Semaine européenne de réduction des déchets dans les Landes

20 novembre 2013
01m 57s
Réf. 00916

Notice

Résumé :
La chambre des métiers et de l'artisanat des Landes lance une opération à laquelle près de cinq cent artisans participent pour inciter les consommateurs à ne pas jeter leur matériel cassé mais à le faire réparer. Le but étant la réduction des déchets. La communauté d'agglomération du Grand Dax envisage d'ici à deux ans de créer une recyclerie sur la déchetterie pour réparer les déchets viables et réutilisables.
Date de diffusion :
20 novembre 2013
Source :

Éclairage

"Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas !", voilà la phrase frappée au coin du bon sens mise à l'exergue du site de la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets (1). Une belle entrée en matière pour rappeler que les dernières décennies de "croissance" ont surtout engendré une surconsommation plus que néfaste pour l'ensemble de la planète.

Dépossédant les uns pour alimenter les autres, le système qui se développe, dans les pays industrialisés depuis la fin du XIXe siècle, n'a fait qu'accentuer les inégalités et créer de graves problèmes écologiques. Cette course effrénée s’amorce tout d’abord dans l'après-guerre, durant la période des "Trente Glorieuses" (2) et s'accentue au cours des quatre dernières décennies, justifiant les inquiétudes émises très tôt par certains précurseurs des mouvements écologiques comme le Bordelais Jacques Ellul (3).

L'auteur de la célèbre formule "Penser globalement, agir localement" et son ami Bernard Charbonneau occupent, en effet, une place singulière dans la critique de la modernité, notamment en insistant sur le rôle central de la technique dans l’organisation générale des sociétés. Dénonçant très tôt le gigantisme et la dépersonnalisation de la vie quotidienne, les deux hommes appellent, dès les années 1930, à une "révolution de civilisation" fondée sur le projet d’une "cité ascétique" où la qualité de vie et la solidarité sociale priment sur le productivisme et l’individualisme.

Ils sont, sans aucun doute, les précurseurs des thèses de l’écologie politique et radicale des années 1970, inventant le concept de "décroissance" qui émerge au début des années 2000 et qui prend corps dans des actions du type de celle qui est engagée à Saint-Paul-lès-Dax dans le cadre de la Semaine Européenne de Réduction des Déchets.

Visionnaire, Jacques Ellul, critiquant consommation et publicité, dénonce déjà un système qui « crée un faux idéal de vie chez les gens ». « En proposant de nouveaux objets, en nous avertissant par la publicité qu’il faudra les jeter avant de les avoir pleinement utilisés, on nous prive de la satisfaction qu’ils entraînent (...) Malgré son abondance relative, notre société est une société frustrée. » (4)

Et cette société, tiraillée entre productivisme et raison, de développer dès lors des programmes qui ont pour thème central l'écologie (5) comme moyen de protection de l'oekoumène (6). Des catastrophes écologiques majeures, comme  les tragédies de Sévéso en 1976 (7) et de Bhopal (8) en 1984 marquent les esprits, et restent dans les mémoires comme la preuve évidente des dangers liés à une production industrielle mal maîtrisée.

Le processus de responsabilisation s'accélère alors au niveau planétaire, du moins en théorie. Et si les pays dits émergents rêvent à leur tour de consommer, les vieux pays industrialisés mettent en place des protocoles autour de la protection de l'environnement au sens large. Ceci commence en 1972 avec le premier Sommet de la Terre organisé par l'ONU. Apparaît alors la notion de "développement durable" (9). Mais, si les intentions sont louables, les modes opératoires sont lourds à gérer, l'entrée en vigueur des traités internationaux prenant plusieurs années.

La fin du second millénaire est ensuite marquée par la prise de conscience du réchauffement climatique, entraînant des actions coordonnées des gouvernements définies notamment lors du Protocole de Kyoto visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui vient s'ajouter à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Les pays participant à ce protocole se rencontrent une fois par an depuis 1995 (10).

En France, l'engagement en faveur de la préservation de l'écosystème se concrétise, en 2007, par le Grenelle de l'Environnement (11). Avec un bilan mitigé, l'organisme qui a pour slogan Entrons dans le monde d'après, rappelle par ses actions que l'on n'hérite pas la terre de nos ancêtres, mais qu'on l'emprunte à nos enfants, selon une formule que l'on prête à Saint-Exupéry.

Le premier principe de l'écologie est que chaque être vivant est en relation continue avec tout ce qui constitue son environnement. En amont, il se nourrit de ce que lui apporte la nature - directement ou indirectement - en aval, il est condamné à en préserver l'équilibre ; un cercle vertueux parfaitement antinomique avec le diabolique concept d'obsolescence programmée qui ramène trop souvent les consommateurs à la déchetterie.

365 kgs de déchets par an et par habitant, c'est énorme ! Et c'est sans compter sur la partie immergée de l’iceberg car, en prenant en compte les déchets professionnels (BTP, industrie, agriculture, activités de soin), on atteint 13,8 tonnes de déchets produits par an et par habitant, selon le Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets (CNIID). C'est deux fois plus qu'il y a 40 ans, quand se tenait le premier Sommet de la Terre.

À l'heure où tous les voyants sont au rouge, la Communauté d'agglomération du grand Dax voit donc juste en prévoyant la construction d'une "recyclerie". Si ce terme est un néologisme, il a au moins le pouvoir de porter en lui des valeurs très positives - celles du cercle (12), symbole parfait de la finitude et du renouvellement - quand la déchetterie renvoie à un mot appartenant au champ lexical de la déchéance, dérivant tous deux du latin populaire decadere, "tomber", d'où "déchoir". Un avertissement, en somme.


 

(1) http://www.serd.ademe.fr/

(2) Période historique comprise entre 1946 et 1975 pendant laquelle la France et la plupart des économies occidentales connurent une croissance exceptionnelle et régulière et à l’issue de laquelle elles sont entrées dans l’ère de la société de consommation.

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ellul

(4) http://ecorev.org/spip.php?article444

      http://1libertaire.free.fr/BCharbonneau04.html

 (5) Le terme écologie vient du grec oikos (maison, habitat) et logos (discours) : à l'origine, c'est la science de la maison, de l'habitat. Il fut inventé en 1866 par Ernst Haeckel, biologiste allemand pro-darwiniste.

(6) Espace habitable de la surface terrestre, tout ou partie. Une civilisation mondiale, la civilisation des terriens, épandue sur l'oekoumène (L. Febvre, Face au vent, [1946] dans Combats, 1953, p.36). "La forêt se grignote; les clôtures s'élèvent dans les montagnes; les marais se dessèchent. La Hollande expulse la mer, les polders étendant leurs dessins géométriques à la côte, partout l'oekoumène se dilate. Un front pionnier attaque allègrement l'espace vierge". (Meynier, Paysages agraires, 1958, p.146).

(7) Le terme "Seveso" fait référence à l'accident industriel qui s’est produit en 1976 près de Seveso, en Italie. Suite à cette catastrophe, des directives européennes furent adoptées.

(8) La catastrophe de Bhopal (Inde) survient dans la nuit du 3 décembre 1984. Elle est la conséquence de l'explosion d'une usine d'une filiale de la firme américaine Union Carbide produisant des pesticides et qui a dégagé 40 tonnes d'isocyanate de méthyle dans l'atmosphère de la ville.

(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sommet_de_la_Terre

(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Protocole_de_Kyoto

(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Grenelle_Environnement

(12) Du grec kúklos, "cercle, rond".
Bénédicte Boyrie-Fénié