Hossegor

18 novembre 1967
29m 31s
Réf. 00246

Notice

Résumé :

Ancien quartier de Soorts, Hossegor devient en 1923 une station balnéaire très prisée qui s'organise autour de son lac marin. La commune, sous l'impulsion d'Alfred Eluère, connaît alors un véritable essor grâce au développement du tourisme qui supplante progressivement l'économie agro-sylvo-pastorale traditionnelle.

Type de média :
Date de diffusion :
18 novembre 1967
Personnalité(s) :

Éclairage

Dans son allocution télévisée du 31 janvier 1966, le général de Gaulle offre ses vœux aux Français tout en réalisant un état des lieux. Il le fait "en toute confiance" et la nouvelle année s'annonce, dans ses propos, "favorable au pays". L'effort national porte des fruits encourageants, l'avenir est plein de promesses, le niveau de vie augmente dans un contexte de "vaste mutation économique et sociale".

Malgré l'enlisement de la guerre du Viet Nam et les incertitudes sur l'issue de ce conflit majeur, la Guerre Froide qui oppose les deux blocs occidental et soviétique fait place à la Détente. La France, consolidée par la stabilité de son économie, compte élargir son rôle en politique extérieure.

C'est dans ce climat de "développement national" que se transforme profondément la côte aquitaine. Au nord, à Biscarrosse, la création du Centre d'Essais des Landes (CEL) modifie largement la donne tandis qu'autour de l'étang d'Hossegor, avant la fondation de la MIACA, les paysages changent déjà.

Véritablement lancée en 1923, le site d'Hossegor, quartier de la commune de Soorts, est révélé, dès le début du XXe siècle, par un groupe d'écrivains, parmi lesquels J.-H. Rosny jeune, Maxime Leroy et Paul Margueritte, amis de Maurice Martin, l'inventeur de la "Côte d'Argent". Contemplatifs, ces premiers promoteurs, tombés sous le charme du courant d'Huchet et de ses environs, sont en relation avec tout un réseau "actif" qui assure bientôt le développement concret de ce village du Maremne.

Parmi les nouveaux acteurs qui œuvrent à la construction de la "station des sports élégants", un personnage-clé, Alfred Éluère (1893-1985) joue le rôle d'interface entre le monde sportif, politique et immobilier ; il transfigure la petite bourgade installée sur les bords d'un lac allongé, occupant un ancien bras de l'Adour, mis en communication avec l'Océan sous le Second Empire.

Devenu maire de la commune en 1935, cet ancien dirigeant de rugby à XV, né à Saint-Clément-des-Levées, en Maine-et-Loir, modifie le destin de la région après le tournant de la guerre. D'une économie agro-sylvo-pastorale traditionnelle, la population locale passe alors, en quelques années, à des activités liées directement au tourisme en plein essor. L'ancien agriculteur qui ne peut plus vivre de quelques hectares de maïs et l'ancien résinier reconverti par force après la création du "marché commun", qui met les Landes en concurrence avec d'autres pays producteurs de gemme, se tournent vers des emplois qui leur permettent de travailler sur place. La briqueterie locale compte ainsi parmi les premiers secteurs qui embauchent puisque, désormais, "un tiers de la population vit du bâtiment". Ces années prospères constituent un nouveau souffle pour cette station balnéaire prétendant rivaliser avec Biarritz, qui demeure fidèle au style basco-landais, et qui attire une clientèle aisée venue de Paris, Bordeaux et Toulouse.

Les gens du cru s'adaptent. La génération encore en activité se tourne vers les nouvelles offres d'emploi directement liées à la présence des estivants. D'agriculteurs ou sylviculteurs, bergers ou résiniers, ils deviennent aussi jardiniers ou embrassent des carrières liées à l'hôtellerie. Les jeunes hésitent, partagés entre l'attachement à la terre natale et le désir de promotion sociale qu'offre encore cette période de croissance des Trente Glorieuses.

Alfred Éluère, conscient de la fragilité d'une économie fondée sur des activités saisonnières, cherche à faire d'un bourg dont la population oscille de 2 000 habitants l'hiver à 30 000 en été, une "petite ville" qui offre des activités pérennes. De grands édifices se construisent donc sur la dune, destinés à loger les autochtones qui veulent continuer à vivre et travailler au pays.

C'est une mutation profonde qui s'opère là, modifiant l'économie de toute une région et bouleversant les mentalités. Le monde rural de la côte se tourne résolument vers la modernité, abandonnant la langue vernaculaire qui se distingue cependant encore nettement dans l'accent et la syntaxe du français employé dans les interviews.

