Parcours thématique

La Bretagne dans la guerre

Fabien Lostec et François Lambert

Introduction

" Les passions, en Bretagne, sont fortes. Il a fallu des années pour cicatriser, vaille que vaille, les blessures de l'Occupation ". Par ces quelques mots de Pierre-Jakez Hélias, voici résumé le sentiment dominant dans la région de longues années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour autant, toutes les cicatrices sont-elles refermées aujourd'hui ? De 1939 à 1945, la Bretagne est occupée pour la première fois de son histoire depuis son rattachement à la France. Région stratégique par sa situation maritime à la pointe occidentale du continent et pierre angulaire de la zone côtière du Nord-Ouest du pays, la Bretagne est soumise à une occupation incontestablement plus pesante que dans beaucoup d'autres régions. Plus l'on se rapproche du littoral, plus les troupes d'occupation sont denses, attachées à la surveillance des côtes mais aussi à la construction du mur de l'Atlantique à partir de 1942.

De plus, l'intérêt militaire de la région pour les Alliés et la Résistance est incontestable, étant à la fois un point de débarquement pour les agents de la France Libre et de l'Intelligence Service et une région abritant de nombreux réseaux d'évasion d'aviateurs alliés. S'il convient bien entendu d'intégrer le plus grand compte de ces particularités dans l'étude de la Bretagne sous domination allemande, il est également nécessaire de mettre en avant un certain nombre de caractéristiques qui inaluencent son destin durant les " années noires " et qui sont perceptibles dès les années 1930. Tout d'abord, les conséquences de la Grande Guerre. Les nombreuses pertes en hommes dues au premier conflit mondial expliquent en effet la diminution du nombre de naissances qui provoque une stagnation de la population durant l'entre-deux-guerres. A cette époque, la région vit au rythme des activités du monde rural. Composée de petites exploitations peu dynamiques, l'agriculture emploie en effet plus de la moitié de la population active. A l'image de l'agriculture, l'industrie est peu modernisée. Si la province ne reste pas à l'écart du progrès, seules l'agro-alimentaire, la pêche et la construction navale reflètent un dynamisme endogène. Dès lors, le tourisme est le principal vecteur de modernisation depuis la création des congés payés en 1936. Chaque été, la Bretagne accueille des centaines de milliers de vacanciers, ce qui nécessite la construction de nombreux équipements. En fait, la société bretonne hésite entre archaïsme et modernité, comme en témoigne également le sentiment religieux. Car si l'Eglise continue d'encadrer solidement la société, les prémices d'une déchristianisation se ressentent dans les ports et l'intérieur de la région.

Conformément à sa situation économique, sociale et culturelle, la Bretagne des années 1930 vote massivement à droite, à l'exception notable de quelques pays tels le Trégor ou la Haute-Cornouaille. En 1936, le Front Populaire est rejeté lors des élections législatives et ce, malgré la bonne structuration des partis de gauche. Bien implanté chez les cheminots, les marins, les dockers ou encore les salariés de grandes entreprises, le PCF est a contrario pratiquement absent dans le monde rural. Logiquement, la syndicalisation est très forte dans les arsenaux, les ports, les entreprises métallurgiques, mais aussi dans l'industrie de la chaussure. Les campagnes ne sont pas en reste mais se démarquent avec un syndicalisme refusant la lutte des classes et rassemblant grands propriétaires et petits exploitants. Région de contrastes à la veille de la Seconde Guerre mondiale, qu'en est-il de la Bretagne durant l'Occupation ?

La Bretagne dans la guerre : une région stratégique

La guerre se déclenche le 1er septembre 1939. Comme le reste du pays, la Bretagne est touchée par l'ordre de mobilisation générale. L'inquiétude est grande et les souvenirs de la Grande Guerre ressurgissent. Entre les plus jeunes poilus qui sont à nouveau envoyés au front et les fils des Anciens Combattants, la mobilisation est résignée. Dans la Sarre, théâtre des premières opérations militaires, la 21e DI, habituellement cantonnée en Bretagne, est en première ligne. Mais c'est surtout la Marine qui compte un grand nombre de bretons. Ceux-ci participent notamment à la campagne de Norvège qui vise à couper l'approvisionnement du Reich en minerai de fer. Mais la France applique une stratégie défensive et, jusqu'en mai 1940, pratique une " drôle de guerre " puisque aucune opération ou presque n'a lieu sur le front franco-allemand. Le période est si calme qu'en novembre 1939, le président de l'Union Nationale des Combattants de Lorient demande et obtient des binious et des bombardes pour distraire les soldats.

Loin du front, les Bretons restés au " pays " s'installent dans l'attente. Mais, pensant qu'une nouvelle guerre contre l'Allemagne se déroulerait selon les mêmes schémas qu'en 14-18, les pouvoirs publics préfèrent évacuer le nord et l'est de la France. Dès septembre 1939, une première vague d'exilés arrive donc dans la région. Ils sont notamment plus de 125 000 dans les Côtes-du-Nord. La première conséquence de cet exode est un bouleversement du peuplement des communes bretonnes, surtout dans les villes et les stations balnéaires. La seconde n'est autre qu'une migration des portefeuilles, accélérant l'augmentation des prix commencée en 1936. A l'inverse des citadins déjà touchés par l'inalation, les producteurs ne se plaignent pas de cette situation. En définitive, de septembre 1939 à mai 1940, les effets de la guerre désorganisent quelque peu la vie quotidienne mais l'adaptation se fait sans dommage majeur.

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes déclenchent la " guerre-éclair ". En six semaines, l'armée française est mise en déroute et l'armistice demandé. Contrairement au premier exode, celui qui se déclenche ici est bien plus massif. En l'espace de dix jours, du 10 au 20 juin, le Morbihan reçoit plus de 130 000 personnes, ce qui pose immédiatement des problèmes de ravitaillement, de logement et de soins médicaux. Le ravitaillement alimentaire s'organise toutefois comme à Rennes où 26 000 repas par jour sont servis pendant les trois semaines les plus chargées de l'exode. Un effort important est également fait pour le logement. Des maisons de particuliers, des salles de classe ou de cinéma sont mises à disposition, des baraques sont construites comme à Hennebont. Mais les installations sont souvent par trop sommaires et l'assistance médicale insuffisante. Quand les femmes et les enfants forment la majorité des cohortes de réfugiés, le tiers des arrivants provient de la région parisienne. Ils bénéficient d'attaches familiales et espèrent profiter d'une région supposée riche en ravitaillement. Les réfugiés représentent alors le quart de la population bretonne – plus de 750 000 personnes, inégalement répartis cependant. Les nœuds ferroviaires ou les stations balnéaires sont une nouvelle fois très prisés. Enfin, ces réfugiés exercent une forte pression économique qui se manifeste notamment par l'augmentation du prix des locations ou celle des tirages de journaux. C'est dans ce climat que le général de Gaulle, alors sous-secrétaire d'Etat à la Guerre, se rend à Rennes le 12 juin 1940 où il préside une conférence visant à l'organisation éventuelle d'une ligne de défense armoricaine. Mais on prévoit alors trois mois de travail et la mobilisation de 25 000 ouvriers. Le projet est très vite abandonné. A partir d'août 1940, les réfugiés sont autorisés à rentrer chez eux par vagues successives. De plus de 150 000 au 15 juillet 1940, le Morbihan passe à 7200 réfugiés le 30 septembre. Tout au long de cet exil, les réfugiés se sont montrés sensibles à la moindre rumeur et ont entretenu un climat d'inquiétude qui n'a cependant pas empêché les premiers départs vers l'Angleterre afin de fuir puis résister à l'occupant.

Le 17 juin 1940, la Wehrmacht pénètre en Bretagne par la ville de Fougères. Le 18, elle est à Rennes, le lendemain à Brest. A la veille de l'armistice, toute la Bretagne est occupée. Des bombardements ont précédé l'arrivée de l'infanterie allemande, comme celui qui touche le quartier de la gare rennaise le 17 juin 1940. Entre 1600 et 2000 personnes sont tuées sans compter les nombreux blessés. Par la suite, l'administration militaire allemande s'installe tranquillement. Alors que les Feldkommandanturen remplacent les préfectures et les Kreiskommandanturen chassent les sous-préfectures, la Kriegsmarine prend possession des ports de Saint-Nazaire, Lorient et Brest, bases hyper stratégiques dans la bataille de l'Atlantique et le projet d'invasion du Royaume-Uni. Durant les premiers jours d'occupation, la Wehrmacht est décrite par l'administration française sous tutelle allemande comme une armée " korrekt ". Mais cette façade ne doit pas masquer la réalité qui voit les Allemands annoncer par voie de presse et d'affiches des condamnations à mort de résistants et des exécutions d'otages. Le 12 septembre, le mécanicien Marcel Brossier est le premier fusillé en Ille-et-Vilaine, pour sabotage.

Parallèlement à l'installation des troupes allemandes, des milliers de bretons mobilisés sont faits prisonniers. D'abord regroupés dans les camps situés sur le front (les Frontstalag) à Quimper, Rennes ou Savenay, ils sont progressivement dirigés vers l'Allemagne après l'été 1940. Les prisonniers sont alors divisés entre Oflags (pour les officiers) et Stalags (pour les sous-officiers et les soldats). Dans les Côtes-du-Nord, les prisonniers représentent environ 10% de la population active masculine (environ 27 000 prisonniers sur 60 000 mobilisés). Ils sont environ 30 000 en Ille-et-Vilaine et dans le Finistère, 35 000 dans le Morbihan et 15 000 en Loire-Inférieure. Au total, les prisonniers bretons peuvent être estimés à environ 137 000 hommes.

