Les centrales nucléaires en Bretagne

19 octobre 2017
09m 21s
Réf. 00874

Notice

Résumé :

Retour sur les événements de Plogoff, 4 ans plus tôt : les habitants s'étaient révoltés contre le projet d'implantation d'une centrale nucléaire. Interview d'Amélie Kerloc'h, maire actuelle de la commune, de Raymond Marcellin, Président du Conseil Régional de Bretagne, de Jacques Le Monnier, directeur régional d'EDF, d'Yves Corre, adjoint au maire de Brennilis et Edmond Hervé, maire socialiste de Rennes, ancien Ministre de l'Énergie.

Type de média :
Date de diffusion :
16 décembre 1984
Source :
France Inter (Collection: Tabou )

Éclairage

C'est en 1962 qu'est construite la centrale nucléaire bretonne de Brennilis, région pauvre située au cœur des Monts d'Arrée. Elle sera productive à partir de 1969 et fermée en 1985.

Son installation n'a induit aucune difficulté, bien au contraire, car isolée à l'extrême Ouest, la Bretagne a exigé, par le biais du CELIB, que l'Etat lui donne les moyens de développer son économie.

Mais à la fin des années 70, le nucléaire ne fait plus l'unanimité, souvenons nous des mouvements qui ont accompagné les projets de Fessenheim et surtout celle de Creys-Malville en 1977

C'est pourtant dans ce contexte qu'en 1975, le Conseil Economique et Social et le Conseil Régional acceptent la construction d'une nouvelle centrale nucléaire en Bretagne. Ce devait être à Plogoff, tout près du très beau site de la pointe du Raz. En 1980, la commune voit rouge et manifeste sa colère à grands renforts de cloches... des militants anti-nucléaires viennent de toute l'Europe. Dans L'Ouest en mémoire, plusieurs extraits vidéos témoignent des affrontements avec les CRS puis de l'abandon du projet lorsque François Mitterand est élu Président de la République... (Region00078, Region00546, Region00554).

L'originalité de cet extrait est d'entremêler divers échos du conflit - cris des manifestants, la voix du ministre Marcellin, le témoignage du maire de l'époque Jean-Marie Kerloc'h - avec des interviews plus récentes, dont celle de représentant d'EDF. Les témoignages laissent largement le temps aux habitants de développer leurs divers points de vue.