Bénédicte Boyrie-Fénié

Transcription

(Musique)
Journaliste
Vous avez peut-être reçu ces cartes postales d’Hossegor. Elles évoquaient les vacances, la mer, l’été, et vous ont, sans doute, donné l’envie comme à nous d’aller Hossegor. Venant de Paris, après avoir laissé derrière nous Saint-Vincent-Tyrosse et Angresse, nous avons découvert Soorts, alors que nous pensions trouver Hossegor. Et avec Soorts, un petit village landais traditionnel dont monsieur [Dussin] évoque le passé avec une certaine nostalgie. Est-ce que ce vieux cimetière, ce n’est pas le symbole du vieux Soorts ?
Monsieur Dussin
Ah, certainement, oui. Certainement, parce que, comme vous avez pu le remarquer, sans faire de différence, vous avez vu que les plus belles tombes sont celles des propriétaires terriens du village. Et tous les autres étaient groupés autour de ces tombes qui représentaient l’élite du village.
Journaliste
Mais les propriétaires terriens, il n’y en a plus.
Monsieur Dussin
De grands propriétaires terriens, nous n’avons plus. Nous avons des propriétaires forestiers, oui, qui sont restés, qui ont gardé leur valeur forestière, leur propriété, qui cherchent à les garder le plus longtemps possible. Mais au point de vue terre, les propriétés se sont morcelées, soit en lotissement, soit en héritage. Et comme cela, nous n’avons plus de gros propriétaire terrien. Ici, au début du siècle, l’agriculture signifiait beaucoup de labeur pour faire sortir d’une pauvre terre sablonneuse, du maïs, principalement, et une petite polyculture familiale. Un peu d’élevage aussi, avec quelques vaches laitières. Auprès de monsieur [Saumon], nous avons voulu savoir comment vit, en 1967, un agriculteur sur cette commune que nous appelions Hossegor.
Journaliste
Monsieur, combien y a-t-il de fermes à Hossegor ?
Monsieur Saumon
Ah, non, plutôt Soorts.
Journaliste
A Soorts.
Monsieur Saumon
A Soorts, oui. En ce moment, il y a 7 ou 8 fermes, pas plus.
Journaliste
La votre à quelle superficie ?
Monsieur Saumon
3 hectares ! 3 hectares de terres labourables, plus les prairies et les pacages. Autrement, ce qui remonte à 7 hectares, environ.
Journaliste
Est-ce que c’est suffisant pour vivre ?
Monsieur Saumon
Non !
Journaliste
Pourquoi ?
Monsieur Saumon
Non, ce n’est pas pour vivre une famille. Pas pour vivre une famille, c’est petit en ce moment, les engrais sont trop chers, suivant la valeur du maïs.
Journaliste
Parce que vous faites que du maïs ?
Monsieur Saumon
Nos faisons que du maïs.
Journaliste
Et la vigne que nous voyons ?
Monsieur Saumon
Et, la vigne. Ce peu de vigne pour la consommation. Quand une année est bonne, nous avons la provision de vin pour une année.
Journaliste
Représentant de la génération suivante, cet agriculteur s’est modernisé.
(Bruit)
Journaliste
Monsieur, est-ce que l’on peut encore vivre de l’agriculture à Soorts ?
Intervenant
Non, ce n’est pas possible.
Journaliste
Pourtant vous, vous en vivez ?
Intervenant
Ah ben oui, mais, je cultive un peu. J’ai 5 ou 6 hectares en culture, mais après, je passe mon travail ailleurs, en culture différente, en soir, entreprise agricole : labourage, discage, semage, bottelage, fauchage.
Journaliste
En dehors de votre propriété ?
Intervenant
En dehors de ma propriété, des communes voisines.
Journaliste
Parce qu’ici, ce n’est pas possible de vivre seulement d’une ferme.
Intervenant
Oh non, ou alors, il faudrait que …, ce n’est pas possible. Ou alors, il faudrait qu’il y ait d’autres surfaces à récupérer.
Journaliste
Est-ce qu’il y a des terres disponibles ?
Intervenant
Oh, pas pour le moment. Pour le moment, il n’y en a pas.
(Musique)
Journaliste
Mais les pins dans les Landes, cela date de plusieurs siècles ?
Intervenant 2
Au maximum, c’est 2 siècles.
Journaliste
Pourquoi cela ?
Intervenant 2
Il n’y avait pas de pins avant.
Journaliste
Et pourquoi en a-t-on mis ?