 François-Louis Le Berre raconte les tentatives d'évasions

François-Louis Le Berre raconte les tentatives d'évasions

François-Louis Le Berre, officier fait prisonnier en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, raconte comment se déroulaient les tentatives d'évasion du camp, quels étaient les risques et les punitions pour ceux, nombreux, qui étaient découverts.

01 oct 1989
02m 41s
Fiche (00552)

Malgré son éloignement de la frontière franco-allemande, la Bretagne fut donc très rapidement occupée, provoquant la surprise et le désarroi de la population. A cause de sa situation stratégique, elle est l'objet de toute l'attention des occupants, comme en témoigne la forte densité des troupes allemandes ou encore la création d'une zone côtière interdite. Stratégique, la région l'est également pour des raisons économiques.

La mobilisation de septembre 1939 puis la débâcle de 1940 désorganisent fortement l'économie bretonne. De nombreuses usines ferment et le chômage augmente. La division de la France par les Allemands provoque également la perturbation des courants commerciaux traditionnels. Le trafic portuaire s'effondre et la pêche est fortement limitée par l'occupant, surtout à la suite des premières évasions s'effectuant à partir de la côte nord de la région. Les Allemands débutent alors un véritable pillage de l'économie bretonne. Dès l'été 1940, ils ordonnent de recenser toutes les entreprises afin d'en évaluer le potentiel. A cet instant, beaucoup de PME et d'entreprises familiales sont frappées par la crise. Toutefois, certaines profitent du train de vie et des commandes de guerre de l'occupant, à l'instar des usines métallurgiques Tanvez à Guingamp. Les Allemands font également flamber les prix grâce à un mark très surévalué. Comme le reste du pays, la Bretagne connaît une pénurie de charbon dès le début de l'Occupation. Les livraisons qui arrivaient d'Angleterre et du Nord-Pas-de-Calais s'interrompent et les stocks diminuent à vue d'œil. Les usines, les artisans et les familles sont durement frappés. Dans les Côtes-du-Nord par exemple, sur les quatre années d'occupation, les livraisons de charbon ne dépassent que quatre fois le contingent mensuel fixé à 4000 puis 3000 tonnes. Si la situation économique ne cesse de se dégrader tout au long de la guerre, le chômage qui sévissait au début de l'Occupation a pu être résorbé par les chantiers allemands dans certains départements. A peine la région occupée, les vainqueurs décident en effet de construire des bases sous-marines, de fortifier les ports de guerre et d'agrandir les aérodromes.

 Les Allemands contribuent au redressement du pays

Les Allemands contribuent au redressement du pays

Les Allemands interviennent sur les zones sinistrées par les bombardements anglais, notamment à Lorient, incendiée. L'organisation allemande prend en charge la reconstruction du pays et, selon le commentateur, "contribue au relèvement de la France".

07 aoû 1940
01m 53s
Fiche (00200)

Les patrons et les agriculteurs bretons dénoncent les salaires pratiqués par les Allemands sur ces chantiers qui peuvent être jusqu'à trois fois supérieurs à ceux pratiqués avant la guerre. La Wehrmacht devient alors le premier employeur dans la région, créant, dès le printemps 1941, une pénurie de main-d'œuvre masculine et féminine, Vichy échouant à renvoyer les femmes mariées dans leur foyer. Ainsi, à l'été 1941, il ne reste que 48 chômeurs déclarés dans les Côtes-du-Nord. Partout en Bretagne, le secteur des " travaux publics " a une activité impressionnante, surtout à partir d'août 1942, lorsqu'Hitler décide de construire le Mur de l'Atlantique. L'Organisation Todt demande alors toujours plus d'ouvriers.

 Défense de la côte de la Manche

Défense de la côte de la Manche

Des contingents de soldats allemands, venus du front de l'Est, se sont installés sur les côtes de la Manche. Un dispositif de protection côtière a ainsi été déployé, afin de contrer toute tentative anglo-américaine de débarquement.

07 aoû 1942
03m 55s
Fiche (00479)

Reste que l'économie régionale est grandement perturbée car, pour répondre à leurs attentes toujours plus importantes, les Allemands commencent à prélever par la force des hommes et des matières premières. Cette volonté de disposer d'un nombre d'ouvriers toujours plus important entre clairement en contradiction avec la volonté d'attirer des volontaires en Allemagne. De 40 à 80 travailleurs volontaires sont partis entre 1940 et la fin août 1942 dans les Côtes-du-Nord, environ 190 dans le Morbihan et 320 en Ille-et-Vilaine. Qu'il s'agisse de la Relève (été-fin 1942) ou des opérations Sauckel – la première opération date de septembre 1942 et la seconde de janvier 1943, les difficultés sont donc énormes pour envoyer de jeunes Bretons en Allemagne. Avec l'instauration du STO en février 1943, l'embauche locale connaît un certain regain, les jeunes cherchant à éviter l'envoi en Allemagne. Mais cette politique de prélèvement massif qui participe nettement au basculement de l'opinion en faveur de la Résistance est un échec et oblige les Allemands à traquer les réfractaires, soit les 4/5 des convoqués. Le 9 avril 1944, 200 personnes sont arrêtées et transférées à Saint-Brieuc. Certaines sont envoyées à l'Organisation Todt quand 28 autres sont dirigés vers l'Allemagne. L'efficacité de ces rafles étant limitée, l'occupant décrète bien souvent la mise à disposition de tous les hommes valides, sans plus de succès.

La vie quotidienne sous l'Occupation

Pendant quatre ans, la forte densité militaire allemande en Bretagne modifie le mode de vie des civils. L'aviation britannique, rejointe en 1942 par l'aviation américaine, bombarde les installations vitales pour l'armée allemande (voies de communication, garnisons, bases sous-marines, instruments de défense) et prouve que les dangers viennent également du ciel pour les Bretons durant cette période.

 Remerciements du Capitaine Goering

Remerciements du Capitaine Goering

Sur la demande du Maréchal Goering, une cérémonie présidée par son neveu le Capitaine Goering est organisée à Vannes en l'honneur de deux morbihannaises qui ont sauvé quatre aviateurs allemands de la mort.

02 jan 1942
34s
Fiche (00478)

Durant l'Occupation, les Bretons sont obsédés par l'accomplissement d'actes a priori banaux en temps de paix : se nourrir, se vêtir, se chauffer ou encore se déplacer. Résultat des difficultés économiques nées de la défaite et de l'Occupation, le rationnement est instauré durablement dès l'automne 1940. Les rations alimentaires ne cessent alors de diminuer sur le marché officiel. Par exemple, la ration en viande passe en moyenne de 360 g à 120 g en 1943. Nettement moins pesantes en zone rurale que dans les grands centres urbains, les restrictions et les pénuries alimentaires sont dans tous les cas mal supportées par les populations. En temps de paix, la Bretagne est en effet une région agricole exportatrice. Mais la guerre et l'Occupation de la région provoquent d'une part l'absence d'hommes prisonniers en Allemagne, d'autre part la mise en place d'imposition sur les produits agricoles. Ces réquisitions à destination des régions les moins agricoles de France, de l'Allemagne et des occupants sont menées par le service du Ravitaillement Général créé pour l'occasion par le régime de Vichy. Ces impositions sont de fait rarement recouvertes par des agriculteurs en difficultés ou préférant vendre leurs marchandises à un meilleur prix sur le marché noir.

L'État français, par l'intermédiaire de ses œuvres sociales, s'efforce alors de soulager les difficultés quotidiennes, notamment alimentaires, des populations confrontées à une flambée continue des prix. Le Secours national, organisme chargé d'apporter de l'aide aux populations victimes de la guerre, est ainsi placé en 1940 sous la haute autorité du maréchal Pétain.

 Collecte d'oeufs dans les Côtes du Nord

Collecte d'oeufs dans les Côtes du Nord

A l'occasion de Pâques, une collecte d'œufs a été organisée par le Secours National, au profit des enfants de prisonniers et des sinistrés. Les écoliers des Côtes du Nord se sont mobilisés. Ils ont ainsi ramassé dans les fermes 500 000 œufs.

30 avr 1943
53s
Fiche (00480)

La propagande développée par l'État Français tente en vain de montrer l'efficacité des collectes de produits agricoles, notamment des œufs. Tout du moins, cette séquence de " France Actualités " datée d'avril 1943 montre la générosité et la solidarité des paysans bretons à l'égard des enfants de prisonniers et sinistrés. Mêlant compassion et humour, le journaliste en accord avec le discours officiel de Vichy développe ainsi l'image d'un monde rural breton idyllique regorgeant de denrées au service de la population citadine française. La réalité est toute autre : dès la fin de l'année 1940, les collectes en produits agricoles sont très difficiles dans la région. L'administration française, chargée du ravitaillement, est inefficace pour approvisionner convenablement le marché officiel et enrayer le marché noir. En 1943-1944, certaines communes du sud-ouest des Côtes-du-Nord boycottent même les réquisitions exigées par l'administration de Vichy. Un esprit de résistance se développe et contraint les occupants à prendre en charge la répression face aux producteurs défaillants. Pour survivre, les ménages bretons pratiquent le marché "gris" c'est-à-dire des achats sous le manteau pour leur consommation familiale. La pénurie n'est pas limitée à l'alimentation. Tous les domaines de la consommation et de la production sont concernés : les vêtements, le charbon et le carburant sont rares, les coupures d'électricité sont quotidiennes. Consommateurs et producteurs sont donc concernés par de multiples difficultés, nées des impositions allemandes.

