Carte postale de la Chalosse et d'Aire-sur-l'Adour

04 juin 1966
03m 39s
Réf. 00053

Notice

Résumé :

Après la découverte du château de Lataulade sur la commune de Saint-Cricq-Chalosse, présentation de la ville d'Aire-sur-l'Adour à travers son histoire et son patrimoine architectural.

Date de diffusion :
04 juin 1966

Éclairage

Au milieu des années 1960, au cœur des Trente Glorieuses, gouvernants et élus parlent beaucoup d'aménagement du territoire [1] et la question régionale commence à émerger [2]. Pourtant, les représentations provincialistes du territoire ne manquent pas. C'est le cas dans cette "carte postale" de la Chalosse et d'Aire-sur-Adour, en Tursan, diffusée par la station régionale ORTF de Bordeaux.

Centré sur la Chalosse (château de Lataulade dit aussi de Marquebielle édifié vers 1500, à Saint-Cricq) et sur l'antique cité d'Aire, le commentaire mobilise les poncifs habituels sur la Gascogne et ses Gascons.

En évoquant le baron de Sigognac, "moustaches de chat, dents de loup", le commentaire ressort l'ethnotype du Gascon, bretteur, hâbleur, fils cadet de hobereaux sans fortune, monté batailler vaillamment pour le Roi. Le théâtre mineur parisien des XVIIe-XVIIIe siècles le fait un brin fanfaron. Puis, le romantisme du XIXe siècle contribue, avec Les Trois Mousquetaires, Le Capitaine Fracasse et bien sûr le Cyrano d'Edmond Rostand, à entretenir ce héros méridional stéréotypé, relayé ensuite par Tartarin de Tarascon, Marius et Olive et autres “pagnolades”.

À propos de ces terres à la ruralité certaine, évoquées dans l'entre-deux-guerres par le Gersois Joseph de Pesquidoux (près de Perchède près du Houga) ou, plus tard, dans les chroniques campagnardes de Jean Taillemagre [3], apparaît, à travers le portrait paisible d'Aire-sur-Adour, l'image du "Sud-Ouest" profond, calme, sympathique, besogneux, aux marchés rassurants pourvoyeurs de succulents produits, mais un tantinet arriéré. Bref, la province classique des cartes postales, largement à l'écart des courants du monde.

La cité aturine a même perdu son antique fonction épiscopale. En 1933, l'évêché est transféré à Dax, bien que le titulaire conserve toujours l'appellation d' "évêque d'Aire et Dax". Restent la cathédrale, intéressante, et l'église du Mas, là-haut, sur la colline qui domine, au sud, la ville et représente probablement le noyau initial du chef-lieu de cité des Tarusates.

On y admire le clocher carré et un très beau portail gothique décoré d'un tympan et surtout la richesse de la crypte. Elle abrite un sarcophage en marbre de Saint-Béat daté du IVe siècle ; il aurait contenu, selon la tradition, les reliques de Quitterie, jeune princesse wisigothe qui, ne voulant pas abjurer sa foi chrétienne, aurait subi le martyre à cet endroit. Avec un phénomène extraordinaire à la clé : décapitée, elle chemine quelque peu après le supplice en portant sa tête sous le bras... Raison supplémentaire sans doute de faire de Quitèira une sainte.

[1] On en parle en fait depuis l'immédiat après-guerre (Paris et le désert français, de Jean François Gravier, 1947), on l'amorce dans les années 1950 et le gouvernement Pompidou crée la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR) en 1963.

[2] Par exemple, l'ouvrage de Robert Lafont, La révolution régionaliste, est publié en 1967 (Gallimard).

[3] De son vrai nom Marie Arnaud Dubosc de Pesquidoux (1907-1997), Jean Taillemagre publie ses chroniques dans le journal Le Monde de 1947 à 1983.

Jean-Jacques Fénié

Transcription

(Musique)
Journaliste
Ici bat le cœur de la Chalosse. Ces jardins des Landes que le touriste inspiré découvre au hasard d’une promenade en écartant les pins qui bornent son horizon. Ici bat le cœur de la Gascogne. Quelque Gascon au fier visage, aux moustaches de chat, dents de loup, ne va-t-il pas surgir au détour du chemin qui mène à un semblable château ? Celui de Lataulade, parle en cœur à Saint-Cricq du pittoresque passé de la campagne qui ne dort que d’un œil. Sigognac retrouvrait son âme dans cette demeure où Fracasse aimerait vivre.
(Musique)
Journaliste
Adishatz le rêve, à bientôt les souvenirs. Les airs propices ne suspendent jamais leur cours et notre vagabondage suit le rythme capricieux de la rivière, l’Adour aux rives fugitives.
(Musique)
Journaliste
Aire-sur-l’Adour, si l’on en croit Joseph de Pesquidoux, et nous n’avons aucune raison de ne pas le croire, l’antique Atura était une acropole militaire, camp fortifié de César puis capitale d’Alaric II le Wisigoth. On y entre par un large pont et on y découvre bien vite cette animation charmante que lui vaut un marché important.
(Silence)
(Bruit)
Journaliste
L’hôtel de ville occupe l’ancien palais épiscopal datant des 12e, 16e et 18e siècles. De belles portes sculptées et des tableaux anciens nous parlent ici d’un passé riche auquel le présent n’a d’ailleurs rien à envier. Parmi les spécialités d’Aire, on vous conseillera évidemment les confits d’oie, les foies succulents et les pâtés onctueux mais n’oubliez pas non plus le fameux pastis que l’on vend aux bords de la route sur des éventaires odorants.
(Bruit)
Journaliste
Et puis Aire-sur-l’Adour fut le siège d’un évêché fondé vers l’an 500. Cet évêché a été transféré à Dax en 1933 mais la ville a gardé de splendides églises. La cathédrale remonte au 12e siècle. Le plan bénédictin que l’on y découvre est très pur. Quatre absidioles, le flanc et l’abside restaurés au 18e siècle. L’ensemble du monument a d’ailleurs été restauré au cours des siècles et si la façade a été refaite au 17e, son portail du 14e fait encore l’admiration des promeneurs. Autre chef d’œuvre, l’église de briques qui surplombe la ville et qui date des 13e et 16e siècles. Dans la crypte romaine de cette église est conservée un sarcophage chrétien dit de Sainte Quitterie. C’est une promenade donc, que vous ferez peut-être, que nous vous conseillons en tout cas. Nous savons bien que vous ne la regretterez pas.
(Musique)
Journaliste
Car vous aurez découvert alors ce qu’est la douceur de vivre.
(Musique)