Intervenant 2
Pour fixer les dunes qui étaient emportées et déplacées par les vents de la mer ; les dunes de sables, les dunes que vous voyez là.
Journaliste
Et les résiniers ont commencé à ce moment là, à travailler ?
Intervenant 2
Ah non, il a fallu attendre que les pins poussent.
Journaliste
Combien y a-t-il eu de résiniers à Hossegor, jadis ?
Intervenant 2
Il y en a eu 40.
Journaliste
Hossegor a vécu, jadis, grâce aux pins ?
Intervenant 2
La commune, oui !
Journaliste
Et maintenant ?
Intervenant 2
Oh, et maintenant, ils ont d’autres procédés.
Journaliste
Lesquels ?
Intervenant 2
Les impôts surtout.
Journaliste
Il y a beaucoup de résiniers encore ?
Intervenant 2
Il n’y en a plus.
Journaliste
Et pourquoi cela ?
Intervenant 2
Ils ont abandonné. Moi le premier, j’ai abandonné. Mon gendre, qui est plus jeune que moi, il est cantonnier à la commune et ne résine plus. C’est que les jeunes ont abandonné le métier parce que c’était un métier, faut travailler tout le temps, en forêt, dans la brousse, et rester toute la semaine seul en forêt, ils ne voyaient pas un chien. Ils préféraient être dans une autre entreprise quelconque où ils pouvaient aller au village ou même, boire le petit vin blanc au retour. Tandis qu’ici, on trouvait rien autour de la forêt. Il n’y avait que les peaux de résines à boire. A ce moment-ci, c’est en décrépitude, ça ne va pas. Cela ne le rend pas.
Journaliste
C’est dû à quoi cela ?
Intervenant 2
C’est le manque de valeur de la résine.
Journaliste
A cause des produits synthétiques ?
Intervenant 2
Produits synthétiques, premièrement, et puis le marché commun surtout. Mais cela existait avant le marché commun. L’importation de résines, du Portugal, d’Espagne, de Grèce et d’Ukraine, la résine produite là-bas, arrivait, ou les dérivés, forcément, arrivent meilleur marché que ce que nous pouvons la produire en France, et sur place.
Journaliste
Parce que la main d’œuvre est moins chère ?
Intervenant 2
La main d’œuvre moins chère, il mange moins que nous, peut-être, nous, nous sommes gourmands, un peu, ici. Surtout les Landais, nous sommes gourmands. Nous aimons manger bien.
(Musique)
Journaliste
La forêt de pins de Soorts débouche sur l’océan, sur la côte d'Argent. Mais où donc est Hossegor ? Hossegor est cachée dans les pins, autour d’un lac marin. Monsieur [Sourgen], artiste-peintre, nous en parle. Il a été l’un des premiers habitants d’Hossegor. Que veut dire Hossegor ?
Monsieur Sourgen
Hossegor ? Mais cela ne veut dire rien du tout.
Journaliste
Comment rien du tout ?
Monsieur Sourgen
Mais le mot Hossegor vous me dites ? Mais, …, je ne sais pas d’où vient le mot Hossegor, parce qu’autrefois, Hossegor, c’était …, on appelait Hossegor, c’était l’étang qui s’appelait Hossegor, c’était l’étang. C’est le lac. Oui, vous l’appelez lac mais moi, je l’appelle l’étang.
Journaliste
Pourquoi cela ?
Monsieur Sourgen
Parce que c’était un étang, n’est-ce pas, et c’est devenu, maintenant, un bras de mer, c’est devenu. C’est Napoléon III qui a fait. Vous savez l’histoire, non ?
Journaliste
Oui
Monsieur Sourgen
Oui, vous savez l’histoire. C’est l’impératrice qui était venue ici un jour, en haut, sur les hauteurs là, du côté de l’étang, en haut sur les hauteurs, on voit la mer. Et l’impératrice venait souvent ici, elle aimait beaucoup pique-niquer, avec des dames de la cour, elle venait avec une dizaine de femmes. Et je connais très bien un bonhomme, qui, après, qu’on appelait le père Lacoste, qui était un ancien corsaire du roi, qui était au fond du lac, là. Et c’était un type très curieux. Il est mort à 95 ans, je crois, il allait à Bayonne ; pour acheter le vin deux francs meilleur marché, par litre ; il a vécu en vélo. C’était invraisemblable. Et bien, ce type là m’a raconté des histoires extraordinaires. Un jour, l’impératrice arrive, là, elle voit cet étang, et puis, il y