La présence quotidienne et massive des vainqueurs dans les villes et dans un certain nombre de bourgs bretons modifie en profondeur la vie des populations. A partir de 1940, l'espace et le temps sont sous la tutelle allemande : personne ne peut échapper à la présence physique des soldats allemands, les horloges marquent l'heure allemande - en avance d'une heure sur l'heure française -, les populations doivent respecter un couvre feu alourdi au moindre incident, des laissez-passer - les fameux Ausweis - sont indispensables pour circuler et une zone interdite, large d'une dizaine de kilomètres le long du littoral, est instaurée. Ces entraves n'empêchent pas la pratique de loisirs (sport, théâtre, cinéma...) en Bretagne occupée. Malgré la censure pratiquée par l'État français, l'affluence dans les cinémas et théâtres bretons reste en effet très forte, à l'exception des séances projetant des films de propagande allemande. Les salles de cinéma et le théâtre permettent d'oublier durant quelques heures la guerre et permettent aussi de se réchauffer en hiver. Instrument de la Révolution nationale et du régime nazi, la pratique sportive augmente sous l'Occupation. Dès 1940, les municipalités bretonnes bénéficient ainsi des rares subventions de l'État pour s'équiper en matériel sportif. Le football, le cross-country, l'athlétisme et le cyclisme sont les sports les plus en vogue durant ces années. Au-delà de la propagande gouvernementale, ce regain de l'activité sportive semble bien plus s'expliquer par une volonté de se distraire et de s'extraire provisoirement d'un présent difficile. Par ailleurs, les bals nocturnes prouvent que la législation de Vichy n'explique pas tout en matière de loisirs : interdits par la loi de 1940, ils sont innombrables dans la région tout au long de l'Occupation.

À partir de 1942, au-delà des difficultés quotidiennes déjà évoquées, l'insécurité pour les populations civiles bretonnes s'accroît sur tous les plans. Cette insécurité est tout d'abord entretenue par l'occupant : l'essor des actions de la Résistance provoque un durcissement de la répression allemande à l'égard des opposants. En représailles aux actions menées contre l'armée allemande, les civils sont alors des cibles de choix (pillage des propriétés, emprisonnements, viols et exécutions). Au-delà de l'opposition occupants-résistants, l'activisme de ces derniers provoque aussi une augmentation des accrochages entre les maquisards et les populations locales. Les collaborateurs, certains membres des forces de l'ordre, certains commerçants et paysans enrichis sont ainsi dans la ligne de mire des résistants. Une autre source d'inquiétude pour les civils réside dans les bombardements aériens alliés. En effet, à partir du printemps 1943, les Alliés augmentent fortement la cadence des raids aériens en France. Si les bombardements dans les régions françaises de l'intérieur sont ponctuels, ils prennent une ampleur considérable dans les régions côtières de la Manche.

 Rennes après le bombardement

Rennes après le bombardement

La ville de Rennes, en deuil, rend hommage aux victimes du bombardement dévastateur de l'aviation américaine. Le ministre Pierre Cathala, représentant du gouvernement, prononce un discours dans lequel il apporte son soutien à la ville et aux Rennais.

08 mar 1943
02m 43s
Fiche (00201)

Les Malouins connaissent ainsi les premières alertes de bombardements alliés en 1942. En mars et mai 1943, ce sont les infrastructures ferroviaires et les installations militaires de Rennes qui sont visées par l'aviation alliée. En mars 1943, les bombes alliées entraînent de nombreuses destructions dans le quartier de la gare et la rue Saint-Hélier, faisant plusieurs centaines de victimes, dont de nombreux enfants présents sur le Champ-de-Mars où se tient alors une fête foraine. La même année, les habitants de Lorient et Saint-Nazaire sont évacués tandis que les villes sont durement pilonnées par l'aviation alliée sans qu'elle réussisse à détruire les bases sous-marines allemandes. En septembre 1943 suite à plusieurs bombardements sur la cité nantaise, on compte 1463 tués et environ 2500 blessés. Malgré la propagande vichyste menée contre les alliés et la violence des bombardements anglo-américains, l'opinion bretonne ne bascule pas du côté des occupants et des collaborateurs. Nonobstant le désespoir, les traumatismes ainsi que les pertes humaines et matérielles, ces raids aériens sont pour la plupart le signe de la supériorité militaire des Alliés et d'une libération future. En 1944, les bombardements en Bretagne se poursuivent et s'intensifient, faisant des centaines de victimes. L'état d'esprit de la population civile dans la région est alors partagé entre un soutien aux Alliés et à la Résistance et l'angoisse des difficultés quotidiennes et des combats à venir.

Une Bretagne allemande ? La collaboration

Si le gouvernement de Vichy n'a autorisé aucun parti politique, l'administration allemande souscrit à l'existence de ceux et celles qui sont favorables à la Collaboration. En Bretagne, le plus dynamique et le plus important de ces partis collaborationnistes n'est autre que le Parti National Breton (PNB). Dissous à la veille de la guerre, ce dernier est reconstitué au début de l'Occupation. Il se situe à l'extrême-droite du mouvement breton et compte entre 200 et 300 militants à la fin de l'année 1940, entre 1200 et 2000 adhérents une année plus tard. Même s'il convient de noter que certains membres du PNB ont refusé toute collaboration et ont même gagné la Résistance, le plus grand nombre était en adéquation avec les thèses collaborationnistes. En 1940, de retour d'Allemagne, Olier Mordrel et François Debauvais pensent pouvoir proclamer l'indépendance de le Bretagne et créer un Etat national inspiré du national-socialisme. Mais les propositions formulées par le PNB sont rejetées par Von Ribbentrop qui reste prudent au lendemain de l'entrevue de Montoire du 24 octobre 1940 : Vichy a l'appui d'Hitler et il est alors préférable de contrôler totalement la Bretagne. Quelques temps plus tard, Olier Mordrel démissionne et est remplacé par Raymond Delaporte, un militant indépendantiste catholique, plus modéré. Dès son arrivée à la tête du PNB, Delaporte se montre beaucoup plus ouvert à l'égard du gouvernement de Vichy. Pour autant, le pronazisme s'exprime toujours davantage au cœur du mouvement, à l'image de Morvan Marchal et de sa revue Nemeton, ouvertement antisémite et en totale adéquation avec le projet d' "Europe nouvelle" souhaité par Hitler. Dans cette lignée, une poignée de jeunes fanatiques de la "foi celtique" suivent Célestin Lainé, qui fonde en décembre 1943 la Bezen Perrot, du nom de l'abbé de Scrignac assassiné par le maquis. Cette milice a pour objectif de préparer la future armée bretonne, qui serait indépendante au sein de l'Europe nazie. Les hommes de la Bezen Perrot (80 hommes maximum) sont vêtus de la tenue des Waffen SS à partir de mars 1944 et vont jusqu'au bout d'un collaborationnisme militaire avec le IIIe Reich, notamment dans leur lutte contre les maquis bretons. Cependant, les Allemands constatent que la propagande des nationalistes n'a qu'un faible écho dans la province, et ce d'autant que le mouvement est condamné par l'Eglise.

Les partis collaborationnistes au rayonnement national sont également présents en Bretagne. Leurs principaux ennemis sont les démocraties anglo-saxonnes, les communistes, les juifs et les francs-maçons qui, selon-eux, demeurent insuffisamment attaqués par Vichy. Soutiens de l' "Ordre nouveau", ils sont tous immédiatement rejetés par la population et demeurent à l'état groupusculaire dans la région. En 1942, le préfet des Côtes-du-Nord constate que l' "immense majorité de la population continue à se désintéresser des nouveaux partis, bien que ceux-ci s'efforcent d'intensifier leur propagande". En réalité, certains d'entre eux ne sont pas "nouveaux". Ainsi le francisme, fondé en septembre 1933 par Marcel Bucard, et le Parti Populaire Français de Jacques Doriot, né en juin 1936.

En juin 1936, le francisme est réduit à la clandestinité, toutes les ligues et tous les groupements d'extrême-droite ayant été dissous. Le parti franciste créé en 1941 est donc l'ultime avatar de ce mouvement dont l'idéologie est calquée sur celle de l'Italie fasciste. À son apogée, le parti compte environ 8000 adhérents dans toute la France. En Bretagne, il ne réussit pas réellement à s'imposer. Ses membres sont une centaine dans le Morbihan, une soixantaine en Ille-et-Vilaine et un peu plus de dix dans les Côtes-du-Nord. Au fil des années d'Occupation, la formation de Marcel Bucard recrute de plus en plus parmi la petite bourgeoisie, les manœuvres, voire les déclassés.

Le PPF est quant à lui profondément antisoviétique, anticommuniste et antisémite. Troublé par le pacte de non-agression germano-soviétique du mois d'août 1939, il faut attendre quelques mois avant de ressentir une certaine activité de sa part en Bretagne. A titre d'exemple, la section des Côtes-du-Nord ne réapparaît qu'en juin 1941, simultanément à l'attaque de l'URSS par l'Allemagne. Les lignes paraissant alors plus claires, toute la verve doriotiste peut à nouveau se répandre. Très structuré, le parti s'appuie largement sur ses militants d'avant-guerre mais fait également des efforts pour créer de nouvelles sections. Cette ouverture s'effectue surtout en direction des classes populaires, principal vivier du parti. Le PPF compte une soixantaine de membres dans le Finistère et 50 dans les Côtes-du-Nord à l'été 1943. Quelques mois plus tard, miné par les divisons internes, le parti implose. Enfin, en Ille-et-Vilaine, le PPF est surtout présent à Saint-Malo. Très active, la section malouine organise la venue de Doriot à Rennes le 19 avril 1942. Le théâtre de la ville est rempli et de 4 à 5000 personnes sont présentes sur la place de la Mairie afin d'entendre la retransmission du discours du chef du parti. Ils sont donc aussi nombreux à assister à l'attentat organisé par l'OS (Organisation Spéciale de Combat) et les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français). Doriot en sort indemne et après sa visite, une section est même créée à Rennes. Quelques mois plus tard, le PPF d'Ille-et-Vilaine est seulement composé d'une soixantaine de membres mais joue un rôle important dans la collaboration. Ses membres, comme ceux des autres départements, provoquent en effet de nombreuses arrestations de juifs ou encore de résistants, faisant ainsi du PPF une véritable police supplétive.

