La nostalgie des rapatriés de France en Pologne

19 avril 2007
02m 31s
Réf. 00234

Notice

Résumé :

Les rapatriés de France en Pologne ont 70 ou 80 ans et sont nés en France. Leurs parents polonais étaient allés en France pour travailler, le plus souvent dans les mines. Après la Seconde Guerre mondiale, ils sont rentrés au pays, emportant avec eux des enfants qui bien souvent ne connaissaient rien à la Pologne. Reportage à Walbrzych, en Pologne. 60 ans après, ils entretiennent toujours la nostalgie du pays perdu.

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19 avril 2007
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Éclairage

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement polonais d'unité populaire a fait appel à ses "enfants disséminés à travers le monde". Le nouveau régime mis en place à Varsovie garanti un emploie et une maison à tous les Polonais qui reviendront au pays. Ouvriers des mines ou agriculteurs, installés en France en Belgique et en Allemagne, ils sont alors des milliers à faire le choix du retour outre-Oder pour participer à la reconstruction de leur pays après six années d'occupation nazie. En Silésie, ces rapatriés retrouvent un travail auquel ils sont accoutumés dans des centres miniers ou métallurgiques. Comme l'avait fait la France au début des années 1920 lorsqu'elle débaucha dans la Ruhr des mineurs polonais, Varsovie bat le rappel des Polonais de France et d'abord ceux du Nord-Pas-de-Calais, plus concentrés qu'ailleurs. Trois accords intergouvernementaux entre la France et la Pologne, de 1946 à 1948, régit ce transfert et cela dans le moindre détail allant même jusqu'à prévoir le nombre d'ouvriers que la Pologne se propose d'accueillir, les démarches à accomplir ainsi que les droits et les avantages des mineurs polonais ayant travaillés dans les mines françaises pour le calcul de leurs retraites. Du 15 mai, date du premier convoi collectif, au 31 août 1946, 24 trains partis de Lens, de Douai ou de Valenciennes, emmènent 3 600 mineurs accompagnés de 9 400 femmes et enfants.

Le patriotisme et l'envie de reconstruire leur pays meurtri par les horreurs de la guerre explique essentiellement le départ de ces familles de mineurs pour la Pologne. D'autant qu'ils savent qu'ils ne retourneront pas dans leurs anciens villages. Les parents prennent la décision de revenir en Pologne et l'imposent à leurs enfants, adolescents déchirés pour la grande majorité d'entre eux. A Walbrzych, en Basse-Silésie où s'est rendu le journaliste, la communauté des anciens mineurs polonais du Nord est composée d'hommes et de femmes âgés de plus de 70 ans, qui parlent avec nostalgie du passé. Ils éprouvent pour bon nombre le regret d'être partis. A l'époque des retours, qui se sont échelonnés entre 1946 et 1948, ils n'étaient encore souvent que de jeunes adultes ou des enfants nés parfois dans le Nord-Pas-de-Calais.

Longtemps, leurs compatriotes les ont surnommés les "Francuzi" (les Français) car leur tenue vestimentaire, leurs nouvelles traditions culinaires (frites) leur langue (le ch'timi) distinguaient ces nouveaux venus des habitants polonais. On note cependant au passage que la langue distingue aussi entre eux les Polonais venus de France. Au cours de ces entretiens, les rapatriés évoquent l'attachement qu'ils portent toujours à la France avec qui ils ont conservé des liens. A Walbrzych, l'Association des Français et Rapatriés de France en Basse-Silésie et la Chorale francophone ont eu à cœur de préserver cet attachement franco-polonais. C'est ce que démontre la cérémonie de dépôt de gerbes organisée chaque 14 juillet au monument du Général de Gaulle, tout comme les concours annuels de pétanque.

En 1947 et 1948, les volontaires pour revenir en Pologne sont moins nombreux, car des lettres reçues de voisins rapatriés signalent des difficultés multiples : villes minières désolées, accueil glacial des populations, manque de liberté. Au total, les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais (HBNPC) perdent en quatre ans près de 6 000 mineurs. Les vieux mineurs polonais restés en France, se résignent peu à peu à finir leur vie loin de la Pologne. Mais ils refusent, pour la plupart, de se faire naturaliser. Ils mourront Polonais, par fidélité à la Patrie. La deuxième génération ne l'entend pas ainsi, quitte à choquer leur paternel. En quelques années, elle devient française. Les effectifs des Polonais dans les HBNPC amorcent leur décrue. En 1950, ils représentent encore 64% de tous les étrangers, mais 15% de l'effectif global. Les naturalisés n'entrent pas dans ces statistiques, ce qui accentue l'effet de contraction du groupe. Des Polonais et des Français d'origine polonaise continueront à travailler dans les mines jusqu'à la fermeture de leur mine. Le temps des Polonais est résolu, les Houillères vont chercher de la main d'œuvre ailleurs, venue d'Italie puis du Maroc (1).

(1) Janine Ponty,"Les Polonais : une immigration massive", Tous gueules noires, Histoire de l'immigration dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, collection Mémoires de Gaillette, Éditions du Centre Historique Minier, Lewarde, 2004, pp.76-83.

Sylvie Aprile

Transcription

Journaliste
Ici aussi, on tire et on pointe, pourtant, nous sommes à Walbrzych, en Pologne et la pétanque est loin d’être un sport national. Mais ce petit groupe de Polonais est né et a grandi en France, alors les boules, ça a un petit parfum d’enfance.
(Musique)
Stefan Dworniczek
Mon père, il jouait aux boules quand j’étais jeune. Et chaque fois qu’il sortait de la mine, avant de rentrer à la maison, il y avait un petit café Sport à Douchy-les-Mines ; alors, il allait boire une bière, puis il allait jouer aux boules, alors je le regardais.
Journaliste
On les appelle les rapatriés de France, leurs parents polonais étaient venus travailler dans l’Hexagone dans les années 20. Après la Seconde Guerre mondiale, ils ont décidé de rentrer au pays, le plus souvent contre le gré de leurs enfants.
Intervenante
Nous, on a habité ici, puis mon frère il habitait là-bas.
Journaliste
Richard a grandi dans les corons du Pas-de-Calais au milieu des ch’timis. L’arrivée en Pologne a été un choc, la communication n’était pas facile même avec les rapatriés des autres régions de France.
Richard Kilon
On parlait ch’timi. Alors, quand j’ai connu ma femme, elle ne connaissait pas le ch’timi. Alors, quand je parlais avec elle, elle dit, qu’est ce que ça veut dire ? Mais moi, je disais repasse ma kemis', c'était la chemise. On ne disait pas, donne-moi la chaise, donne-moi la cayelle.
Journaliste
Une fois en Pologne communiste, impossible pour eux de repartir en France. Alors, pendant 60 ans, ils ont entretenu la nostalgie du pays perdu, pétanque, bal populaire, accordéon et plus récemment chorale.
(Musique)
Journaliste
Pélagie avait 17 ans quand elle a quitté sa Normandie, son rêve aujourd’hui, gagner au loto, s’acheter une petite maison sur la Manche et y finir ses jours.
Pélagie Skarbek
Dans mes oreilles, j’ai encore les vagues qui flottent sur l’eau. Je ferme les yeux et je vois la côte de Sabalo, où j'allais cueillir l'herbe pour les lapins, je vois tout.
Journaliste
Dans la région de Walbrzyc, ils étaient près de 50 000 rapatriés en 1948. Beaucoup d’entre eux n’ont pas la nationalité française, seuls 400 sont inscrits sur les listes électorales. Et pour voter, c’est aussi une manière de dire, nous sommes Français.