avait un port de pêche plus important qu’aujourd’hui. Mais alors, elle dit, on pourrait bien faire ici un étang, un port de refuge extraordinaire pour les pêcheurs. J’en parlerai à l’empereur, en perçant, en faisant la percée qu’il y a, qui existe actuellement. Alors, en effet, l’empereur, vint, un jour, avec des techniciens, des ingénieurs, des architectes. Et alors, [il décide de la faire]. Alors, l’empereur commande 400 brouettes, 400 pelles, et alors, ils ont tous fait cela avec des pelles et des brouettes. Et le père Lacoste, dont je vous parle, que j’ai connu très bien, a travaillé à cette chose là. Ils ont fait la percée de l’étang qui était un étang d’eau douce, n’est-ce pas, c’était un ancien lit de l’Adour. Et à ce moment là, je me rappelle, un jour, c’était un été, il faisait très chaud. J’avais que 5 ou 6 ans, je me rappelle d’une chaleur terrible, l’étang était d’un bleu de cobalt extraordinaire, donc vent de Sud c’est pour cela que j’ai très très chaud. Je me rappelle très bien. Et il y avait des oiseaux. Mais, c’était des milliards, des milliards d’oiseaux, invraisemblable. Il y avait surtout beaucoup de hérons, des butors, des cormorans, et puis, tous les autres [incompris], des pluviers, des courlis et toutes les hirondelles de mer, il y avait …. Evidemment, il y avait tout ces oiseaux là qui assistaient…. On ne les chassait pas. D'abord, il n'y avait personne pour les chasser. Puis, ce n’était pas un oiseau très bon.
Journaliste
Et les gens d’ici, que faisaient-ils, de quoi vivaient-ils ?
Monsieur Sourgen
Oh, ils étaient tous très pauvres, cela je vais le dire, vraiment très pauvres. Il y avait quelques pêcheurs, et quand nous sommes arrivés ici, il y a un nommé [Cotis] qui me dit : oh mon dieu, qu’il y avait du monde ! Il nous vendait le poisson, n’est-ce pas, à 10 sous le kilo. Et les huîtres, rien du tout. Il y avait quelques huîtres, ils s’occupaient d’huîtres les gens ici, mais, et des petites plates alors. Mais ils étaient tous très misérables. Cela vraiment, oui, vrai, ils étaient misérables, tous.
Journaliste
Les habitants sont plus heureux ici ?
Monsieur Sourgen
Ah, évidemment …
Journaliste
Maintenant ?
Monsieur Sourgen
Ah oui, ah oui ! Cela vraiment, oui, certainement.
Journaliste
Monsieur [Cotis], le pêcheur que notre peintre vient d’évoquer, le voici. Il vit encore, et passe toujours ses journées sur son parc à huîtres ou au bord du lac.
(Musique)
Monsieur Cotis
Nous autres, nous étions pêcheurs. Et puis, il y en a d’autres qui étaient résiniers. Et, ils allaient faire quelques journées, par ci, par là, où ils travaillaient à Capbreton, à Seignosse, ou Soustons, ou n’importe où.
Journaliste
Ce lac d’eau salée, c’est un bien par rapport aux lacs d’eau douce ?
Monsieur Cotis
C’est un bien d’une façon. Et, il y a un renouvellement d’eau continuel et nous avons le poisson de mer, enfin, il y a les coquillages, des palourdes, enfin, tout ce que l’on veut. Tandis que l’étang d’eau douce, il y avait qu'un peu de poissons d'eau douce.
Journaliste
Et le lac d’eau douce, il a été fait par …, naturellement ou il a été fait par …
Monsieur Cotis
Mais, non ! J’ai entendu dire, toujours par les vieux grands-parents de par ici, c’était un lit de l’Adour. Que l’Adour passait par ici quoi. Même, vous voyez, à cette pointe là-bas, de sables, il y avait un grand fond. J’ai le grand-père qui a sorti quelques morceaux de carcasses de quelques voiliers qui est resté enfermé quand l’Adour a changé de canal, enfin, de circuit quoi.
Journaliste
C’est-à-dire l’Adour allait se jeter à Vieux-Boucau
Monsieur Cotis
À Vieux-Boucau
Journaliste
Monsieur, est-ce que vous pensez qu’on est plus heureux aujourd’hui, ou moins heureux ?
Monsieur Cotis