Parallèlement à ces mouvements, des partis sont créés sous l'Occupation. Parmi eux figure le Mouvement Social Révolutionnaire ou MSR créé en 1940 par Eugène Deloncle, un ancien cagoulard. Le mouvement est relativement faible en Bretagne. Par contre, le Rassemblement National Populaire (RNP), créé à Paris par Marcel Déat en février 1941, séduit davantage de bretons. Des sections s'implantent dans la région comme celle de Saint-Brieuc qui rassemble quelque 68 membres. Dans le Finistère, le RNP compte même 300 adhérents à son apogée, en 1941. Mais par la suite, le parti a bien du mal à les conserver. Le MSR et le RNP souhaitent être à la base d'un parti fasciste unique à l'image de ce qui se fait dans les dictatures voisines, mais cette idée se heurte à l'opposition de Vichy et n'est pas soutenue par les Allemands, qui profitent au maximum de la division qui règne dans les milieux collaborationnistes. En octobre 1941, la rupture est même consommée au niveau national entre Déat et Deloncle. La section briochine du RNP est absorbée par celle du MSR et, un an plus tard, qu'il s'agisse des Côtes-du-Nord ou de l'Ille-et-Vilaine, les adhérents de ce parti trop inactif finissent par rejoindre le parti de Jacques Doriot. Comme on peut le constater, la concurrence est extrêmement rude entre des partis qui se battent pour un nombre de militants très réduit.

Enfin, le groupe Collaboration, créé en 1940 par Alphonse de Châteaubriant, souhaite s'étendre à tous les grands secteurs intellectuels, artistiques, scientifiques ou encore économiques. De plus en plus officieux au fil des années, il se situe, d'après les mots d'Yves Durand, "à la charnière du pétainisme et du collaborationnisme". En Bretagne, son inaluence est très variable. Quand il compte une trentaine d'adhérents en Ille-et-Vilaine, ils sont environ 300 dans les Côtes-du-Nord, dont la moitié à Saint-Brieuc. Dans ce département, les adhérents du groupe sont issus de la classe moyenne et commerçante et des milieux de la droite bien pensante. Son activité se limite à la diffusion de la propagande maréchaliste et à l'aide des familles sinistrées.

Parmi les organismes collaborationnistes présents en Bretagne, il ne faut pas oublier ceux qui ont un caractère militaire. Il s'agit soit de lutter sur le front de l'Est, soit en France contre les résistants ou plutôt ceux que les collaborateurs nomment les "terroristes". La LVF ou Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme est l'un d'entre eux. Fondée en juillet 1941 à Paris sur une idée de Jacques Doriot et patronnée par Vichy, la LVF souhaite lutter contre la racine du mal occidental, le communisme et sa mère-patrie, l'URSS. Pour ce faire, ils intègrent la Wehrmacht. En Bretagne, la LVF installe des bureaux dans toutes les villes mais son recrutement est assez faible. Dans le Morbihan, seule une dizaine de personnes s'engagent. Ils sont une cinquantaine dans le Finistère et 70 en Ille-et-Vilaine. Dans les Côtes-du-Nord, la section est animée par un ancien officier de la Marine, Alfred Zeller d'Erquy, militant des Croix de Feu puis du PSF avant la guerre. Il commande des troupes sur le front russe entre septembre et décembre 1941. Si la lutte contre le communisme est la réelle motivation expliquant l'engagement des cadres de la LVF, il n'en est pas toujours de même pour ses soldats. En effet, beaucoup de ces hommes sont des condamnés de droit commun qui ont le choix entre la prison ou la LVF.

A partir de 1942, on assiste à une militarisation et une fascisation croissante du régime de Vichy qui doit faire face à des difficultés nombreuses et une opinion qui soutient de plus en plus largement les résistants. L'apparition des milices témoigne de ce climat de plus en plus tendu. En décembre 1943, Joseph Darnand dirige la toute nouvelle Milice française. Issue du Service d'Ordre Légionnaire (SOL), elle n'apparaît à Rennes qu'en avril 1944. Elle est alors composée d'une quarantaine de membres pour l'ensemble de la Bretagne et d'une centaine à son apogée quelques mois plus tard. Dirigée par Di Costanzo, elle lutte contre les maquis et les FFI. L'autre milice qui est cette fois spécifique à la Bretagne n'est autre que la Bezenn Perrot évoquée plus haut.

Au final, les collaborateurs ne représentent qu'un pourcentage inférieur à 0,20% de la population totale de la péninsule, même si ne sont ici recensés que les collaborateurs politiques et militaires. Sans aucun doute, les dénonciations ou les actes de collaboration économique sont plus nombreux. Parmi ces hommes et ces femmes qui ont opté pour la Collaboration, on compte essentiellement des commerçants, des chefs d'entreprise ou encore des employés et notables traditionnels. Au fil des années d'Occupation, les partis "collabo" perdent beaucoup de leurs adhérents, davantage vichyssois que collaborationnistes. Seuls demeurent alors les jusqu'au-boutistes qui adhèrent pour certains aux milices chargées de lutter contre la Résistance et/ou les Alliés. Si le collaborationnisme actif et militant est resté marginal tout au long de l'Occupation, qu'en est-il de l'adhésion de la population bretonne à la Révolution Nationale prônée par le maréchal Pétain ?

La Révolution Nationale en Bretagne : une opinion réceptive ?

Comme nous l'avons vu, au début des années 1940, la Bretagne est encore dominée par les forces traditionnelles. Mise en place et lancée par le maréchal Pétain entre 1940-1942, la Révolution nationale prône la reconstruction d'une société sur des valeurs autoritaires et conservatrices. Comment cette Révolution s'applique-t-elle en Bretagne ? Quel accueil lui est réservé par la population ?

Suite à la signature de l'armistice du 22 juin 1940 et à l'occupation de plus de la moitié du territoire français par les troupes allemandes, la IIIe République vacille. Le 10 juillet 1940, à l'exception de sept représentants finistériens, la quasi-totalité des parlementaires bretons présents à Vichy votent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain et donc la mort de celle que ses opposants nomment la "gueuse". Les élites locales de droite ou de gauche se ralliant majoritairement au nouveau régime, la mise en place de l'État français en Bretagne ne change donc pas fondamentalement le personnel politique dans les municipalités. Exception faite de quelques révocations (Brilleaud à Saint-Brieuc, Le Gorgeu à Brest, Gasnier-Duparc à Saint-Malo, La Chambre à Saint-Servan ou Hamard à Fougères) ou démissions (Pageot à Nantes, Svob à Lorient), la stabilité, voulue par les occupants, prévaut globalement dans la région : de quinze à vingt municipalités sont remaniées en moyenne dans chaque département en 1941. Même constat concernant les commissions administratives remplaçant les conseils généraux, composés de notables souvent acquis aux idéaux de la Révolution Nationale. Nommés par Vichy, les préfets se caractérisent par leur rapide rotation au sein des départements. En moyenne, ils demeurent un an à leur poste. Sous le régime de Vichy, la Bretagne, qui est dirigée par un préfet de région, est administrativement limitée à quatre départements (Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan), excluant ainsi la Loire-Inférieure. Comble de cette réforme, cette nouvelle Bretagne administrative ne correspond plus à la Bretagne historique, celle justement de l'Ancien Régime tant prôné par Vichy. A cet instant, la logique administrative, policière et économique prime. La minorité de militants bretons nationalistes, séparatistes et antifrançais, structurés depuis 1931 autour du Parti National Breton, n'attend logiquement rien de Vichy. A contrario, les milieux régionalistes modérés recherchent la bienveillance du nouveau régime mais sont également déçus par ce provincialisme de façade.

Exaltant d'après sa devise le "Travail", puis la "Famille" et enfin la "Patrie", le régime de Vichy tente de remodeler la société française grâce à une intense propagande. La Révolution nationale passe tout d'abord par le refus des conquêtes sociales de 1936 comme les 40 heures et les congés payés. Le Front populaire est en effet tenu comme responsable de la défaite. Hostile au libéralisme, l'État français veut réorganiser les structures économiques du pays sur des assises corporatistes. Pour y parvenir, il interdit la grève dès novembre 1940 et dissout les confédérations syndicales ouvrières et patronales au profit de syndicats uniques, d'après la loi d'août 1942.

 Remise d'une Francisque au Maréchal Pétain

Remise d'une Francisque au Maréchal Pétain

Le Maréchal Pétain reçoit à Vichy une délégation d'ouvriers bretons qui lui remettent une francisque.

