Un barrage hydroélectrique finance le développement des sports d’hiver

02 août 1990
03m 32s
Réf. 01031

Notice

Résumé :
Reportage dans la vallée de l'Eau d'Olle en Oisans où depuis la construction du barrage de Grand'maison les communes de cette vallée ont connu un réel développement économique basé sur le tourisme.
Date de diffusion :
02 août 1990
Source :
FR3 (Collection: JT FR3 Alpes )

Éclairage

À l’aube des années 1970, la vallée de l’Eau d’Olle connait, comme la majorité des vallées alpines, un important déclin démographique. En 1968, la démographie du canton de Bourg d’Oisans est ainsi à son plus bas niveau : seuls 8 000 habitants permanents résident sur les vingt communes concernées. Parmi les principales causes de cet exode, l’industrialisation de la vallée de la Romanche (le torrent de L’Eau d’Olle se jette dans la Romanche) a conduit à la marginalisation de l’agriculture et de l’activité minière et a, dans le même temps, suscité une émigration sans précédent et définitive des habitants des hauts villages vers la plaine. Seules quatre communes, Huez, Venosc, Mont-de-Lans et Bourg d’Oisans parviennent, grâce au tourisme, à préserver une dynamique démographique positive.  Aussi, dans cette vallée vivant au rythme de traditions séculaires, EDF, jusqu’alors gestionnaire de trois centrales dans la vallée mais surtout porteur d’un projet de création de barrage hydroélectrique sur les communes d’Allemont, Oz et Vaujany suscite la méfiance. Robert Faurel, chef de centre hydraulique en Oisans, regrette ainsi dans le reportage l’image négative de son entreprise, pouvant être vue comme « perturbant l’équilibre d’une vallée ». Pourtant, au-delà des transformations économiques et paysagères induites par le barrage, les travaux projetés laissent entrevoir une opportunité de création d’emplois et de développement économique pour la vallée.

Le chantier de Grandmaison, par son envergure, constitue un projet exceptionnel. Promis à devenir le plus grand barrage hydroélectrique de France [1], sa construction débute en 1976 après le rachat des terrains nécessaires par EDF aux différents propriétaires fonciers. Après sept années de travaux, la construction du barrage est achevée et, en 1985, celui-ci est mis en eau. Cela permet alors aux communes de percevoir de la part d’EDF, au titre de la propriété foncière ainsi que du fonctionnement du barrage, une compensation financière annuelle constituant, pour les trois communes concernées de la vallée de l’Eau d’Olle, une manne économique sans précédent. Grâce à elle, l’obstacle financier à la réalisation des projets, notamment touristiques, que ces communes avaient envisagés dès les années 1960, est donc levé.

Le reportage intervient après quelques années de fonctionnement, au moment où les communes peuvent dresser un premier bilan des équipements créés grâce aux retombées économiques du barrage. Parmi ceux-ci, Max Genevois, alors maire d’Oz relève dans son interview la création d’une station de sports d’hiver et la valorisation du réservoir d’eau par des activités nautiques, cette dernière constituant le pendant estival du développement touristique souhaité par les sports d’hiver.

Malgré tout, la période ne semble guère propice à la création de nouvelles stations, tant celles existantes sont à cette même période déjà confrontées à de nombreuses difficultés. Les prévisions d’évolution du marché des sports d’hiver ayant guidé la création des stations se sont en effet au fil des saisons révélées fort optimistes. L’équilibre financier des opérations d’aménagement, basé sur la vente d’immobilier de loisir, s’est ainsi trouvé fragilisé, celui-ci peinant à séduire une clientèle bien moins nombreuse qu’espérée. En dépit de cette conjoncture défavorable, Oz déposa en 1979 une demande d’Unité touristique nouvelle (UTN) pour l’aménagement sur sa commune d’un stade de neige voué à devenir un satellite de l’Alpe d’Huez. La demande est rejetée, le comité UTN ne souhaitant pas avoir à instruire successivement les projets des différentes communes de la vallée. En conséquence, celles-ci sont incitées à présenter un projet global d’aménagement touristique. Validé, celui-ci permis alors à Oz et Vaujany d’implanter des installations dédiées aux sports d’hiver les reliant au domaine voisin de l’Alpe d’Huez (dont certaines ont frôlé la démesure, le téléphérique de Vaujany ayant en effet été qualifié de « caprice à 60 millions de francs »[2]).

Finalement, en dépit des oppositions et des critiques locales ou extérieures plus ou moins marquées, le barrage de Grand’Maison aura sans conteste conduit à renouveler les modes de vie traditionnels de la vallée de l’Eau d’Olle. Reléguée à un rôle quasi-marginal, la vie agricole a cédé le pas au tourisme. Grâce à lui, et selon les termes du journaliste, « cette vallée semble renaître » et les villages jadis frappés de plein fouet par l’exode rural, retrouvent des habitants, des services et des projets. Malgré tout, et alors qu’aucun des plans de la caméra ne montre les équipements les plus coûteux (les installations des stations de sports d’hiver), on peut s’interroger sur les effets possiblement pervers de la « manne EDF ». Celle-ci a en effet pu conduire, dans la vallée de l’Eau d’Olle comme dans d’autres territoires, à la réalisation de remontées mécaniques de taille jugée disproportionnée, dont l’absence de rentabilité économique récurrente a, depuis lors, été confirmée.