Ah, c’est-à-dire, on est, certainement, beaucoup plus heureux. Autrefois, on se trouvait heureux aussi parce qu’on ne connaissait pas ce qu’il y a à l’heure actuelle. On vivait misérablement ici. On avait, quelque fois, un poulet et il fallait aller faire des kilomètres pour aller chercher une boucherie. Ou, si on voulait voir quelques choses, il fallait aller à Bayonne, les trois quarts du temps à pied, vous preniez le train à Labenne. Avant, ici, il n’y avait absolument rien du tout.
Intervenant 3
Le lac d’Hossegor a une valeur par lui-même, une valeur touristique et sportive évidemment. Mais, je pense que les huîtres apportent quand même quelque chose, c'est si vous voulez, le petit élément de gastronomie et de folklore, qui plait beaucoup aux gens. Parce que, Monsieur Cotis ne vous l’a peut-être pas dit mais, enfin, les huîtres, à Hossegor, c’est une vieille institution. Cela date de l’époque environ ?
Monsieur Cotis
76.
Intervenant 3
1876, c’est-à-dire, tout de suite après la création, l’ouverture du canal ?
Journaliste
Oui
Intervenant 3
Et la création du lac salé. J’ai entendu dire que ce lac jouait un petit peu le rôle d’un climatiseur. C’est-à-dire, en hiver, par exemple, vous avez des arrivées d’eau salée deux fois par jour, et la température de l’eau est quand même supérieure à celle de l’air, en hiver. Et, il y a une espèce de phénomène de réchauffement qui doit se faire, sans doute, à l’intérieur de la station d’Hossegor. Et en été, c’est le phénomène inverse. Ce sont des eaux plus fraîches qui arrivent à l’intérieur du lac d'Hossegor et qu’ils rafraîchissent.
Monsieur Sourgen
Il y a un modernisme effroyable, actuellement, qui arrive. On est envahi par tous les étrangers qui nous ont volé, les filles, d’abord, [pas des bonnes]. Puis la vie est devenue très chère à cause de l’envahissement que nous avons ici d’étrangers.
Journaliste
Mais est-ce que vous ne croyez pas qu’Hossegor est un bien pour les populations de Soorts, par exemple ?
Monsieur Sourgen
Oui, bien sûr ! Certainement.
Journaliste
Le père d’Hossegor, l’homme qui a fait d’un quartier perdu de Soorts une cité connue, c’est monsieur Eluère, c’est son maire. Dans quelle idée Hossegor a-t-elle été créée ?
Alfred Eluère
J’avais une formation, essentiellement, sportive. Je n’ai pas appelé ici des types qui n’ont rien à faire dans la chose mais un état d’esprit, qui a fait que j’ai placé Hossegor, dès le départ, sous le slogan "La station des sports élégants".
Journaliste
C’était à quelle époque ?
Alfred Eluère
C’était en 1923.
Journaliste
C’était assez révolutionnaire à l’époque.
Alfred Eluère
C’était révolutionnaire mais j’ai posé, même …, des inquiétudes même à ceux qui m’entouraient car j’ai créé, en 1925, une piscine d’eau de mer, à Hossegor, dans mon [complexe] du sporting, qui était à base de sport. Et certains l’ont qualifié d’hérésie. Comment faire une piscine d’eau de mer, au bord de la mer ? Et bien, depuis, il y a des piscines d’eau de mer en France, autour de ces belles stations. Donc, j’étais un précurseur en la matière et je peux m’en féliciter parce que c’est …, cela prouve que je ne m’étais pas trompé.
(Musique)
Journaliste
Monsieur Eluère, cependant, ne fît pas Hossegor tout seul. Il fut constamment secondé par ses administrés. En conservant presque intact la forêt, les architectes ont essayé de donner un même style aux habitations qu'ils ont construites jadis, pour créer l’Hossegor que voici.
(Musique)
Journaliste
La construction des hôtels et des villas donna un regain d’activité à la petite briqueterie de Soorts. Monsieur, quelle est l’importance de la briqueterie sur le plan industriel à Soorts-Hossegor ?
Intervenant 4
Et bien, la Tuilerie Briqueterie Atlantique est la plus grande des petites usines, la plus grande des usines artisanales. Elle s’est développée grâce au tourisme qui a permis la construction de beaucoup de villas, à Hossegor en particulier. Et c’est de là qu'est venu son essor, il y a déjà une vingtaine d’années. Pratiquement, 80% de ce que nous fabriquons sert à alimenter la construction locale, et puis, le trop plein permet d’alimenter l’arrière pays qui est pour nous le Pays basque.
