Réactions du PDG de Sony France à sa sortie de l'usine de Pontonx

13 mars 2009
02m 40s
Réf. 00206

Notice

Résumé :

Le PDG de Sony France, Serge Foucher, a été retenu pendant toute une nuit par les salariés du site de Pontonx-sur-l'Adour qui s'opposent au plan social proposé par la direction, suite à la fermeture de l'usine. Au matin de sa libération, il réagit à sa séquestration aux micros des journalistes.

Type de média :
Date de diffusion :
13 mars 2009
Personnalité(s) :

Éclairage

La séquestration du PDG de Sony, début d'une série de séquestrations sur le plan national : quelques éléments d'analyse du phénomène

Face au refus de négocier de la direction de Sony, les salariés en sont arrivés à séquestrer le PDG de Sony France et trois de ses collaborateurs.

Crise oblige, les mois de mars et avril 2009 verront les plans sociaux doubler. Pour aider à la lecture de ce document de mars 2009, il faut signaler que les salariés de Pontonx ont été parmi les premiers à utiliser cette méthode de séquestration de patron qui a eu tendance à se généraliser par la suite. Nous avons en effet dans cette période plusieurs exemples dont les médias se sont fait l'écho : Caterpillar, 3M, Fnac, Continental, Molex, Faurecia, etc.

D'après Olivier Labarre, directeur adjoint du cabinet conseil en management et en ressources humaines BPI, dans un entretien à Libération le 1er avril 2009, ce genre d'agissements, typiquement Français, a tendance à se développer, même s'il y en a toujours eu un peu. Ce ne sont pas les syndicats qui poussent, mais se sont les salariés qui prennent la main. Cette pratique exprime clairement, selon lui, le désespoir et la colère des salariés qui n'admettent plus les licenciements même légitimes quand ils voient certains patrons qui touchent de grosses sommes. Il est le signe que le consensus social est en train de se rompre.

Dominique de Villepin évoquait alors "le risque révolutionnaire en France".

Cyril Hédouin sur Rue89, le 12 avril 2009, note que les Français ne semblent pas totalement désapprouver ce mode de "kidnapping". Il remarque que la séquestration de patrons, évidemment interdite par la loi, dans le cas même où elle déboucherait sur un accord, ce dernier, conclu sous la contrainte, n'aurait aucune valeur juridique. Les salariés restent cependant convaincus de la crédibilité de cette démarche a priori irrationnelle, dans la mesure où d'une part, il est possible que l'entreprise concède des mesures plus favorables aux salariés - ce fut le cas pour les salariés de la fabrique britannique d'adhésifs SCAPA, dans l'Ain, où , après séquestration de quatre cadres de l'entreprise, la direction a accepté de doubler les primes de départ - et que d'autre part les pouvoirs publics (tribunaux et forces de l'ordre) n'interviennent généralement pas.

Claude Garin

Transcription

Serge Foucher
Il est certain que nous aurions souhaité tous, d’ailleurs, certainement autant les partenaires sociaux, que nous-mêmes de ne pas en arriver là. Peut être que, compte tenu de la somme de tout ce que nous avions à discuter, à négocier au cours du comité d’établissement. On a peut-être été pris par le temps, et qu’un certain nombre de points étaient restés en suspens. Ils auraient probablement pu être discutés dans un autre contexte. Cela dit, les choses se sont passées ainsi ; ça n’a pas été forcément très agréable pour les personnes qui ont dû passer la nuit dans une salle de réunion de l’usine ; mais finalement aujourd’hui, on a un accord et c’est ça le principal. Comme je vous l’ai dit, je ne pense pas que cette séquestration était une nécessité pour pouvoir poursuivre éventuellement une négociation sur des points, sur les points sur lesquels nous nous sommes mis d’accord maintenant. Je ne crois pas que cela doive faire école. En tout cas, une chose est certaine, c’est quand même pas une méthode de gestion. Je ne le souhaite pas, parce que cette séquestration, comme toute séquestration, n’est d’abord pas plaisante pour les individus qui sont séquestrés ; et ça je peux en témoigner. Et d’autre part, n’est pas véritablement un moyen ni démocratique ni humain, je dirais de traiter les questions auxquelles nous sommes confrontés. Alors j’espère effectivement que ça ne fera pas école, cela dit à ce que je sache, je ne suis pas le premier président qui se trouve dans ce type de situation.