Jeux traditionnels Celtes

19 avril 1990
02m 30s
Réf. 00333

Notice

Résumé :

A Carhaix s'est tenu un rassemblement international de jeux traditionnels celtes. A cette occasion, un stage de lutte bretonne et un colloque sur l'avenir et la reconnaissance des jeux et sports traditionnels ont débuté.

Date de diffusion :
19 avril 1990
Source :
FR3 (Collection: Rennes soir )

Éclairage

D'un point de vue patrimonial, il faut distinguer d'une part, les jeux "bretons", et d'autre part, les sports modernes en Bretagne, introduits de l'extérieur. Dans cette optique, la Bretagne présente des traits évoquant ses cousines celtiques (Irlande et Ecosse), tout en se rattachant irrévocablement par d'autres traits à l'ensemble français voire latin.

L'archéologie des jeux traditionnels en Bretagne commence par celle des jeux médiévaux et aristocratiques : joutes, quintaines et tournois. Comme ailleurs, l'évolution des mœurs, rendant la brutalité de ces exercices de moins en moins supportable, va dans le sens d'une diminution de la violence autorisée.

Dans les sports populaires traditionnels, ayant eu une plus longue carrière, on distingue d'abord des jeux collectifs, souvent violents car participant de la même culture que les jeux aristocratiques, telle la soule, qui survit dans le Morbihan jusqu'au XIXe siècle, ou le jeu de crosse. Il s'y ajoute des compétitions mettant davantage en valeur l'excellence individuelle. La plus connue est la lutte bretonne ou gouren. Puis vient un ensemble de prouesses reproduisant des gestes de la vie paysanne et artisanale : lever de perche, lever de civière chargée de sable ou de pierres, lever d'essieu de charrette. Ces exercices sont souvent associés aux rassemblements populaires ou aux gros travaux agricoles, en particulier battages, foires, fêtes et surtout pardons. A ce titre, à partir de la réforme catholique du XVIIe siècle, ils suscitent souvent l'ire d'un clergé attentif à séparer le profane et le sacré et à réprimer les débordements corporels en tous genres.

Sous les coups du contrôle clérical et, plus sûrement, de l'acculturation, conduisant à rejeter des pans entiers du patrimoine et à se tourner vers les modes nouvelles, les sports athlétiques traditionnels tombent progressivement en désuétude, ou se rétractent dans certaines régions, spécialement le Trégor. Pourtant, en 1928 se crée une Fédération des amis de la lutte des sports athlétiques bretons (FALSAB), à l'évidence inspirée par sa cousine irlandaise. Comme pour la langue, il s'agit de tirer de la mosaïque des usages locaux un ensemble modernisé, et donc réglementé. Exposée aux divisions et à l'affaiblissement général du mouvement breton au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'action en faveur des sports et jeux traditionnels bretons trouve un second souffle dans les années 1970. Des jeux bretons sont par exemple organisés à Carhaix, mais aussi à l'occasion de pardons revivifiés par la quête identitaire.

A côté des exercices de force, il existe aussi en Bretagne une multitude de jeux d'adresse. Faciles à mettre en œuvre, ils constituent des variantes locales de jeux attestés un peu partout en Europe. Il en va ainsi pour le jeu de boules, la galoche ou encore le palet.

Bibliographie :

- Michel Lagrée, "Sports et jeux" dans Alain Croix, Jean-Yves Veillard, Dictionnaire du patrimoine breton, Editions Apogée, 2000.

Fabien Lostec

Transcription

Muriel Le Morvan
comme c'est le cas actuellement pour les sports de combat d'origine asiatique.
Journaliste
Lundi avait lieu à Carhaix un grand rassemblement international de jeux traditionnels. Et durant toute cette semaine se déroule à Berrien un colloque sur ce thème et un stage de lutte. Au centre des débats, le problème de la reconnaissance de ces sports et jeux traditionnels, et le problème de leur avenir dans la société moderne.
Muriel Le Morvan
Les jeux et sports traditionnels ont joué et jouent encore un rôle social important dans la société rurale bretonne. Ils font ainsi partie intégrante de notre culture. Mais aujourd'hui, les conditions de vie et de travail auxquelles ils sont intimement liés ont changé, même dans les campagnes. Et ces jeux, s'ils n'obtiennent pas rapidement une reconnaissance officielle, sont menacés de disparition. Depuis de nombreuses années, les bretons revendiquent cette reconnaissance auprès du ministère de la jeunesse et des sports, en vain. La lutte bretonne, par exemple, n'est reconnue - et donc aidée - que par quelques collectivités locales, notamment le département du Finistère. Elle compte pourtant plus d'un millier de licenciés, plus que la lutte gréco-romaine.
Intervenant
Nous ne sommes pas aidés au niveau des créations de clubs, nous n'avons pas de subventions. Nous ne sommes pas reconnus par le comité national olympique. Enfin, c'est toute une affaire de finances et de reconnaissance aussi au niveau de l'éducation auprès des jeunes.
Muriel Le Morvan
A Paris, on considère ces jeux et sports traditionnels comme des concurrents indésirables des sports olympiques alors que ce n'est pas du tout à ce niveau que se situe la revendication des Bretons.
Intervenant 2
Le Sport, c'est fondamentalement l'organisation d'un immense spectacle planétaire qui uniformise les pratiques. Je crois que l'univers des jeux populaires et de tradition, c'est, au contraire, un ensemble de pratiques qui singularise et les acteurs et les participants et les témoins en quelque sorte.
Muriel Le Morvan
Las de l'indifférence du ministère de la jeunesse et des sports, les Bretons ont décidé de s'adresser au ministère de la culture. Pourtant l'avenir de ces jeux et de la lutte bretonne en tant que sport n'est pas totalement à exclure. Il pourrait même être amené à se développer sous une forme post-moderne,
Intervenant 3
Ils sont aussi issus de sociétés qui sont structurées tout autrement, mais évidemment, dans une certaine transformation sociale d'aujourd'hui, ils ont une signification.
Muriel Le Morvan
Ce colloque de Berrien devrait débuter sur la création d'un bureau européen des jeux populaires.