Journaliste
Quelle chaleur fait-il ici monsieur ?
Intervenant 5
Oh, il fait 40-50 degrés. Cela dépend de la température suivant les cuissons.
Journaliste
Et vous arrivez toujours à travailler toute la journée dans cette chaleur ?
Intervenant 5
Il faut bien puisqu’il faut bien gagner sa croûte. Oh oui, il y a bien 10 ans que j’ai fait cela.
Journaliste
Et avant de faire cela, qu’est-ce que vous faisiez ?
Intervenant 5
Je faisais la culture en plein air. J’étais cultivateur.
(Bruit)
Intervenant 6
Le bâtiment à Hossegor, la plupart des gens, il y a au moins un tiers de la population qui vit du bâtiment.
Journaliste
Un tiers ?
Intervenant 6
Un tiers !
Journaliste
C’est énorme.
Intervenant 6
C’est énorme, oui.
Journaliste
Monsieur, vous travaillez dans une entreprise de bâtiment toute l’année ?
Intervenant 7
Non monsieur. J’en travaille 9 mois dans l’année. Le restant, je fais la saison à l’Hôtel [du port] à Hossegor, c’est-à-dire, depuis le mois de juillet jusqu’à la fin de septembre.
(Silence)
Intervenante
Nous avons 6 jardiniers à l’année, des Landais, nous avons du personnel hôtelier, personnel pour le restaurant et pour le bar. Ce qui nous fait, environ, 12 personnes toute l’année, plus les jardiniers.
(Bruit)
Monsieur Saumon
Moi, je vais travailler toute …, je vais faire ma saison au golf, je vais, comme un caddy. Et, alors là, cela m’aide beaucoup pour vivre en dehors de la ferme.
Intervenant 8
Et bien, je suis caddy master.
Journaliste
Cela consiste à quoi ?
Intervenant 8
Cela consiste à désigner les caddies, à donner son sac au client, les reconnaitre, bien sûr, et ne pas leur envoyer un sac, par exemple, qui ne leur appartient pas.
Intervenant 9
Oui, je travaille au golf, comme caddy.
(Musique)
Journaliste
A Hossegor, il s’est créé un atelier de postiches en cheveux naturels d’Europe. Travail essentiellement féminin qui convenait à une jeune main d’œuvre disponible.
(Musique)
Intervenante 2
Nous avons des employées, à l’atelier, qui sont recrutées parmi des jeunes filles qui nous entourent et une vingtaine d’ouvrières à l’extérieur qui sont spécialisées, soit des tresseuses et des implanteuses.
Journaliste
Et elles travaillent où ?
Intervenante 2
Elles travaillent chez elles.
Journaliste
Quelle est votre profession à Hossegor ?
Intervenante 3
Posticheuse !
Journaliste
Depuis combien de temps faites-vous cela ?
Intervenante 3
5 ans.
Journaliste
Et pourquoi ne travaillez-vous pas directement chez le posticheur ?
Intervenante 3
Parce que cela m’arrange d’avoir du travail à ramener ici puisque je dois faire le gardiennage de la villa. Je ne dois pas quitter ma conciergerie.
Journaliste
Gardiennage, mais aussi entretien des jardins par des jardiniers paysagistes.
Intervenant 10
Mes parents étaient cultivateurs, je travaillais dans mon jeune âge aux chemins de fer, sur la voie ferrée. Et après, j’ai travaillé un peu pendant l'Occupation et tout cela, j’ai travaillé à la briqueterie. C’est après, après le …, je me suis marié dans un petit patelin à côté qui s’appelle Tosse quoi. Je me suis marié avec des cultivateurs, avec une femme de cultivateurs aussi. Mais comme le métier ne m’était pas possible, vu l’extension que prenait l’agriculture, il fallait de gros moyens financiers quoi. J'aimais ce métier aussi d'agriculture, mais, pour un jeune, il est très difficile de démarrer dans ce métier là parce qu’il aurait fallu faire des emprunts très difficiles.
Journaliste
Mais, paysagiste, c’était une profession qui n’existait pas ?
Intervenant 10
Elle a toujours, plus ou moins, existé à Hossegor parce qu’ici, dans les premières villas qui sont construites, ici, à Hossegor. Depuis 1924-25, il s’est toujours créé quelques [incompris] quelques jardins, ici, à Hossegor.