21 aoû 1942
38s
Fiche (00481)

Cette séquence de culte au Maréchal et de propagande est diffusée par l'intermédiaire de "France actualités", société de production créée en 1942 grâce à des capitaux français et allemands. Cette coopération financière visant à soutenir l'appareil de propagande de l'État français illustre ainsi une collaboration de plus en plus marquée entre le régime de Vichy et les nazis. D'un point de vue technique, cette œuvre de communication politique est particulièrement bien construite : le journaliste use de pédagogie et de persuasion, les différents plans sur Pétain et les symboles du régime (sept étoiles du Maréchal, francisque...) s'enchaînent astucieusement. D'un point de vue historique, la manipulation est manifeste : cette "dévotion" d'ouvriers bretons au Maréchal à l'hôtel du Parc de Vichy ne correspond pas à l'état d'esprit ouvrier dans la région. En effet, en ce mois d'août 1942, mois où les syndicats uniques sont théoriquement créés, il n'y a aucune adhésion du monde ouvrier breton à la politique de Vichy. Malgré la suppression des confédérations syndicales en 1940, le syndicalisme breton poursuit tout d'abord localement ses missions et sa représentation des travailleurs jusqu'en 1942. Ensuite, il ne semble pas que des syndicats ouvriers uniques aient été constitués ou s'ils l'ont été, aient eu une inaluence réelle dans la région. Exception faite de quelques cadres de la Confédération Générale du Travail ou de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, les ouvriers se désintéressent de la Charte du Travail d'octobre 1941. Le patronat fait lui-même preuve d'inertie à partir de 1942. Enfin, la mise en place de la "Relève" par Laval en juin 1942 (échange d'un prisonnier français contre trois ouvriers français partis travailler en Allemagne) est massivement rejetée par le monde ouvrier breton. Concernant le milieu agricole, les répercussions de la politique de Vichy sont différentes dans la région. Exaltant le retour à la terre qui "ne ment pas", l'État français parvient à capter pour un temps l'adhésion du monde agricole breton. La Corporation paysanne est ainsi créée dès décembre 1940 en Bretagne. De fait, l'idéologie corporatiste est déjà présente dans le monde paysan breton. C'est d'ailleurs un Breton, Hervé Budes de Guébriant (président de l'Office central de Landerneau) qui dirige la commission nationale chargée du passage de l'organisation professionnelle à l'organisation corporatiste. Le passage à une structure unique concernant l'amont et l'aval de la production se fait relativement facilement à l'échelle locale. Le contexte de pénurie peut aussi expliquer cette adhésion rurale à la logique corporatiste : les agriculteurs sont convaincus que sans un contrôle efficace de toutes les chaînes de production, le ravitaillement ne peut être assuré. Ces convictions et cette adhésion rurale à la politique de Vichy ne font cependant pas long feu dans une région pillée par l'occupant. A partir de 1942-1943, les difficultés économiques (budget, ravitaillement), la mise en place du Service du Travail Obligatoire en Allemagne (visant aussi les enfants d'agriculteurs) et les réquisitions allemandes provoquent chez beaucoup de paysans bretons une désaffection profonde à l'égard de la Révolution nationale.

La "famille" est le second thème fondamental de l'idéologie vichyste et ce, afin de fonder un nouvel ordre moral en France. Les mesures en faveur de la famille (politique nataliste et d'assistance, criminalisation de l'adultère pour les femmes de prisonniers, de l'avortement en 1942...) et de la jeunesse (généralisation de la fête des mères, journée de solidarité, service civil...) n'ont que des effets limités à l'échelle de la Bretagne. Pourquoi cette politique ne remporte-t-elle pas un franc succès alors qu'il y a convergence de points de vue avec l'Église catholique, très présente en Bretagne ? Tout d'abord, la famille nombreuse prônée par Vichy est déjà très présente dans la région, surtout dans le monde paysan. La réaction cléricale de l'État français en 1940-1941 confortant la position des écoles privées confessionnelles est bien accueillie par l'Église mais, dans une région où l'école privée était très puissante avant la guerre, les conséquences ne sont pas révolutionnaires. Si la hiérarchie catholique est acquise au régime, à partir de 1942, la prudence prévaut, à l'exception de quelques prélats tel l'évêque Serrand dans les Côtes-du-Nord. Enfin, les œuvres sociales du régime ont une certaine audience dans une Bretagne frappée par la pénurie : un goûter du maréchal attire par exemple 500 jeunes à Saint-Brieuc en décembre 1941. Toutefois, les interventions sociales de l'État français restent limitées en Bretagne, bien souvent faute de crédit. Au final, les tentatives d'encadrement des mouvements sont, pour la plupart d'entre elles, des échecs.

Au lieu de provoquer une opposition entre le régime de Vichy et l'occupant allemand, la référence à la "Patrie" est avant tout pensée par les idéologues de la Révolution nationale comme un levier afin d'exclure certaines catégories de Français (les juifs, les francs-maçons et les communistes). Cette politique de répression et d'exclusion menée par l'État français est alors appliquée par les préfets, la police et la gendarmerie. Dès 1940, la politique xénophobe provoque l'internement des tsiganes de l'ouest de la France à Choisel-Châteaubriant. La politique antisémite se met aussi en place dès 1940, alors que la communauté juive est peu nombreuse et peu organisée en Bretagne. Pour les cinq départements bretons, 1 920 Juifs sont recensés en octobre 1940 et 230 entreprises sont déclarées à "aryaniser" sur ... plus de 350 000. Lorsque le port de l'étoile jaune est imposé, la plupart d'entre eux partent en zone sud. Sur les 430 Juifs déportés depuis la région, plus de 95 % ne sont pas revenus des camps en 1945. Autres ennemis à traquer : la résistance communiste et les autres organisations de résistance. Du printemps à l'été 1943, le Service de Police anti-communiste de Vichy (SPAC) opère de multiples arrestations dans l'ouest de la France et la direction clandestine du Parti Communiste en Bretagne est décapitée. A partir de 1942-1943, le régime de Vichy se fait de plus en plus l'auxiliaire zélé de la politique de persécution nazie. Exposés aux représailles menées par les résistants, la majeure partie des policiers et des gendarmes prennent alors leur distance avec le régime, certains fonctionnaires préférant même rejoindre le maquis.

Quel bilan tirer de l'application de la Révolution nationale en Bretagne ? On peut tout d'abord le mesurer en fonction des victimes de ce régime. Pour les cinq départements, 3 763 personnes sont déportées entre 1940 et 1944, dont 50,46 % ne sont pas rentrées. Concernant le nombre d'exécutions opérées par les Allemands dans la région, l'estimation avancée par les historiens est supérieure à 2 000 fusillés. Au-delà du chiffre des tués, il faudrait ajouter toutes les autres formes de persécutions à l'œuvre durant cette période. Aussi, dès 1941, on constate une fissure entre l'opinion publique bretonne et le gouvernement de Vichy. Le "vent mauvais" dénoncé par Pétain le 12 août 1941 souffle fort dans la région. Cette fissure se transforme rapidement en rupture à partir de 1942 : la propagande en faveur de la Révolution nationale et de la collaboration se révèle bien inefficace au regard des violences, des réquisitions et des difficultés quotidiennes.

La Résistance bretonne

En Bretagne comme dans beaucoup de régions de la zone occupée, les premiers actes de résistance sont des actes réflexes qui se situent en dehors de tout mot d'ordre. Ces actes manifestent une hostilité et une rage certaine devant la situation dans laquelle se trouvent le pays et a fortiori la région mais sont sans lendemain. Ils peuvent prendre la forme de lacération d'affiches allemandes comme à Vannes le 14 juillet 1940, de sifflets lors des actualités cinématographiques comme à Rennes à la même période ou encore de sabotages. C'est ce que Jacqueline Sainclivier, professeure d'histoire contemporaine à l'université de Rennes 2, a appelé la résistance a-organisationnelle. Certaines actions peuvent paraître puériles mais elles rappellent à la population que la guerre et l'Occupation ne sont pas acceptées par tous et que même modestement, on peut agir. Durant les mois qui suivent, les actes qui appartiennent à la résistance a-organisationnelle tendent à disparaître au profit d'une résistance pré-organisationnelle. Plus organisée et plus collective, cette forme de résistance est souvent liée à l'écoute de la BBC. C'est ainsi que lorsque le général de Gaulle demande aux Français de ne pas sortir de chez eux entre 15 heures et 16 heures le 1er janvier 1941, les rues bretonnes sont désertes. Dans le même esprit, les Bretons sont nombreux à déposer des gerbes sur les monuments aux morts lors des dates anniversaires du 14 juillet ou du 11 novembre et à participer aux enterrements d'aviateurs britanniques tombés sur le sol breton alors que toute manifestation est interdite. Annonçant une organisation à venir, la résistance pré-organisationnelle s'oriente vers la propagande (réalisation de tracts ou de journaux clandestins), le renseignement, les sabotages, l'aide aux évasions de prisonniers de guerre ou encore la récupération d'armes.

Durant les années 1940-1941, la propagande et les sabotages sont surtout le fait de la Résistance communiste. Dissous en 1939, le PCF tente de se réorganiser avec plus ou moins de succès, devant contourner les obstacles de la désillusion et de la confusion idéologique. En Bretagne, une direction régionale clandestine est mise sur pied dès l'été 1940. Dès lors, le PCF crée les premiers groupes armés de l'Organisation Spéciale (OS) en octobre 1940 à Brest, en janvier 1941 à Rennes et en avril 1941 dans les Côtes-du-Nord, c'est-à-dire là où il était solidement implanté avant la guerre. En Bretagne, le FN (Front National de lutte pour l'indépendance de la France) n'apparaît qu'à la fin de l'année 1941, soit plus de six mois après sa création par la direction communiste nationale. Durant ces premières années d'Occupation, les communistes se distinguent également par la tactique des attentats individuels. A Nantes, le 20 octobre 1941, un attentat a lieu contre le commandant allemand Hotz. Ordre est alors donné de fusiller sur-le-champ 50 otages. Le 22 octobre 1941, 48 otages sont finalement exécutés dont 27 à Châteaubriant, la plupart communistes. Cette répression brutale a un effet considérable sur l'opinion et la Résistance, Châteaubriant devenant d'emblée le symbole de la barbarie nazie et rapidement celui du martyre communiste.

 Obsèques à Nantes du lieutenant colonel Hotz

Obsèques à Nantes du lieutenant colonel Hotz

A Nantes sont célébrées les obsèques du lieutenant colonel Hotz, abattu lors d'un attentat. Selon le commentateur, la foule émue répond à l'allocution du Maréchal Pétain qui appelle les français "à se dresser contre les complots de l'étranger".