Martine Cocaud – CERHIO – UHB Rennes 2

Martine Cocaud

Transcription

(Musique)
(Bruit)
Inconnu
Le premier barrage qu’on a fait, il y avait 1000 gardes mobiles, pourquoi, là ? Il y a eu un appel, on était là, tous les types que vous avez vus, il y a vieux, jeunes tout ça, on était là. On commençait à mettre des cailloux, des carcasses de voitures et tout ça, il y avait les communistes, il y avait les socialistes, il y avait des…
(Silence)
Inconnu
Ah oui, tout le monde hein !
(Silence)
Inconnu
Il y avait tout, tout Plogoff était là.
Henry Vincent
La Bretagne sans Plogoff !
(Bruit)
Amélie Kerloc’h
Tout n’est pas oublié à Plogoff, d’ailleurs, je vous dirais, on n’oubliera jamais.
Henry Vincent
Amélie Kerloc’h, maire de Plogoff.
Amélie Kerloc’h
Le calme est apparent mais dans nos cœurs, il y a toujours ce tumulte, et puis je pense que, bon ben on est toujours prêt à reprendre la lutte si besoin était.
(Bruit)
(Musique)
Henry Vincent
La Bretagne sans Plogoff, une enquête d’Henry Vincent.
(Bruit)
Raymond Marcellin
La malheureuse affaire de Plogoff où l’ordre public a été troublé effectivement mais beaucoup plus par les gens qui venaient de l’étranger que par les gens qui étaient sur place.
Henry Vincent
Raymond Marcellin, Président du Conseil Régional de Bretagne.
Raymond Marcellin
Fort heureusement jusqu’ici, ils n’ont jamais pris les armes d’abord, et puis deuxièmement, ce serait vraiment une provocation imbécile, je dirais, de vouloir réinstaller ça à Plogoff alors que ça n’a pas réussi. Si on avait été capable à cette époque-là de maintenir l’ordre public, comme on aurait dû le faire d’ailleurs, on aurait pu prendre ce site probablement. Mais dans la mesure même où le Conseil Municipal n’en voulait pas, pourquoi imposer à un Conseil Municipal et à un Maire une centrale nucléaire dont ils ne veulent pas.
(Musique)
(Bruit)
Henry Vincent
En Bretagne comme ailleurs mais surtout en Bretagne, le nucléaire, c’est d’abord un problème de communication. Amélie Kerloc’h.
Amélie Kerloc’h
Nous, nous avons été trompés, c’est pas 4 ans en arrière, il faut revenir à 74 et je ne vais pas vous faire un résumé de tout ce qui s’est passé à Plogoff. Mais voyons, nous étions trompés par le Gouvernement, par EDF, disons c’était une violation de domicile et à Plogoff, on n’a, on n’a jamais admis ça. Euh, nous n’avions pas calculé nos réactions, c’était au coup par coup, je ne sais pas où vous avez, vous avez été à Plogoff à ce moment-là. Et je ne peux plus, je ne peux plus vous expliquer comment on réagissait.
Henry Vincent
Ici, le nucléaire, c’est toujours un sujet tabou.
Amélie Kerloc’h
Ah oui, le nucléaire, bon disons euh, chez nous c’est encore une plaie. Une plaie ouverte et quand on reparle de nucléaire, on bondit littéralement.
Jacques Lemonnier
Je crois que en Bretagne, le problème de l’énergie reste un problème difficile à traiter parce qu’il suscite encore un certain nombre de passions.
Henry Vincent
Jacques Lemonnier, Directeur Régional de l’EDF.
Jacques Lemonnier
Alors ces passions sont-elles le résultat de, du malentendu de Plogoff, je suis fondé à le croire en partie. Et je crois que dans les mois et les années qui viennent, notre action principale, à nous hommes et femmes d’Electricité De France, ça va être finalement de nous rapprocher davantage de la population bretonne, à la fois pour mieux la comprendre et pour mieux nous faire comprendre.
Henry Vincent
Justement à ce propos, vous venez de lancer une étude, enfin vous avez lancé en 83 une étude qui a mobilisé des centaines et des centaines de personnes.
Jacques Lemonnier
Oui, alors nous avons lancé une étude pour connaître mieux notre image de marque auprès de différents publics bretons, et quand je parle de différents publics, c’est y compris des publics des pays bretons qui sont différents les uns des autres. Et de se connaître mieux quelles étaient leurs attentes, quelles étaient leurs aspirations. Nous avons une enquête effectivement extrêmement riche, que j’entends bien communiquer d’ailleurs aux médias. Et qui actuellement nous permet d’étudier quelles réponses nous pourrions apporter à la fois pour corriger notre image et également pour répondre mieux aux aspirations de nos clients bretons.
(Musique)
Henry Vincent
Problème de communication ou malentendu politique ? Yves le Corre, adjoint au maire de Brennilis fait le point.
Yves Le Corre
A cette époque-là, le PS disait non au nucléaire, c’était, qu’est-ce que vous voulez, c’est une tactique politique, je ne sais pas. Ils ont peut-être aussi des raisons. Donc, le Maire de Plogoff à l’époque était donc PS, et c’était non quoi. Mais je pense qu’on aurait dû faire voter la population au départ, et si la population disait non, c’était non, et si c’était oui, c’était oui. Il fallait être logique et non laisser casser.
Edmond Hervé
Nous étions contre le projet d’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff.
Henry Vincent
Edmond Hervé, Maire socialiste de Rennes, ancien Ministre de l’Energie.
Edmond Hervé
Nous n’avons jamais été contre le principe même du nucléaire, et quelquefois des confusions ont été faites entre ceux qui étaient hostiles à l’implantation d’une centrale à Plogoff et ceux qui étaient hostiles au principe même du nucléaire. Concernant la Bretagne, je crois également qu’il y a une erreur qu’il ne faut pas commettre, et je regrette qu’elle soit quelquefois commise. Il ne faut jamais penser une politique énergétique au niveau d’une région en séparant cette région des autres régions. En clair, on ne peut pas parler de suffisance ou d’autosuffisance ou d’insuffisance énergétique en Bretagne en estimant par exemple que la région de Bretagne doit se suffire énergétiquement. Ceci me semble une approche totalement fausse. Alors le problème qui se trouve poser aujourd’hui, il est très simple, il faut que nous produisions la meilleure énergie au meilleur coût. Voilà le problème et voilà l’objet des études qui se trouvent aujourd’hui commandées.
Henry Vincent
Et vous pensez qu’un jour, ce problème de l’énergie ne sera plus le sujet tabou pour les Bretons ?
Edmond Hervé
Ah, moi je suis convaincu que ce sujet-là ne sera plus un sujet tabou. La Bretagne, pour des raisons économiques, pour des raisons politiques, doit aussi participer à un certain nombre d’efforts. Et la question qui va se poser dans les 20 années qui viennent, pas dans les 5 années mais dans les 20 années qui viennent est la suivante : En quelle région et en quel lieu, si le besoin s’en fait sentir au niveau national, une centrale nucléaire doit-elle être implantée, pour des raisons de coût, pour des raisons, bien évidemment, de sécurité.
(Musique)
Henry Vincent
Malentendu politique ou malentendu tout court, l’EDF n’est pas encore arrivé à faire admettre son point de vue à des gens comme Amélie Kerloc’h.
Amélie Kerloc’h
Il y a des régions où on les demande. Bon, je ne peux pas moi intervenir chez ces gens-là mais justement, puisque cette énergie existe, pourquoi ne pas nous l’envoyer à nous ? On n’est pas pour l’autonomie de la Bretagne, on ne nous l’accepte pas non plus. Alors qu’on nous…