif voire semi extensif, c’est-à-dire très peu de poissons par volume d’eau, par mètre cube d’eau, donc le poisson est plus à l’aise.
Eric Schulthess
Pour Olivier et pour son équipe, la pisciculture bio rejoint au fond le refus absolu de toucher à la civelle.
Olivier Rooryck
C’est une morale oui, tout à fait oui. Ça veut dire on doit fonctionner mais on n’a pas le droit de faire n’importe quoi et surtout en fait on n’a pas le droit de laisser des traces fortes profondes de notre activité.
Eric Schulthess
C’est la fin de cette Aquitaine première, j’oubliais tout juste un petit détail parmi les projets à court ou moyen terme, des gens de Marins d’eau douce, partir un jour en vacances et qui sait, en bateau sous d’autres latitudes. Dans un instant, la suite du 19/20, très belle soirée à tous.