Le remembrement dans le Morbihan

02 mai 1974
03m 15s
Réf. 00870

Notice

Résumé :

Interrogés par Sylvie Andreu, réactions de habitants de Plumelec, dans le Morbihan, à propos du remembrement, auquel ils sont favorables.

Type de média :
Date de diffusion :
02 mai 1974
Source :
France Culture (Collection:/e"> Audio - Collection.id/3012/e"> Deux cents minutes pour comprendre )
Personnalité(s) :
Lieux :

Éclairage

Cet extrait audio peut sembler faire double-emploi avec le reportage vidéo consacré au même sujet (Region00257) dans la même commune qui, il est vrai, était considérée comme pilote puisque remembrée dès 1953. De plus, les deux extraits illustrent une perception optimiste des conséquences de cette réorganisation des terres.

Mais ici, le témoin interrogé fait appel à des arguments que nous n'avions pas encore entendu : le remembrement aurait favorisé le reboisement !

Rappelons d'abord que le remembrement est l'aménagement des structures d'exploitation afin de privilégier le regroupement des terres agricoles d'une même exploitation. La révolution fourragère, qui impliquait la réduction des coûts d'exploitation et l'usage des machines modernes, lui a donné une vraie urgence dans les années 50. Le bocage breton qui abritait des fermes aux petites parcelles dispersées a été particulièrement concerné.

Le témoin prend le contre-pied du point de vue le plus souvent entendu : par la suppression des haies et des talus le remembrement a transformé le paysage et a favorisé le déboisement. Lui rappelle l'ancienne présence de la « vaine pature ». Il s'agit d'un droit ancien qui permettait aux habitants d'une communauté de faire pâturer les bêtes sur des terres fraichement moissonnées et mises en gestion collective. Avec l'usage des terres communales - espaces communs qui appartenaient à la communauté – la vaine pature était pour les pauvres le moyen d'entretenir quelques bêtes. Le témoin confond peut-être vaine pâture et communaux mais quoiqu'il en soit, pour lui, le remembrement a permis la disparition de cette gestion anachronique puisque les nouveaux propriétaires ont défriché des hectares de landes pour reboiser. Ce point de vue ne peut concerner que les communes qui n'avaient pas été transformées par l'embocagement généralisé du XIXe et qui possèdaient encore au XXe de grands espaces de champs découverts.

Martine Cocaud – CERHIO – UHB Rennes 2

Martine Cocaud

Transcription

Journaliste 1
Voir, j’aimerais Sylvie Andreu qu’on retourne à ce petit village de Plumelec dont on a entendu le Maire tout à l’heure, pour essayer d’avoir vraiment une petite vision comme ça, bien vraie et pas trop générale.
Sylvie Andreu
Oui, paysage bouleversé pour certains, pour les gens des villes, pour les promeneurs solitaires que nous sommes le temps des vacances, pour les amis de la nature que nous sommes aussi. Paysage élargi, aéré, embelli pour d’autres, surtout pour les agriculteurs. Donc, le débat reste ouvert et je vous propose d’écouter là encore, les premiers intéressés de la question, les habitants d’une commune du Morbihan.
Intervenant 1
Il y a 50 ans, les gens, quand les amis, les soi-disant amis de la nature vous disent aujourd’hui que nous déboisons, c’est vrai et c’est faux. C’est vrai parce que nous abattons les talus. Il faut bien reconnaître que il y a 50 ans, les landes qui sont boisées aujourd’hui n’étaient boisées. Les gens, ils coupaient de la litière pour les bêtes, et les bêtes, c’était de la vaine pâture où les bêtes allaient paître ! Il y avait pas de bois, donc il y a 50 ans, il y avait beaucoup moins de bois qu’aujourd’hui.
Intervenant 2
C’était surtout des landes incultes. D’ailleurs, tout ce pays s’appelle les Landes de Lanvaux. C’était bien des landes et actuellement, ce ne sont plus des landes, ce sont des Bois de Lanvaux. Malheureusement, on a toujours les mêmes cartes d’Etat-major où on parle des Landes de Lanvaux mais ce ne sont plus des landes, tout est reboisé ou presque tout.
Intervenant 3
J’ai 75 ans, et tous les ans, je plante du feuillu. Cette année encore, j’ai planté du chêne. Je crois que après remembrement, il faut reboiser. Le reboisement rationnel est le complément d’un bon remembrement.
Sylvie Andreu
Si vous deviez décrire le paysage de votre campagne, de votre département, qu’est-ce que vous en diriez ? Qu’il est en pleine évolution, en plein bouleversement ?
Intervenant 3
Bouleversement non mais il y a une modification, évidemment. Mais on améliore souvent le paysage. Il m’est arrivé de voir dans beaucoup de villages, puisque depuis 20 ans, je fais des enquêtes dans le département, de voir dans des villages où l’horizon est bouché à 10 ou 15 mètres par un talus couvert de ronces ou d’épines, parce qu’il y a le jardin d’en face, appartient au voisin. Quand ça a été remembré et que le talus était emporté, ben l’horizon s’est complètement développé, complètement changé. C’est une amélioration.
Intervenant 2
Je peux vous dire que dans la commune de Plaudren, il existe un cadastre 1802, où les parcelles étaient très grandes et même plus grandes que ne le sont actuellement après remembrement. Cela provient que dans, dans les familles où il y avait 3, 4 enfants, et bien la, il n’y avait pas comme maintenant euh, une attribution à un seul membre de la famille moyennant une soulte aux autres, c’est que tous les enfants se partageaient la terre. On a donc diminué les exploitations et chacun ayant sa part, et bien, là on clôt ! Comme cela se fait encore attend…
Sylvie Andreu
Donc, en 1802, les talus n’apparaissent pas sur votre cadastre ?
Intervenant 2
Non, absolument pas, en 1802, les parcelles étaient aussi grandes que maintenant mais les propriétés étaient vraisemblablement plus grandes également. Mais alors, au fur et à mesure que les héritiers de ces familles-là, qui étaient propriétaires à l’époque, se sont partagés les terres, et bien, ils sont, ils ont enclôt leur terrain.