Ouverture du musée de la mine à Lewarde

03 mai 1984
3m 21s
Réf. 00265

Notice

Résumé :

Un musée de la mine a ouvert ses portes à la fosse Delloye de Lewarde. Si le carreau possède deux chevalements en état, les autres corps des bâtiments sont plus ou moins conservés. Les lieux contiennent un capharnaüm de matériels miniers, mais aussi des archives. René Liégeois, administrateur du Centre historique minier avoue qu'il y a beaucoup d'ordre à mettre avec une toute petite équipe et une association chargée de l'animation disposant d'un budget insuffisant. D'anciens mineurs, Georges Cormont et Émile Duez, disent ce qu'ils pensent de cette transformation.

Date de diffusion :
03 mai 1984
Source :
Personnalité(s) :

Contexte

Le Centre Historique Minier (CHM) de Lewarde a été classé en 2009 au titre des monuments historiques. Avec ses 150 000 visiteurs par an, il fait figure de lieu de mémoire du monde minier à l'échelle locale, nationale et même internationale (le CHM est par exemple intégré dans le réseau européen des musées de la mine). Une telle réussite n'avait pourtant au départ rien d'évident (1). Si le Centre ouvre ses portes au public en 1984, l'idée en remonte en réalité au début des années 1970. À l'heure où la fermeture des puits s'accélère et où en même temps la notion de patrimoine industriel commence à se diffuser, certains dirigeants des Houillères du Nord-Pas-de-Calais, en particulier le secrétaire général, Alexis Destruys, estime qu'il revient à l'entreprise d'accomplir elle-même, avant de disparaître, la mise en musée de son activité. Le CHM est officiellement créé en 1973. En 1982 une association naît afin d'animer les différentes structures du Centre et d'aider à son financement.

Mais comme l'atteste le reportage, les premières années du CHM sont difficiles. Le fait que l'initiative provienne directement de l'Entreprise est susceptible de susciter des craintes quant au contenu du projet (le risque d'une histoire technicienne et conquérante, qui minimise les conflits et les mouvements sociaux au sein du monde minier). Par ailleurs, les quelques pionniers qui sont à l'origine du Centre sont bien isolés. La préoccupation majeure des dirigeants des Houillères est surtout à l'époque de gérer la récession au moindre coût, celle des élus de réaliser la reconversion économique ; dans tous les cas les questions patrimoniales sont à l'arrière-plan. Il faut noter également que, quand il apparaît, le Centre se donne pour objectif de conserver et de muséifier un monde et une mémoire qui, à cette date, sont encore à vif. Comme l'atteste le reportage, si certains mineurs témoignent déjà de la volonté de conserver la mémoire des "gueules noires", tous ne partagent pas cette envie : l'amertume découlant des fermetures est sensible, tout comme la volonté d'oublier un passé professionnel dur et marqué d'un sentiment d'indignité. Enfin, le site même d'implantation du CHM fait débat. La fosse Delloye a été choisie par les responsables des Houillères à la fois pour des raisons pratiques et pédagogiques : elle représente en effet l'image la plus simple et communément répandue du site minier (les chevalements et les bâtiments d'exploitation). Les critiques de ce choix ont beau jeu de noter que cette image ne correspond qu'à la période la plus ancienne de l'exploitation et que la fosse Delloye représente en fait un cas marginal : isolée dans son environnement rural, elle ne comporte ainsi à proximité ni corons, ni chemins de fer, ni industries de produits dérivés.

Tout cela n'empêche pas le développement du Centre. À partir des années 1980, il fait l'objet d'importants travaux. En 1990 est ouvert le "parcours du mineur" qui devient bientôt le centre de la visite. Au même moment, les Houillères du Nord-Pas-de-Calais, qui disparaissent en 1992 cèdent la place dans la gestion du Centre et passent le relais à l'État et aux collectivités locales. Ce passage contribue sans nul doute à l'appropriation du CHM par tous les acteurs de l'ex-bassin minier. L'organisme, à la fois musée, centre d'archives et lieu de réflexion, a su dissiper les critiques et les méfiances qui au départ l'entouraient et apparaît aujourd'hui comme l'un des pôles à partir desquels s'organise la valorisation patrimoniale de l'ancien monde des "gueules noires".

