Parcours thématique

Des syndicats en action dans les mines du Nord-Pas-de Calais

Sébastien Turpin

Introduction

Ce parcours est issu d'une proposition pédagogique pour le cours d'éducation civique de la classe de troisième. Il n'a pas la vocation à refléter la démarche qui aura été suivie dans le cadre d'un cours. Le scénario pédagogique est consultable sur le site d'histoire-géographie-éducation civique de l'académie de Lille à l'adresse suivante : http://histgeo.discipline.ac-lille.fr/events/projet-memoires-de-mines/utilisation-pedagogique-de-la-fresque-memoires-de-mines-en-ecjs

Les documents ont été sélectionnés pour leur exploitation possible dans le cadre des programmes officiels de l'Education nationale.

Le choix des documents audiovisuels

Ce parcours se fonde sur deux vidéos.

Vidéo 1 : meeting à Lens lors de la grève des mineurs

 Meeting à Lens lors de la grève des mineurs

Meeting à Lens lors de la grève des mineurs

Après un mois de grève, l'intersyndicale des mineurs a réuni près de 70 000 manifestants à Lens, délégués syndicaux et parlementaires en tête. Des délégations d'autres bassins miniers, d'ouvriers et d'étudiants, étaient présentes. Philippe (Émile) Menu, délégué syndical Force Ouvrière, a dénoncé le gouvernement. Léon Delfosse pour la CGT a indiqué qu'il était prêt à aller avec les autres syndicats à une table ronde. Joseph Sauty pour la CFTC a abondé dans le même sens.

29 mar 1963
01m 11s
Fiche (00111)

La première vidéo sélectionnée dans le cadre de ce parcours s'intitule « Meeting à Lens lors de la grève des mineurs » et date de mars 1963. Cette vidéo met en valeur l'un des grands conflits sociaux de la mine. C'est le début de la fin pour la mine et les mineurs qui voient d'autres énergies et d'autres choix être en train de s'opérer.

Vidéo 2 : portraits de militants CFTC

 Portraits de militants CFTC

Portraits de militants CFTC

Portrait de deux militants à l'occasion du congrès fédéral CFTC à Lille : Louis Bergamini, président d'honneur de la Fédération des mineurs CFTC et d'un jeune militant, Gérard Hiron sur les raisons de son engagement à la CFTC.

21 nov 1990
02m 12s
Fiche (00125)

La seconde vidéo sélectionnée s'intitule « Portraits de militants CFTC ». Il s'agit d'un reportage tourné en novembre 1990 au moment où la dernière mine du Nord-Pas-de-Calais vient de fermer. Il met en évidence l'engagement syndical avec le portrait de deux militants qui expliquent leur choix de la CFTC. Il illustre aussi les différences d'orientation entre les syndicats mais aussi la difficulté de l'engagement.

Que nous apprennent ces documents ?

Les acteurs de la lutte syndicale

Les deux vidéos permettent de mettre en valeur trois organisations syndicales :

  • le syndicat FO (Force Ouvrière), incarné dans la vidéo 1 par le délégué mineur Philippe Menu, qui a successivement représenté les mineurs d'Harnes et de Courrières.

  • la CGT (Confédération Générale du Travail), représentée dans la vidéo 1 par un leader syndical d'envergure nationale, mais natif de la région, Léon Delfosse, secrétaire général de la Fédération du Sous-Sol.

  • la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens) représentée par Joseph Sauty, président de la Fédération CFTC des mineurs depuis 1962 (vidéo 1) et par deux militants (vidéo 2) : Louis Bergamini, personnalité emblématique du monde de la mine, et Gérard Hiron. La centrale chrétienne fait figure de syndicalisme très minoritaire : 25 000 adhérents dans la région Nord-Pas-de-Calais en 1990.

Les actions menées par les syndicats

Pour défendre les intérêts des mineurs, les syndicats agissent au quotidien par la négociation (l'expression « table ronde » est utilisée dans la vidéo 1). Ce mode d'action est privilégié par la CFTC : dans la vidéo 2, le jeune militant explique son engagement à la centrale chrétienne pour sa propension au dialogue (« J'ai choisi la CFTC pour le plus de dialogue »). Cette volonté de privilégier la paix sociale et le compromis avec le patronat est largement critiqué par les autres syndicats, notamment la CGT qui dénonce un syndicalisme confessionnel briseur de grèves.

Pourtant, la grève n'est pas systématiquement rejetée par la CFTC comme nous le montre la vidéo 1 qui montre le caractère unitaire de la mobilisation. Les grèves s'accompagnent de manifestations, comme celle du 29 mars 1963, à Lens, qui sont suivies d'un meeting. La manifestation et le meeting permettent aux syndicats de montrer la détermination des mineurs grévistes, de maintenir ou de renforcer leur cohésion, de médiatiser le combat syndical. Pour les syndicats, il s'agit également de populariser la mobilisation des mineurs et de faire ressortir la cohésion qui les entoure. C'est ainsi que la vidéo 2 met en exergue le soutien massif (« marée humaine ») apporté par la population, étudiants et élus ceints de leur écharpe compris.

Les revendications syndicales

La revendication centrale de la grève de 1963 porte essentiellement sur les 11 %, réclamés sur les pancartes et les banderoles : c'est bien une augmentation salariale qui est exigée des mineurs et de leurs représentants syndicaux.

La vidéo 2 insiste sur la modération traditionnelle des revendications de la CFTC. Pour ce syndicat chrétien, il s'agit avant tout d'améliorer la vie des hommes au travail par une action strictement professionnelle, sans implication politique. C'est d'ailleurs une des motivations qui ont poussé le jeune militant à s'engager dans la CFTC : « dans les autres syndicats, je trouve qu'il y a davantage d'orientations politiques ».

Regards d'aujourd'hui

La mobilisation des mineurs grévistes qui fait l'objet de la vidéo 1 aboutit à un protocole d'accord qui donne partiellement satisfaction aux mineurs et qui conduit de fait à la fin de la grève. La grève de 1963 entraîne une hausse importante des adhésions, notamment à la CGT, ce qui permet un renouvellement des militants : des jeunes ouvriers mineurs, mais aussi des cadres et des techniciens. Elle a aussi atténué la division syndicale.

Les grands mouvements syndicaux disparaissent en même temps que l'exploitation du charbon et la « fibre syndicale » a perdu de sa vigueur dans le bassin minier. Mais les grandes grèves ont laissé des traces dans la mémoire collective et les syndicats gardent un certain rayonnement local.