20 oct 1941
01m 06s
Fiche (00404)

A-organisationnelle ou pré-organisationnelle, la Résistance bretonne se rôde dans les années 1940-1942. Elle prend réellement son essor en 1943 en se dotant de structures plus efficaces. Des organismes communs sont créés et les liens avec Londres sont renforcés.

Premier élément à prendre en compte, le réseau. Un réseau peut avoir pour vocation le renseignement, l'évasion ou l'action, bien que les frontières permettant d'établir cette typologie soient extrêmement ténues. Au fil des années, les Alliés accordent de plus en plus d'importance aux réseaux de renseignements dans la perspective d'un prochain débarquement, mais les premiers réseaux de renseignement apparaissent dès juillet 1940 en Bretagne. Les renseignements portent avant tout sur les bases et les chantiers navals, la construction du mur de l'Atlantique ou encore les mouvements de troupe. Les réseaux d'évasion doivent quant à eux permettre le passage au Royaume-Uni de résistants pourchassés ou d'aviateurs alliés abattus au-dessus de la France. En Bretagne, les premiers réseaux d'évasion apparaissent à la fin de l'année 1942 comme Shelburn. Ce dernier permet le rapatriement de plus de 130 pilotes à partir de Plouha entre la fin du mois de janvier et le début du mois d'août 1944. Pour ce faire, une importante logistique est nécessaire. Les résistants doivent fabriquer ou faire fabriquer de faux papiers pour les aviateurs, trouver des planques afin de les héberger le temps que l'opération se "monte", les ravitailler et enfin trouver des moyens de transport afin qu'ils gagnent la côte. Le dernier type de réseau, probablement celui qui demeure le plus présent dans la mémoire des Français car le plus spectaculaire, est le réseau d'action. Sa principale mission est le sabotage, toujours dans l'optique des combats de la Libération auxquels il doit prendre part. L'un des plus importants réseaux d'action dans la province bretonne et qui appartient au Special Operation Executive est le réseau Parson. En attendant le jour-J, les résistants s'entraînent par petits groupes à la guérilla et au maniement des armes dans des fermes isolées. En fort développement de 1942 à 1944, les réseaux s'implantent davantage en ville qu'à la campagne, exception faite des réseaux d'action. Beaucoup sont toutefois réprimés à la fin 1943 et au printemps 1944, ne pouvant jouer le rôle qui leur incombait à la Libération.

La seconde forme d'organisation de la Résistance n'est autre que le mouvement. Les mouvements se forment souvent autour d'un groupe d'amis qui ont en commun le refus de l'occupation allemande. En Bretagne, les quatre principaux mouvements de la zone occupée que sont l'Organisation Civile et Militaire (OCM), Libération-Nord, Défense de la France (DF) et le Front National (FN) sont présents. Exception faite de ce dernier, ces mouvements apparaissent en 1942 dans la région. Deux de ces mouvements seront ici analysés. Défense de la France est le mouvement non-communiste le plus puissant – avec Libération-Nord – en Bretagne. Créé par le prêtre Sennelier en 1942, le mouvement lutte contre la STO avec un service de faux papiers à Rennes mais se concentre principalement sur la diffusion de son journal éponyme. Entre l'été 1943 et mai 1944, chaque numéro est diffusé en Bretagne à environ 15000 exemplaires. De tendance modérée, DF a tout de même eu une activité militaire avec des attaques de mairies pour prendre des tickets d'alimentation ou des listes de personnes convoquées au STO. De juillet 1943 à mai 1944, mois durant lequel le mouvement est quelque peu décimé, DF est dirigé par Maurice Prestaut. L'écrivain Pierre Herbart dit Le Vigan prend ensuite le relais et poursuit les activités du mouvement tout en participant à l'unification de la Résistance bretonne. Dernier cité mais premier né, le Front National est quant à lui créé par des communistes et lié à l'organisation militaire clandestine du PCF qu'étaient les FTPF. Pour autant, le FN s'ouvre très rapidement à des non-communistes. De la même manière, si le FN est surtout présent en ville à ses débuts, il s'étend progressivement dans les campagnes bretonnes, qu'elles soient de tradition communiste ou non. Dès lors, le mouvement peut accentuer son activité qui consiste en la fabrication et la diffusion de tracts et journaux clandestins, l'élaboration de faux papiers, l'hébergement de résistants recherchés et de réfractaires au STO ainsi que le soutien matériel auprès des FTPF.

Enfin, la Résistance bretonne développe des groupes armés à partir de 1943 mais surtout en 1944. Entre attentisme – c'est-à-dire attendre le débarquement pour agir mais s'entraîner en vue de ce jour J – et action immédiate, l'attitude de ces groupes diffère. Au premier courant appartiennent les membres de l'ORA (Organisation de la Résistance de l'Armée) et de l'AS (Armée Secrète), au second les FTPF ou le groupe armé du FN.

L'ORA naît en Bretagne durant l'été 1943 et se développe principalement dans le sud-Finistère et le Morbihan. A la veille du débarquement, elle compte quelque 8 000 hommes prêts à agir. L'AS est créée en mars 1943 dans la région. Elle regroupe les formations issues de l'OCM, de DF, de Libération-Nord et est essentiellement présente dans le Morbihan. L'ORA se caractérise par une forte proportion d'officiers et de sous-officiers qui entrent véritablement en action dans les jours qui suivent le débarquement, un choix exactement contraire à celui des FTPF. Ces derniers se sont constitués fin 1941 - début 1942. Si les communistes occupent tous les postes de responsabilité jusqu'en 1942, ce n'est plus le cas ensuite, la faute à une série d'arrestations qui oblige la direction à faire appel à des non-communistes. Malgré la répression, les effectifs des FTPF augmentent sensiblement à partir de 1943 et s'étendent depuis les villes jusqu'aux petits villages bretons en 1944, année de formation de leurs maquis. Les membres de ces groupes conservent le plus longtemps possible leur activité professionnelle et ne se regroupent que pour le temps de l'action afin d'être difficilement localisables.

Au final, cette Résistance bretonne se caractérise tout d'abord par l'importance des étrangers. Si la région n'est pas une terre d'immigration, des Espagnols s'y sont réfugié avant la guerre, allant jusqu'à former un mouvement de résistance spécifique avec l'Union Nationale des Espagnols en Ille-et-Vilaine. Celle-ci se caractérise ensuite par la jeunesse de ses effectifs. Les 20-30 ans sont en effet les mieux représentés – 45% des résistants pour 33% de la population adulte totale. Les 40-49 ans sont également surreprésentés, ce qui correspond à la tranche d'âge des anciens combattants de 14-18. Ces derniers n'ont donc pas tous suivi les yeux fermés, loin s'en faut, le maréchal Pétain. La Résistance est composée à 85-90 % d'hommes et à 10-15% de femmes, alors que ces dernières forment un peu plus de la moitié de la population totale. Si la part des femmes paraît donc relativement faible, il faut cependant noter que ce geste militaire ou politique qu'est l'acte de résistance est étranger aux mentalités féminines de l'époque. Il s'agit donc d'un phénomène nouveau qui, par nature, ne peut être absolu.

 Simone Chaye, résistante

Simone Chaye, résistante

Native de Dinan, Simone Chaye a reçu la médaille des Justes, pour son action durant la guerre. Femme de Gauche, elle milite dès les années 30 puis s'engage dans la Résistance. Avec son groupe Fraternité, elle a sauvé de nombreux enfants juifs.

18 oct 1998
01m 56s
Fiche (00434)

Enfin, si toutes les catégories sociales sont présentes dans la Résistance bretonne, certaines sont surreprésentées et d'autres sous-représentées par rapport à leur proportion dans la population totale. Trois groupes sociaux dominent : les ouvriers, les commerçants et artisans et les employés du secteur public. Si le patriotisme se retrouve peu ou prou dans tous les engagements résistants, la lutte antifasciste menée par le PCF et la SFIO est au cœur de celui des ouvriers. Cette lutte s'accentue avec l'aggravation des conditions de travail, l'absence de libertés syndicales et politiques, la diminution du pouvoir d'achat ou encore l'instauration du STO durant l'Occupation. Très mobiles (laissez-passer, voitures) et disposant de facilités de ravitaillement, les artisans et commerçants jouent également un rôle déterminant dans la Résistance. Enfin, comme le précise l'historien François Marcot, les employés du secteur public sont très présents dans la Résistance par leur grande fonctionnalité. En effet, la Résistance les intègre car eux seuls peuvent fournir des faux papiers, certains renseignements et assurer tant de liaisons. A une échelle plus locale, il ne faut pas oublier le rôle important de certains secrétaires de mairie, instituteurs et de certains prêtres. A l'inverse, les employés du secteur privé et les agriculteurs sont sous-représentés, ces derniers n'apparaissant en effet que très tardivement – pas avant 1943 – dans la Résistance. Le retour à la terre prôné par Vichy et le mythe Pétain ne sont certainement pas étrangers à cette faible place, comme la méfiance vis-à-vis d'une Résistance urbaine, et le fait que certains agriculteurs n'ont pas vu un seul Allemand durant toute la durée de l'Occupation. Pour autant, les agriculteurs sont aussi absents des partis collaborationnistes. Toutes ces données rassemblées, et en suivant les travaux de Jacqueline Sainclivier, on peut raisonnablement penser que les résistants agissant dans une organisation, forment 1 à 2 % de la population adulte dans les trois mois précédant le débarquement du 6 juin 1944.

