La désertification des campagnes en Mayenne

04 février 1987
03m 51s
Réf. 00115

Notice

Résumé :

La commune de Saint Charles la Forêt, confrontée à l'exode rural, a décidé de freiner cette évolution démographique en favorisant le maintien de l'activité économique et sociale au village. Un village vacances et un restaurant ont été ouverts.

Date de diffusion :
04 février 1987
Source :

Éclairage

A partir du milieu des années 1960, la Bretagne et ses départements voisins s'alignent sur le modèle français et on constate une nette augmentation du nombre d'individus travaillant dans les secteurs secondaire et tertiaire, au détriment du secteur primaire.

Si en 1962, la structure de la population active de l'Ouest est celle d'un pays traditionnel avec un important secteur primaire, entre 1968 et 1975, les régions de l'Ouest rompent avec le passé et tendent à devenir plus modernes. En 1986, le "tertiaire" domine, représentant même 60 % de la population active. Durant ces années, le taux d'activité féminin connaît également une forte croissance : des femmes viennent du milieu agricole et se dirigent vers les plus grands bassins d'emploi, tels que Rennes ou Nantes, qui leur offrent des niveaux d'emploi supérieurs à la moyenne. De la même manière, on constate une diminution de l'activité des plus jeunes qui rentrent plus tardivement dans la vie active, après avoir fait leurs études supérieures en ville. C'est le secteur tertiaire - majoritairement citadin - qui embauche un nombre croissant de personnes. L'industrie parait plus instable, extrêmement sensible aux fluctuations du marché et à la conjoncture économique. La croissance du secteur tertiaire breton a été supérieure à la moyenne nationale entre les années 1970 et 1990 : près de 50 000 emplois sont créés dans ce secteur entre 1981 et 1986 ; les assurances et les organismes financiers prolifèrent.

Même si les campagnes accueillent de jeunes retraités qui reviennent vers leur village d'origine, de plus en plus de ruraux se dirigent vers la ville pour chercher un emploi dans ces secteurs d'activité. Par conséquent dans les plus petites bourgades de l'Ouest, le déclin du commerce est patent : les petits commerces d'alimentation disparaissent et sont remplacés par des grandes surfaces, qui sont implantées dans des zones où le nombre d'habitants est relativement important. Conséquence de l'industrialisation puis de la tertiarisation de l'économie, le taux d'urbanisation dans l'Ouest a dépassé 50 % depuis 1968, atteignant les 58,79 % en 1982. Pour répondre à ce dynamisme urbain et afin de ne pas laisser cependant dépérir les petits villages de France, plusieurs politiques d'aménagements furent créées, largement plus nombreuses et mieux pensées que les différentes décisions prises dans les années 1980.

Fabien Lostec

Transcription

(Musique)
Aissaoui Said
L'exode rurale, un problème vieux comme l'industrialisation du pays et qui n'a toujours pas trouvé de solution. Il y a quelques jours, Georges Chavannes, le secrétaire d'état au commerce et à l'artisanat, décidait pour freiner la désertification des campagnes d'aider les commerçants ruraux à se maintenir en activité face à l'écrasante domination des hyper surfaces et autres géants de la distribution. Nous sommes ici à Saint-Charles-la-Forêt, un petit bourg de Mayenne, qui reste en vie grâce à la détermination et l'imagination de ses administrés. Un exemple sans doute à méditer.
Patrick Millérioux
Irrémédiablement, les gens quittent la campagne, en Mayenne, comme ailleurs en France. Saint-Charles-la-Fôret, une petite bourgade qui ne peut même plus se prévaloir du titre de village avec ses 9 habitants dans le bourg, 120 au total sur la commune. Pourtant Saint-Charles a connu son heure de gloire avec son fameux concours de 17, un jeu de cartes qui faisait courir les amateurs d'un peu partout et qui a rempli les caisses de la commune.
(Silence)
Patrick Millérioux
Depuis quelques années, l'école a du fermer ses portes. Comment faire autrement, il n'y a plus d'enfants ? Et puis Pierre Cornier, l'instituteur qui est aussi le maire et l'animateur de la commune, a pris sa retraite. Aujourd'hui, il passe le plus clair de son temps, ici, dans sa mairie où à force de trouvailles et d'ingéniosité, il essaie de maintenir la ville en activité en gérant les équipements qu'a permis d'acquérir l'argent tiré des tournois de cartes. Piscine, bungalow, tennis, salle des fêtes, plan d'eau, tout cela dort l'hiver mais revit l'été. L'escapade, un restaurant loué par la mairie à un jeune, Didier Le Breton, qui à contre-courant revient de la ville pour s'installer à la campagne et ces 3 mois d'activité l'incitent à l'optimisme.
(Silence)
Didier Lebreton
En sachant, je pense, que c'est le fait du prix modeste de l'installation, que j'ai racheté en liquidation judiciaire et qui m'a permis de démarrer très très rapidement avec peu de fond.
Patrick Millérioux
Et maintenant, vous espérez quoi ?
Didier Lebreton
Maintenant, j'espère faire tourner la chose au maximum, monter l'affaire au maximum.
Patrick Millérioux
Est-ce que vous croyez que c'est possible sur une commune de 120 habitants ?
Didier Lebreton
Oui, je pense que c'est très possible, on amène les gens où on veut par le produit qu'on leur fournit.
Patrick Millérioux
C'est-à-dire ?
Didier Lebreton
La qualité, le rapport qualité-prix surtout, ça dépend de la qualité, moi je travaille surtout la viande de boeuf, à la braise et j'amène des gens à Saint-Charles-la-Forêt.
Patrick Millérioux
Comment vous voyez la campagne dans 20 ans ?
Pierre Corgnet
Un peu plus dépeuplé que maintenant, un peu moins de cultivateurs.
Patrick Millérioux
Morte ?
Pierre Corgnet
Pas complètement, non. Non, si on fait comme à Saint-Charles, on essaie de créer quand même de l'animation. Parce que maintenant, je vois d'accord, ça fonctionne en mai, juin, juillet, août. Mais tout de même dans le reste de l'année, je vois, il y a beaucoup de monde. Les gens viennent quand même. Pas complètement morte, non.
Patrick Millérioux
A quelques kilomètres de là, le Buret, un autre village qui lutte contre le vieillissement et l'abandon. La moyenne d'âge est très élevée et les personnes âgées consomment moins que les jeunes. Avec la disparition du travail, sauf comme ici dans le domaine agricole, le petit commerce meurt peu à peu. Comment ça se fait qu'y a plus de monde ?
Mme Mermenier
Mais mon pauvre monsieur, qu'est-ce que voulez, ça se dépeuple, c'est normal.
Patrick Millérioux
Pourquoi ?
Mme Mermenier
Parce que c'est plus que des anciens, les jeunes s'en vont, c'est pour ça, oui, oui.
Patrick Millérioux
Mais y a rien qui les retient ici...
Mme Mermenier
Quoi ?
Patrick Millérioux
Je sais pas.
Mme Mermenier
Vous voyez pas comme c'est triste.
(Musique)