Le marais réhabilité

17 novembre 1990
01m 48s
Réf. 00832

Notice

Résumé :
Reportage sur un projet de réhabilitation d'une zone de marais situé aux confins des Landes et du Pays basque, les étangs d'HORCX, qu'un plan d'aménagement du littoral prévoit de transformer en une grande réserve écologique. Divers plans sur le marais avec canards et oiseaux migrateurs. Interview Jean François TERRASSE, directeur scientifique au Fonds Mondial pour la nature, explique l'importance écologique des zones de marais dans lesquelles est produite une grande quantité de matière organique qui intervient dans la chaîne alimentaire ; Divers plans de l'étang où 167 espèces d'oiseaux migrateurs séjournent régulièrement. Interview Guy LENGAGNE, président du Conservatoire National du littoral, évoque le projet d'aménagement qui permettra à ces marais de devenir une des plus grandes réserves écologiques européennes.
Date de diffusion :
17 novembre 1990
Source :
A2 (Collection: JA2 20H )

Éclairage

Les temps changent ! Ce qui est vrai à une époque peut être contredit par la suite. Le cas de la gestion des zones humides en est un bel exemple. Car, bien avant la promulgation de la  loi du 19 juin 1857, également appelée « loi relative à l'assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne » qui marque un tournant dans l'histoire de notre région1,  le marais d’Orx est déjà inscrit dans plusieurs projets.

Situé aux confins du plateau landais, de la barrière dunaire et des coteaux du Seignanx, il est fréquemment nommé, jusqu'au XVIIIe siècle, Lo Gran Morar, c’est-à-dire le grand marais2. Vestige d'un des lits de l'Adour ou lagune née de la formation du cordon dunaire, l'étang et ses abords constitue, depuis le Moyen Âge, un réservoir de ressources naturelles - pêche et chasse, bien sûr - mais aussi un lieu de vaine pâture, de « vacants ». C'est une « terre de questes » à laquelle sont particulièrement attachées les populations locales qui résistent à la domestication de ce lieu menacé, dès l'Ancien Régime, par des projets d'assèchement promus par les physiocrates3.

Un peu plus tard, en 1808, Napoléon se rendant à Bayonne fait même un détour pour vérifier in situ les projets dont on lui a parlé. La « Raison » l'emporte alors et, sous l'influence du médecin dacquois Jean Thore4, le marais présumé malsain est asséché et transformé en terres agricoles sous l'égide de David Francfort et de Lefèvre-Béziers. Napoléon III devient ensuite propriétaire du « domaine » en 1858 - alors qu'il vient d'acquérir les terres de Solférino, au sud de Labouheyre - avant de le céder au comte Walewski. Dès 1863, le réseau de drainage est en place, des pompes sont installées et la digue-route est érigée en 1868.

Le « marais d'Orx » devient un domaine modèle entretenu par une vingtaine de métairies. C'est un lieu très productif ; le maïs hybride y fait vivre des agriculteurs pionniers qui sont les premiers à utiliser des tracteurs en 1953. Mais, dans les années 1980, son destin change à nouveau.

Et la figure de Jean-François Terrasse, directeur du Fonds mondial pour la Nature, plus connu sous son acronyme anglo-saxon WWW5, incarne ce retournement de situation.

En effet, il y avait « des choses que l’on ne savait pas quand on a asséché ces zones humides », notamment qu’elles étaient primordiales dans l’écosystème. Or, d’écosystème, d’écologie, de réserve naturelle ou de chaîne alimentaire, personne ne parlait jusqu’à la création du World Wide Fund, en 1961. Et il faut attendre le début des années 1970 pour que des mouvements écologiques structurés, venus du nord de l’Europe, fassent vraiment prendre conscience de la nécessité de préserver certains milieux, aboutissant à la création des Sommets de la Terre, rencontres décennales entre dirigeants mondiaux organisées depuis 1972 par l'ONU, avec pour objectif de définir les moyens de stimuler le développement durable au niveau mondial6.

Sur la côte aquitaine, grâce aux programmes de la DATAR et de la MIACA, des mesures sont prises, heureusement, de façon précoce pour ne pas répéter les erreurs commises sur d’autres côtes. Des actions s’engagent  sous la surveillance de la SEPANSO7 et surtout du Conservatoire du Littoral, lequel rachète 800 hectares qu’il intègre à une vaste réserve naturelle sur la commune d’Orx en 1989.

Un succès pérenne puisque, au début des années 2000, des professionnels encadrent et conseillent quelque 30 000 visiteurs annuels qui observent à l'envie un monde aquatique et limicole spécifique dans ce site désormais classé par Natura 20008 zone de protection spéciale (ZPS) pour le marais et site d’intérêt communautaire (SIC) pour les zones humides qui luis sont associées.

1) Elle vise à assécher les vastes zones humides marécageuses présentes sur la majeure partie du territoire et à les mettre en exploitation. Elle marque le début de l'extension de la forêt des Landes conduisant à la généralisation du procédé de gemmage dans la région, mais aussi à la fin du système agro-pastoral traditionnel et à la disparition du berger landais.

2) La première mention du « marais » proprement dit date de 1255, quand le roi-duc Édouard d'Angleterre concède l'exploitation d'un moulin sur notre étang d'Orx, près de Labenne. Il s'agit donc bien d'un plan d'eau dénommé cependant encore aujourd'hui, dans une certaine confusion, "domaine", "marais" ou "étang".

3) Partisan de la physiocratie (du grec phusis, "nature" et kratos, "pouvoir"). À la suite de Quesnay, auteur d'un Tableau économique publié en 1758, ils considèrent l'agriculture comme seule source de la richesse.

4) Jean Thore est un médecin et botaniste français, né en 1762 à Montaut (Gers), et mort en 1823 à Dax. Il a laissé un très bel herbier qui permet d’avoir une plus ample connaissance de la flore landaise.

5) Le Fonds mondial pour la nature, en anglais World Wide Fund (WWF), initialement le World Wildlife Fund (Fonds mondial pour la vie sauvage) créé en 1961, rebaptisé en 1986 World Wide Fund for Nature puis simplement WWF en 2001, est une organisation non gouvernementale internationale de protection de l’environnement, fortement impliquée dans le développement durable.

6) Le premier sommet a eu lieu à Stockholm (Suède) en 1972 et donne naissance au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) qui place pour la première fois les questions écologiques au rang de préoccupations internationales. Les participants adoptent alors une déclaration de 26 principes et un vaste plan d'action pour lutter contre la pollution.  Au même moment, le Club de Rome a publié un rapport intitulé « Halte à la croissance ? ».

7) Depuis 1969, la Société pour l’Etude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest (SEPANSO) est une association française de défense de l'environnement qui œuvre pour la sauvegarde du patrimoine naturel et de notre cadre de vie. Reconnue d’utilité publique depuis 1978, elle agit pour faire respecter les textes réglementaires nationaux et internationaux participant aux débats publics, scientifiques et aux structures de concertation et de décision.

8) Natura 2000 est un réseau européen institué par la directive 92/43/CEE sur la conservation des habitats naturels de la faune et de la flore sauvages (plus connue comme directive habitats), du 21 mai 1992. Encore en cours de constitution, il doit permettre de réaliser les objectifs fixés par la Convention sur la diversité biologique adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 et ratifiée par la France en 1996.
Bénédicte Boyrie-Fénié