Géographiquement, les villes et les côtes sont les premières à abriter des résistants en raison de la forte concentration de troupes allemandes, des professions qui y sont représentées, plus utiles à l'action résistante, et de leur rôle primordial pour les réseaux de renseignement et d'évasion. Au contraire, les cantons ruraux sont plus tardivement gagnés par la Résistance qui recherche alors l'éloignement des troupes allemandes. Mais l'implantation et l'évolution géographique de la Résistance s'expliquent également par le poids des mentalités collectives. Les régions de tradition politique "rouge" sont plus propices au développement de la Résistance - on pense aux ports de pêche du Finistère ou à Saint-Nazaire par exemple -, à l'instar des régions "bleues", c'est-à-dire des régions qui sont républicaines depuis le XIXe siècle. En revanche, les régions "blanches" ou chouannes sous la Révolution – l'est de l'Ille-et-Vilaine par exemple – n'abritent que peu de résistants. A l'échelle régionale toujours, le pays bretonnant (l'ouest de la Bretagne) connaît une résistance plus active que le pays gallo (l'est de la région).

Le 6 juin 1944, 150 000 soldats allemands stationnent en Bretagne. Face à eux, les FFI (Forces françaises de l'Intérieur) regroupent les FTPF et l'AS, même si des tensions subsistent. Manquant d'armes, ils espèrent avec impatience les parachutages d'armes. Avec l'intensification de leur action, ils doivent faire face à la répression croissante des forces d'occupation et des milices. Entre février et juin 1944, des responsables départementaux de mouvements sont arrêtés et les difficultés augmentent. Malgré tout, après le 6 juin 1944, l'insurrection a bien lieu et les actes de guérilla se multiplient à partir des maquis. D'origine spontanée ou organisés par la France Libre, ces maquis se développent principalement à partir de la fin 1943. Ils sont soutenus par des missions interalliées telles que les missions Jedburgh qui doivent assurer une liaison étroite entre les Alliés et la Résistance et favoriser l'armement de cette dernière. A partir de 1944, les maquis sont très nombreux et très hétérogènes : leur taille, leur mobilité, leur composition et leur temps de vie diffèrent très largement. Des combats acharnés ont lieu comme en témoigne l'attaque du maquis Saint-Marcel et des civils vivant aux alentours par les Allemands au mois de juin 1944. Une trentaine de résistants sont tués quand les Allemands perdent dix fois plus d'hommes. Pour la première fois, l'occupant est tenu en échec par la Résistance. Jusqu'à la fin de juillet 1944, les actions de guérilla se poursuivent et les FFI jouent un rôle clé dans la libération de la région. Après la percée d'Avranches, l'armée du général Patton entre à Rennes le 4 août 1944 en compagnie des FFI bretons.

 Les FFI en Bretagne 

Les FFI en Bretagne 

Dans les faubourgs en ruines de Brest et Hennebont, les FFI combattent et reconquièrent le territoire. Ils font prisonniers les soldats allemands. Les Généraux Allard et Borgnis-Desbordes passent ensuite en revue ces soldats de la Résistance.

23 sep 1944
01m 53s
Fiche (00202)

Par la suite, la région est libérée en quelques jours. Le 6 août 1944, Saint-Brieuc et Vannes sont libres, le 10 août 1944 c'est au tour de Morlaix et de Quimper, le 12 de Nantes. Pour autant, des poches allemandes résistent autour des principaux ports comme Lorient, Brest ou Saint-Nazaire et il faut attendre le mois de mai 1945 et la capitulation de l'Allemagne pour que la Bretagne soit intégralement libérée.

Libération, épuration et reconstruction : une sortie de guerre entre joies et peines

Si la Libération du territoire en 1944-1945 peut-être considérée comme un processus militaire, elle doit être aussi appréhendée comme une phase de transition politique, judiciaire et de reconstruction, tant matérielle qu'identitaire.

Libérée dans sa quasi-intégralité dès le mois d'août 1944, la Bretagne est une région où le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF) teste le rétablissement de la légalité républicaine en province. La crainte du GPRF dirigé par le général de Gaulle est de voir le pouvoir politique tomber aux mains des Américains à la Libération. Mais, du 3 au 6 août 1944, ce qui reste du pouvoir du gouvernement de Vichy laisse finalement place aux nouvelles autorités constituées dans la clandestinité par la Résistance depuis la fin de l'année 1943 : des nouveaux préfets, des commissaires de la République, à l'instar de Victor Le Gorgeu en Bretagne ou encore Michel Debré dans les Pays de la Loire. A l'échelle départementale, on met en place des Comités Départementaux de Libération (CDL) composés de représentants des différents mouvements de résistance, des partis politiques et des syndicats. Ce dispositif politique est complété dans certaines municipalités par des Comités Locaux de Libération.

 Les Alliés à Rennes

Les Alliés à Rennes

Sous le commandement du Général Montgomery, les troupes alliées, acclamées par la foule, entrent à Rennes. En marge des manifestations de liesse populaire, les "traîtres" sont arrêtés et emprisonnés.

04 aoû 1944
01m 48s
Fiche (00203)

Ainsi, le 4 août 1944, les nouvelles autorités rennaises accueillent les soldats américains au nom du GPRF. Dans l'après-midi, les habitants rassemblés place de la Mairie, face au drapeau tricolore croisé avec la bannière étoilée, acclament les représentants de la France libérée (dont Yves Milon, résistant, président de la délégation spéciale et futur maire de Rennes de mai 1945 à mai 1953). Tous sont réunis sur le balcon de l'Hôtel de ville aux côtés des officiers alliés. A Rennes, les résistants se réapproprient l'espace public en présence des Alliés. C'est une première étape du recouvrement de la fierté nationale. Les grands rassemblements et l'exhibition de symboles patriotiques rendent publique cette affirmation. Dans ce contexte de transition politique et de retour à la démocratie, les représentants du GPRF s'inquiètent d'éventuels désordres orchestrés par les communistes, très présents dans les différents CDL et CLL mais aussi dans les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI). Cette hypothétique "dualité des pouvoirs" entre de nouvelles autorités encore fragiles et la Résistance apparaît bien plus comme un fantasme qu'une réalité dans la région. Malgré une ambiance révolutionnaire, la situation se normalise en quelques semaines : le désarmement des résistants s'opère sans heurt car tous, y compris le Parti communiste français (PCF), aspirent au rétablissement de la légalité républicaine. En outre, la répression spontanée à l'égard des collaborateurs ou considérés comme tels (arrestations, internements, tontes, lynchages, exécutions sommaires) durant les premiers jours de la libération fait rapidement place à une épuration judiciaire menée par les nouvelles autorités. En effet, les journées de libération sont l'occasion de ressouder les communautés locales autour des souffrances partagées durant l'Occupation, en excluant les "collabos". De fait, certaines de ces violences (les homicides commis essentiellement par des groupes de résistants) envers les collaborateurs prolongent la lutte armée développée sous l'Occupation. De septembre 1943 à 1945, on recense ainsi 581 exécutions sommaires dans les quatre départements bretons (7,2 % de la France) allant de 243 dans les Côtes-du-Nord et 214 dans le Morbihan (zone où sont concentrés les maquis) à 11 en Ille-et-Vilaine. Les tontes sont un phénomène de masse en Bretagne comme en France : on recense par exemple 281 tontes pratiquées avant, pendant et après la libération dans les Côtes-du-Nord, département ayant probablement connu le plus de tontes en Bretagne. Quoiqu'il en soit, une fois la fièvre de la libération passée, les nouvelles autorités en Bretagne arrivent rapidement à instaurer une base légale à l'épuration avec des juridictions d'exception. L'internement administratif de certains suspects de collaboration est souvent préventif et beaucoup sont libérés une fois le calme revenu.

 Procès de criminels de guerre et exécutions

Procès de criminels de guerre et exécutions

Au Palais de justice de Rennes se tient le procès de six criminels de guerre allemands ayant fusillé des paysans bretons. Cinq d'entre eux seront condamnés à mort. La justice est également rendue en Allemagne par les troupes d'occupation alliées.

20 juil 1945
02m 02s
Fiche (00204)

Au total, près de 350 000 personnes sont mises en cause en France devant la Haute Cour de justice, les cours de justice et chambres civiques, soit presque un Français sur cent. À ce bilan, il faut ajouter celui des tribunaux militaires. Ces derniers ont eu à réprimer les crimes de guerre commis par l'occupant, soit 20 127 dossiers, si l'on en croit un chiffre avancé en 1947. Si l'activité des tribunaux militaires reste très mal connue, on peut affirmer qu'ils ont également prononcé des condamnations à mort et fait exécuter près de 800 personnes sur l'ensemble du territoire français. Concernant la Bretagne, on évalue à 3 521 le nombre d'individus jugés par les cours de justice et les chambres civiques. L'ampleur des exécutions sommaires explique une épuration judiciaire sans doute plus modérée en Bretagne. En effet, de la fin 1944 à 1946, les tribunaux d'exception condamnent à mort et exécutent 31 individus. En parallèle, des comités de confiscation des profits illicites (CCPI) inaligent des amendes parfois difficiles à recouvrer. Évoquons maintenant une spécificité régionale, source de polémiques et d'affrontements mémoriels de longues années après la Seconde Guerre mondiale : les collaborateurs du PNB. Ce dernier est en effet identifié comme un groupement de collaboration à la Libération et 200 de ses militants (ils représentent sans doute environ 15 % de l'effectif total du PNB sous l'Occupation) sont traduits devant la justice. Seuls les cas des activistes du courant séparatiste sont alors jugés. De fait, on constate que les miliciens bretons les plus gravement impliqués dans des actions militaires et criminelles n'ont pas été arrêtés à la Libération. La plupart ont disparu en Allemagne, en Espagne, en Amérique du Sud et dans les îles britanniques. En définitive, bien que des contemporains aient pu percevoir l'épuration comme trop "molle" ou trop dure, cette dernière ne fut ni un phénomène n'ayant touché que les "lampistes", ni un "bain de sang" comme ont bien voulu le faire croire les tenants d'une certaine légende noire. En Bretagne, le rétablissement de la République n'a jamais été menacé. Les violences résistantes et communautaires sont indissociables d'un contexte de guerre et le processus d'épuration dans son entier (extrajudiciaire et judiciaire) doit être considéré comme un phénomène social de masse.