Journaliste
Oui.
Intervenant 10
La grande extension qu’a pris le jardinage, par ici, la création des jardins ici, cela provient depuis l’après-guerre, depuis [incompris].
Journaliste
Qu’est-ce que vous faisiez avant ?
Intervenant 11
Oh, je travaillais la terre, j’étais cultivateur. Après, j’ai travaillé à la tuilerie, après, j’ai travaillé à l’atelier de construction et puis, je me suis lancé dans le jardinage.
Intervenant 12
Briquetier, 23 ans ; j’ai fait 8 ans au four, 2 ans [et demi à la carrière], à [incompris] l'argile à coup de pioche.
Journaliste
C’est plus dur qu’ici ?
Intervenant 12
Beaucoup.
Journaliste
Et pourquoi êtes-vous devenu jardinier ?
Intervenant 12
Si j'avais su je serais entré avant en jardinerie parce que le métier est moins dur.
(Bruit)
Journaliste
Monsieur, cela fait longtemps que vous êtes jardinier ?
Intervenant 13
Non, monsieur, j’étais cultivateur avant. Et comme on touche une très petite retraite, je viens compléter un peu mon gagne-pain ici.
Journaliste
Et qu’est-ce que vous pensez du jardinage ?
Intervenant 13
Le jardinage, c’est très bien. Cela ne fatigue pas trop mais il y a du travail quand même. L’été surtout parce que les gens sont très minutieux, ils veulent les choses très bien faites. Alors, qu’est-ce que vous voulez, il faut... y'a de quoi s'occuper quoi.
(Bruit)
Intervenant 14
Ah, moi, je trouve que c’est …, d’abord, vous avez la vie en plein air, la grande chose qu’il faut considérer si nous avons la liberté de travail, c’est-à-dire, nous n’avons pas, évidemment, un patron derrière, nous, nous sommes toute la journée à travailler. Nous savons ce que nous avons à faire. Il y a l’entretien et s’il y a des massifs à refaire, à préparer, à créer. Vous voyez ce que je veux dire.
Journaliste
Il y a un travail de création ?
Intervenant 14
Il y a un travail de création.
Journaliste
Continuel ?
Intervenant 14
Non, nous allons le commencer maintenant, vous voyez, dans 8 ou 15 jours, nous allons commencer l’échantillonnage, c’est-à-dire que dès que la villa est terminée, voyez que le peintre est passé, nous préparons les chemins, les routes, les accès aux garages, les petites allées, que vous voyez partout ici. Et après, nous allons faire, tracer les pelouses. Et au printemps, semer les pelouses.
(Musique)
Journaliste
L’extension d’Hossegor fut donc un bien pour les habitants de Soorts ! Les vieilles maisons paysannes firent place à de petites, coquettes, habitations. Mais si l’élévation du niveau de vie a permis aux habitants de donner à leurs enfants une instruction supérieure, il se pose aujourd’hui, pour les jeunes, un problème d’emploi à Hossegor.
(Bruit)
Journaliste
Vous avez quel âge ?
Intervenant 15
22 ans.
Journaliste
Qu’est-ce que vous faites ici ?
Intervenant 15
Moi, je suis artisan en peinture, vitrerie et papier peint.
Journaliste
Vous êtes à votre compte ?
Intervenant 15
Oui !
Journaliste
Et vos parents, qu’est-ce qu’ils faisaient ?
Intervenant 15
Ils travaillaient la terre, cultivateurs.
Journaliste
Est-ce que vous avez du travail sur que …, principalement, sur Hossegor ?
Intervenant 15
Oh, partout ! Juste Soorts, Hossegor, un peu Capbreton, très peu.
Journaliste
Mais toute l’année ?
Intervenant 15
Toute l’année !
Journaliste
Est-ce que vous avez l’intention de rester ici, dans la région ?
Intervenant 15
Oh, oui !
Journaliste
Et, est-ce que vous avez, aussi, l’intention de vous agrandir ou rester artisan ?
Intervenant 15
Ah, non ! J’espère, d’ici, plus tard, pouvoir agrandir mon entreprise.
Journaliste
Vous pensez qu’il y aura des occasions de le faire ?
Intervenant 15
Oui !
Journaliste
Et vous jouez au rugby. Qu’est-ce que vous avez comme place au rugby ?
Intervenant 15
Ben, deuxième ligne, je crois. Des fois, je joue troisième ligne, centre.
Journaliste