[1] Le chantier sera à ce titre labellisé en 1978 Grand Chantier d’aménagement du territoire et sera ainsi placé sous la responsabilité de l’État.
[2] Hivroz R. « Un caprice de 60 millions de francs. La vallée des Couacs », Le Parisien du Jeudi, 19 mars 1987.

Pour en savoir plus :

Hacques, C. (1994). Tourbillons dans l'eau d'Olle: le barrage de Grand'Maison (Isère), ou la petite histoire d'un grand aménagement en montagne. Presses universitaires de Grenoble.

Le village de Villard Reculas

Les aménagements touristiques du lac de Monteynard
Coralie Achin

Transcription

François Dom
Avec Grand'Maison c'est toute la vie d'une vallée qui a été modifiée. Après quatre années de fonctionnement du barrage, on commence ici à envisager d'utiliser ce nouveau site à des fins autres qu'industrielles. Un changement d'attitude, une réflexion menée aussi bien par les habitants de la vallée de l'Eau d'Olle que par les responsables d'EDF. L'opération "Sourire" lancée en cet été 90 est très significative.
Robert Faurel
EDF a toujours un aspect un peu technocratique, c'est toujours la grosse société qui vient perturber l'équilibre d'une vallée, on veut montrer que au-delà de cette perturbation qui est réelle, on peut apporter au delà du chantier, des aspects positifs, notamment sur l'aspect touristique et économique d'une vallée comme l'Oisans.
François Dom
Et voilà Electricité de France devenu élément touristique. Vérification faite sur le terrain, le barrage de Grand'Maison accueille chaque jour des curieux alors que le musée Hydrélec offre un véritable parcours technologique dans cette formidable épopée de l'hydroélectricité née dans les Alpes.
Robert Faurel
Ce conservatoire est donc accessible à tout public et toute l'année et il permet, il a permis d'accueillir depuis qu'il est ouvert plus de 40 000 visiteurs et pour les portes ouvertes qui ont eu lieu les 21 et 22 juillet nous avons accueilli entre Hydrélec et l'usine de Grand'Maison plus de 6000 visiteurs, ce qui est un succès qui nous va droit au coeur.
François Dom
Nouvel effort donc en cette saison estivale 90 avec la mise à la disposition du tourisme du plan d'eau du Verney. Pour la vallée de l'Eau d'Olle et ses trois communes, il faut repenser le rythme estival. 
Michel Roch-Refieuna
On a déjà une piscine, on a un plan d'eau, on a un tennis, on a des jeux de boules, on a programmé, nous municipalité, si c'est possible pour l'an prochain, un mur d'escalade. Paraît que les murs d'escalade prennent bien, mais il faut progresser, c'est vrai que, il faut travailler avec les trois communes.
Max Genevois
En basant nos investissements sur les retombées fiscales de Grand'Maison ça nous a permis d'envisager la construction de la station d'Oz en Oisans et d'utiliser par des aménagements le barrage-plan d'eau du Verney.
François Dom
Le plus important, le plus remarquable se situe dans la vie, qui dans cette vallée semble renaître, on parle souvent de désertification de la montagne, on parle de villages qui se vident, de hameaux qui se meurent, ici c'est l'inverse. Allemont retrouve des habitants et a des sérieux projets d'urbanisme, la boulangerie communale par exemple est maintenant une affaire qui tourne sans problèmes. Oz en Oisans refait son église, c'est un signe qui ne trompe pas, enfin Villard-Reculas est tout simplement redevenu un vrai village.
Bernard Barlerin
1880, 200 habitants, 200 vaches avec un petit cheptel à côté et tout marchait en autarcie et tout roulait très bien il n'y avait pas de problème. Et puis ça a diminué, ça a diminué, puis la guerre de 14 encore ensuite, et puis jusqu'en 80 ça a diminué jusqu'au moment où la route que vous avez emprunté qui vient de la vallée de l'Eau d'Olle était finie, elle s'est ouverte. Donc tout le programme qu'on avait prévu depuis 71 s'est mis en route et là hop, tout ce qu'on avait pensé ça s'est produit, c'est tout. Et là l'hiver 80, on était 6, l'hiver, 6.
François Dom
Et maintenant ?
Bernard Barlerin
Maintenant il y a 52 permanents, mais permanents absolus, des vrais.
(Bruit)
Bernard Barlerin
On a construit une ferme communale il y a 4 ans qu'elle est en exploitation, et ça c'était vraiment pour continuer les traditions ancestrales. Indispensable ! On aurait pu faire uniquement avec des transhumances mais ce n'était pas suffisant. Il fallait des fermiers qui restent toute l'année.