Parallèlement à l'épuration, la population retrouve la démocratie et les femmes votent pour la première fois en 1945 au moment des élections municipales, cantonales et législatives. On constate alors à l'occasion des élections municipales d'avril-mai 1945 un glissement à gauche depuis les dernières élections de 1935. Durant l'été 1945, de Gaulle entreprend un déplacement de plusieurs jours dans des cités côtières dont les ruines ne sont pas complètement déblayées au mois de juillet 1945. L'occasion est donnée à la population bretonne d'exprimer toute sa gratitude au chef de l'État qui a su conduire le pays à la victoire. Il est à l'apogée de sa gloire et reçoit un véritable triomphe de la part des populations locales.

 Le Général de Gaulle en Bretagne

Le Général de Gaulle en Bretagne

Le Général de Gaulle visite St Brieuc, Brest, Douarnenez, Lorient, St Nazaire. Dans ces ruines, une population fervente l'acclame. A Brest, il annonce son souhait de réforme politique. Aux chantiers de St Nazaire il constate la reprise de l'activité.

27 juil 1945
03m 01s
Fiche (00003)

En multipliant ainsi les discours, le président du GPRF s'implique totalement dans la première grande bataille électorale qui s'annonce : le double référendum et l'élection législative à l'Assemblée constituante d'octobre 1945. Acclamé, ovationné, le séjour breton du général prend l'allure d'un véritable plébiscite. Sans bouleverser la géographie politique, la Bretagne demeure une région de droite modérée à l'occasion des législatives d'octobre 1945, malgré là encore un glissement à gauche dans les villes et les zones rurales. Alors qu'un tripartisme apparaît globalement en France – PCF (26,1 %), Section Française de l'Internationale Ouvrière (24,6 %), Mouvement Républicain Populaire (MRP) (25,6 %) – le MRP, parti de sensibilité démocrate-chrétienne, est le grand gagnant de ces élections en Bretagne (42,33 %). Concernant le double référendum, la Bretagne rejette massivement la IIIe République (98% des voix contre 96% pour toute la France) et accepte l'organisation provisoire des pouvoirs publics en attendant la nouvelle constitution.

La situation économique de la région en 1945 est très difficile : quatre grandes villes sont complètement détruites par la guerre, les sinistrés attendent des logements, le ravitaillement et le réseau de communications ne sont pas complètement rétablis. La guerre ne se termine pas avec la Libération de la région en août 1944 !

 Saint-Nazaire en ruines

Saint-Nazaire en ruines

État des lieux à la libération de Saint-Nazaire, ville ravagée par les bombes, qui n'est plus qu'un champ de ruines. La gare et le port sont détruits. 100 000 Français sont libérés et les Allemands encore présents sont faits prisonniers.

18 mai 1945
39s
Fiche (00001)
 La ville de Lorient en ruine

La ville de Lorient en ruine

La ville de Lorient, et particulièrement son port militaire, base stratégique des forces d'Occupation, ont subi de graves dommages durant la guerre. A la libération, le bilan du désastre est lourd pour cette ville saccagée par les bombes.

18 mai 1945
44s
Fiche (00002)

Certains ports de la côte atlantique transformés en véritables poches fortifiées, comme Saint-Nazaire et Lorient, ont ainsi eu à souffrir des destructions et de la présence des soldats allemands jusqu'en mai 1945. Ainsi, 25 000 soldats allemands se retranchent à Saint-Nazaire et sur plus de 200 km², 125 000 civils Français sont pris au piège. De la même manière, plus de 27 000 soldats allemands aidés par une forte artillerie ont défendu la poche fortifiée de Lorient, étendue sur 250 km². Durant plus de 9 mois, bombardements, raids destructeurs et tentatives de percée des forces libératrices se succèdent, multipliant dégâts et sinistrés. A Saint-Nazaire ou Lorient par exemple, il faut tout reconstruire. Dès l'été 1944, le GPRF proclame sa volonté de diriger cette reconstruction. Il se charge donc du financement de l'ensemble des travaux et du contrôle de l'utilisation des indemnités accordées aux particuliers et aux entreprises au titre des dommages de guerre. Pour recevoir les aides publiques, les villes sinistrées doivent bâtir selon des plans approuvés par le ministère de la Reconstruction. Pour autant, jusqu'au début des années 1950, la priorité budgétaire est allouée à l'équipement collectif et à la remise en marche de l'appareil productif. L'accent n'est placé sur la question de l'immobilier et des logements qu'à partir de 1948-1949, grâce à l'aide du Plan Marshall.

 Le ministre de la Reconstruction à Nantes et Saint Nazaire

Le ministre de la Reconstruction à Nantes et Saint Nazaire

René Coty, ministre de la Reconstruction visite Nantes et Saint Nazaire, villes bombardées durant la guerre. Le ministre constate l'avancée des travaux de reconstruction qui permettront de reloger les victimes, notamment dans les maisons d'Etat.

22 jan 1948
55s
Fiche (00006)

La lente reconstruction est ainsi l'occasion pour Saint-Nazaire de mettre en œuvre un nouvel urbanisme moderne, remodelant totalement le paysage urbain du centre-ville selon un plan orthogonal, sous la responsabilité du maire de la ville Pierre Courant (ministre de la reconstruction par la suite). Il faut au moins dix ans pour que la reconstruction soit achevée. A l'inverse des reconstructions modernes de Saint-Nazaire, Lorient, Brest ou encore Le Havre, la cité malouine assiégée durant deux semaines par les soldats américains en août 1944 est pratiquement reconstruite à l'identique.

 A Saint Malo, une cité renaît

A Saint Malo, une cité renaît

Saint Malo, fortement endommagée durant la guerre, se reconstruit peu à peu en respectant son architecture d'origine. Les premiers cars de touristes sont venus en masse découvrir l'embellissement de la cité malouine.

28 sep 1950
44s
Fiche (00009)

L'initiative de cette reconstruction revient au maire de Saint-Malo, Guy La Chambre (ancien député d'Ille-et-Vilaine et ancien ministre de l'Air) qui est confronté à d'importants problèmes de logements pour les sinistrés et les touristes. Son initiative aboutit à la reconstitution de l'intra-muros tout en rectifiant quelques ruelles. Saint-Malo retrouve ainsi dans les années 1950 son ancienne physionomie et ses habituels vacanciers. La reconstruction démocratique de la société bretonne est rapide ; celles de l'identité, de l'économie et de l'espace sont douloureuses et longues. L'après-guerre pose alors les fondations d'une modernisation et d'une transformation historiques pour la région.

Conclusion : Mémoires et traces de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne

L'Occupation et la sortie de guerre sont des périodes difficiles et complexes pour ceux qui les ont vécues. La Seconde Guerre mondiale a ainsi marqué l'histoire, les mémoires et l'identité des "Français de Bretagne", voire leurs choix politiques postérieurs dans certains cas. Ces mémoires sont d'ailleurs entrées en conflit par la suite. Quand certains autonomistes ont fait le choix d'une collaboration jusqu'au-boutiste, d'autres Bretons ont fait confiance au maréchal Pétain jusqu'en 1941, d'autres encore ont préféré très tôt s'engager dans la Résistance. Cependant, sans être active, la majeure partie de la population bretonne a rejeté l'occupant, présent en très grand nombre dans la région.

 Hommage à Charles de Gaulle à l'Ile de Sein

Hommage à Charles de Gaulle à l'Ile de Sein

Les habitants de l'Ile de Sein célèbrent la mémoire du défunt président de la République, Charles de Gaulle. Une messe en plein air est organisée face au monument aux morts.

13 nov 1970
01m 01s
Fiche (00153)

Qu'il s'agisse du souvenir des habitants de l'île de Sein, seule commune à comptabiliser plus de morts militaires en 1945 (27) qu'en 1918 (21), ou des multiples stèles rappelant des événements dramatiques, les traces de cette période en Bretagne sont encore nombreuses aujourd'hui. Alors que le nombre de témoins pouvant transmettre leur vécu est toujours plus faible, l'importante fréquentation des mémoriaux, des musées ou encore la parution d'un grand nombre d'ouvrages témoignent de l'attrait suscitée par cette période au sein de la population française. Au final, la mémoire collective ne semble pas prête à refermer ce que le général de Gaulle voulait assimiler à une "parenthèse de l'histoire de France".

Bibliographie

Christian Bougeard, Occupation, résistance et libération en Bretagne en 30 questions, La Crèche, Geste éditions, 2005.

Christian Bougeard, Le Choc de la guerre dans les Côtes-du-Nord 1939-1945, Paris, éditions Gisserot, 1995.

Luc Capdevila, Les Bretons au lendemain de l'Occupation : imaginaire et comportement d'une sortie de guerre 1944-1945, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1999.

Henry Rousso, Le Régime de Vichy, Paris, PUF, "Que sais-je ?", 2007.

Jacqueline Sainclivier, La Bretagne de 1939 à nos jours, Rennes, Ed. Ouest France, 1989.

Jacqueline Sainclivier, La Bretagne dans la guerre, 1939-1945, Rennes, éd. Ouest-France/mémorial de Caen, 1994.

Claude Tocze (avec la collaboration d'Annie Lambert), Les Juifs en Bretagne (Ve – XXe siècles), Rennes, PUR, 2006.