Aire sur Adour, Landes : la thermographie aérienne

14 février 1984
02m 46s
Réf. 00844

Notice

Résumé :
Aire sur Adour, ville pilote pour les économies d'énergie dans le cadre de la politique énergétique du gouvernement, thermographie aérienne pour repérer les lieux de perte de chaleur. L'agence française pour la maîtrise des énergies propose un diagnostic thermique personnalisé gratuit aux habitants pour une économie de 20 à 30% sur la consommation d'énergie.
Date de diffusion :
14 février 1984
Source :

Éclairage

Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, la consommation d’énergie en France a connu trois phases principales : jusqu’en 1973, une croissance rapide de l’usage d’énergies fossiles alimentant le développement économique des « Trente glorieuses » ; de 1973 à 1986, une remise en cause du pétrole liée aux chocs pétroliers de 1973 et 1979-1980 ; de 1986 à 2000, une reprise modérée de la consommation totale qui profite d’une électricité nucléaire abondante.

En ce mois de février 1984, à Aire-sur-Adour, l’opération de thermographie aérienne destinée à repérer les habitations mal isolées s’inscrit donc dans le cadre de la politique énergétique du gouvernement initiée dans cette période de transition où le prix des énergies fossiles explose tandis que le parc nucléaire national ne peut encore suivre une demande toujours croissante.

Or, trois ans après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, on entre dans une phase de gestion qui restera dans l’Histoire sous le nom de  « tournant de la rigueur » ; un changement radical de politique économique, décidé en mars 1983 par le président lui-même après l’échec d'une politique fondée sur « les 110 propositions »1.

Cette orientation adoptée par Jacques Delors, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget dans le gouvernement Pierre Mauroy, est d’ailleurs poursuivie par Pierre Bérégovoy dans le gouvernement Laurent Fabius. Autant dire qu’il s’agit d’un problème structurel et, dans un contexte où, pour juguler l’inflation, prix et revenus sont bloqués depuis juin 1982 alors que le coût de l’énergie augmente, on comprend les dispositions qui commencent à être prises en matière d’économie d’énergie, sous l’influence notamment du jeune mouvement des Verts2.

Au lendemain du scandale politico-financier des « avions renifleurs »3, les aéronefs qui survolent en ce début d’année la bonne ville d’Aire, ancien chef-lieu de cité et ancien évêché, ont une mission très sérieuse qui honore ses initiateurs. Utilisant une technologie innovante dans le civil mais connue de longue date4, des caméras à infrarouge permettent de constituer un bilan précis des déperditions d’énergie chez les particuliers, à partir d’imagerie thermique.

Un moyen très efficace pour responsabiliser le particulier en prise directe avec un document le concernant personnellement dans le cadre d’une campagne de sensibilisation qui ne fait cependant pas l’unanimité en haut lieu. Pour preuve, ces conclusions d’un rapport du Sénat daté de cette même année 1984 : « L'A.F.M.E. (Agence Française pour la Maîtrise de l’Energie) mène une politique d’information « tous azimuts » à laquelle elle a consacré 190 millions de francs en 1983. Il s’agit de promotion des actions de l’Agence : conférences de presse, opérations d’innovation et de démonstration pour les services Industrie et Matières premières…publication de 20 brochures […] participation à 15 salons professionnels, campagnes de publicité […]. Là encore, peut-on s’interroger sur la nécessité de ces dépenses de communication en période d’austérité lorsque dans le même temps, gaziers et charbonniers tentent de faire des campagnes pour vendre leur énergie ?

S’il convient de ne pas nier la nécessité de mener une politique d’économies d’énergie, celle-ci ne doit pas être l’objectif essentiel de la politique énergétique à l’heure actuelle ».

Des lignes qui en disent long sur les divergences au sein même du gouvernement en matière d’énergie dans une période où les orientations à prendre sont cruciales5.

1)http://www.legrandsoir.info/110-propositions-du-parti-socialiste-pour-la-France.html.

2) Le mouvement Les Verts trouve son origine à l'automne 1982, à l'assemblée générale de Saint-Prix (Val d'Oise) : le Mouvement d’Écologie Politique (MEP) devient Les Verts-Parti écologiste. La même année, d'autres écologistes fondent à Besançon Les Verts-Confédération écologiste. Les 28 et 29 janvier 1984, à l'assemblée générale de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), les deux mouvements fusionnent, prenant le nom Les Verts-Confédération écologiste-Parti écologiste.

3) L'affaire des avions renifleurs est une escroquerie au détriment d’Elf Aquitaine, qui s’est déroulée entre 1975 et 1979, quand elle était encore une entreprise publique française. Elle a débouché sur un scandale politico-financier en 1983. Il s’agit du financement très coûteux d’un appareil fantaisiste censé détecter les gisements de pétrole, un dispositif étant embarqué à bord d'un avion, le simple survol par l’appareil d'une zone suffisant à localiser les gisements...

4) De nombreuses technologies qui nous semblent aujourd'hui usuelles étaient au départ destinées aux applications militaires. Le radar et les moteurs à réaction ont été mis au point par l'armée et pour elle-même. Le GPS (Global Positioning System) a été créé au début des années 1970 par le ministère étasunien de la Défense pour guider les missiles alors que le Pentagone appelait le « réseau intergalactique », une idée révolutionnaire qui est devenue Internet...

Si la première caméra thermique militaire a été mise au point en Suède en 1958 par une société nommée AGA, la première caméra thermique pour applications civiles a été adaptée dès 1965 pour l'inspection des lignes électriques.

5)http://www.senat.fr/rap/1984-1985/i1984_1985_0071_05.pdf
Bénédicte Boyrie-Fénié