(1) Voir Fabien Desage, Le Centre historique minier de Lewarde : ressorts et enjeux d'un lieu de mémoire en bassin minier, Mémoire de DEA de Sciences Politiques, Université de Lille 2, 1998. Consultable en ligne sur le site du Ceraps : URL

Marion Fontaine

Transcription

Marc Drouet
Avec une bonne dizaine d’années de retard sur les autres régions minières du nord de l’Europe ; la région Nord-Pas-de-Calais a depuis hier son musée de la mine à la fosse Delloye de Lewarde au sud de Douai. Deux chevalements assez bien conservés, le reste n’est pas à l’avenant. C’est en 1971 que l’extraction a cessé ici. Et c’est deux ans plus tard seulement que les Houillères ont eu l’idée de protéger ce site pour en faire un musée. Deux années durant lesquelles, les démolisseurs vont récupérer notamment toute l’infrastructure ferroviaire. Il ne reste plus qu’une voie avec quelques wagons et une machine à vapeur qui a perdu ses bielles. A l’entrée de la fosse, le bâtiment administratif avec plus loin les douches, la salle des pendus et la lampisterie ont été remises en état. Dans le bâtiment d’extraction, plus ou moins bien conservé, le criblage, le triage, la salle des machines. Pour le reste, un véritable capharnaüm, on trouve tout à Lewarde. Tout le matériel minier, des loco-tracteurs, des cages d’ascenseur, des marteaux piqueurs, un soutènement marchand ; une voiture d’incendie de marque De Dion-Bouton, une forge, une draisine, des transformateurs, des machines à écrire ; mais aussi des archives, des relevés topographiques, les cahiers des anciennes compagnies minières. Bref, le musée mais aussi le rebus des Houillères.
Intervenant 1
Alors là, vous avez malheureusement tout a fait raison ; nous sommes ici une petite équipe pour le moment, bien insuffisante. Et nous avons à mettre énormément d’ordre et disons de cohérence dans ce qui sera présenté au public. Pour le moment, nous n’avons pas eu encore les possibilités de le faire, mais nous en sommes bien conscients. Et c’est un peu le projet des mois à venir.
Marc Drouet
Depuis juillet 82, une association Loi 1901 a été mise en place pour la gestion et l’animation du centre. Les élus de la région des deux départements, l’association des communes minières, les syndicats des houillères entre autres, siègent au Conseil d’administration. Mais l’association n’est pas riche, son budget prévisionnel pour cette année est de l’ordre de 6,5 millions de francs. Il faudrait sûrement plus d’argent pour remettre en état le site de Lewarde ; empêcher que la rouille ne progresse, classer les archives, présenter le matériel avec les explications nécessaires à la bonne compréhension du travail de mineur. Visiblement, une volonté fait quelque part défaut. Qu’est-ce que c’est au fait de savoir qu’aujourd’hui, c’est transformé en musée ?
Intervenant 2
C’est bien, mais ça aurait été mieux si ça avait continué comme il faut.
Marc Drouet
Vous y êtes retourné à la fosse depuis que ça a fermé ?
Intervenant 2
Non ! Non ! Non, mais on vient du jardin, on voit les molettes, c’est déjà quelque chose. Il y a encore un mineur là. Viens ici l'mineur ! Ca c'est un ancien mineur là, il fait du vélo lui.
Marc Drouet
Qu’est-ce que c’est au fait qu’on transforme la fosse en musée aujourd’hui ?
Intervenant 3
Vous savez, pour moi, personnellement ça ne me touche pas. Remarquons peut-être pour le souvenir, mais on ne garde pas de très beau de souvenir, ni de très bon….
DIDASCALIE
(Bruit)