Est-ce que vous avez des contacts, par exemple, avec les gens qui viennent en vacances ici ?
Intervenant 15
Ben, en général, oui. Parce que c’est surtout ces gens là qui me font travailler, qui ont des villas à Hossegor. Ils viennent en été.
Journaliste
Et, est-ce que cela ne vous gêne pas ce côté un peu luxe, qu'il y a ici à Hossegor ?
Intervenant 15
Oh, cela gêne peut-être un peu mais enfin, il faut l’accepter parce que c’est eux qui nous permettent de travailler.
Journaliste
Vous êtes né ici ?
Intervenant 16
Oui.
Journaliste
Alors, vous ne reviendrez plus ici pour travailler alors ?
Intervenant 16
Non, pour travailler, non. Enfin, je reviendrai pour les vacances.
Intervenant 17
Je suis plâtrier.
Journaliste
Et vous travaillez chez un patron ?
Intervenant 17
Oui, chez un patron, chez un cousin.
Intervenante 2
Moi, je vais faire professeur d’éducation physique.
Intervenant 18
Je suis à Toulouse, au Collège Technique Hôtelier.
Intervenant 19
Je fais l’école de prothèses dentaires.
Journaliste
Ah ! Pour rester à Paris ?
Intervenant 19
Non, non, la vie ne me plait pas là-bas.
Journaliste
Alors où ?
Intervenant 19
Ben, j’espère rentrer ici.
Journaliste
Sûr ?
Intervenant 19
Oui, parce qu’il n’y a que des dentistes mais il n’y a pas de prothésistes. Il faut aller à Bayonne ou Bordeaux.
Intervenant 20
Quand j’aurai fini, quand j’aurai mon bac, j’aimerais faire un stage aux Etats-Unis.
Intervenant 21
Je n'aimerais pas tellement travailler ici pour ce que je veux faire. Ben, j’aimerais bien faire vétérinaire et puis, ici, malgré tout, il n’y a pas tellement d’animaux quoi.
Intervenant 22
Donc, je pense aller à Bordeaux, en faculté, ou alors, aux arts et métiers de Bordeaux.
Journaliste
Ensuite, pour revenir travailler dans la région ?
Intervenant 22
Si possible. Enfin, je ne pense pas parce qu'il n’y a pas beaucoup de débouchés ici. Enfin, je pense, je voudrais être, disons, ingénieur dans les sciences spatiales.
Intervenant 23
Je préfèrerais aller à la ville parce qu’ici, pendant 3 mois, c’est le grand boum. Voyez, on s’amuse, c’est l’été puis l’hiver, il n’y a rien. Il y a quelques distractions maintenant... On joue au golf, comme ça, mais, à part l’été, c’est fini.
Alfred Eluère
Mon ambition dans la situation actuelle d’Hossegor, c’est de créer une plus grande densité dans le centre d’Hossegor, dans le centre immédiat d’Hossegor, pour avoir une vie continue. Car notre souci, ce n’est pas ce qu’on appelle l'étalement des vacances, dont je ne parlerais pas, c’est l’allongement des saisons. Et, ici, à Hossegor, on peut y venir vivre agréablement, toute l’année bien sûr, car j’ai un vieux slogan qui est le suivant : "Si à Hossegor, comme partout, il n'y fait pas toujours beau, il y fait toujours bon ! ». Et, il faut arriver à un jour où nous ayons une vie qui soit comparable à la vie d’une petite ville avec toute ce qui constitue la ville elle-même. Et nous avons commencé, vous pouvez le voir... par l’installation de tout ces.. ce marché couvert, de cette poste, de cette mairie, de cette salle d’éducation populaire, tous les services publics, généraux qui sont là. Et ben, maintenant, il me faut avoir, tout près d’Hossegor et non pas nécessairement dans le site, c'est-à-dire autour du lac, des habitations qui permettent à des retraités de venir habiter toute l’année et de faire que nous ayons une petite ville qui vit par elle-même toute l'année. Et non pas seulement une station qui saute de moins 2000 habitants à 30 000. Ce qui pose des problèmes terribles.
(Musique)
Journaliste
Aujourd’hui, et dans ce but, des buildings s’élèvent dans les dunes.
(Musique)
Journaliste
Pour devenir la petite ville dont rêve son maire, Hossegor travaille. Ainsi, la jeunesse pourra rester vivre ici, toute l’année.
(Musique)
Journaliste
Pour Hossegor, c’est le second souffle. L’avenir jugera.
(Musique)