Senlis : projet d'extension concernant les habitations avec sauvegarde de la ville ancienne

13 novembre 1971
03m 35s
Réf. 00503

Notice

Résumé :

Senlis est une ville au caractère moyenâgeux. Une nouvelle zone urbaine va être créée avec une capacité de 20 000 personnes. La municipalité ne souhaite pas créer une ville déshumanisée comme le sont, pour le Dr Pierre Boquet, les villes nouvelles. Il faut tout faire pour éviter une ville-dortoir et que la ville ancienne ne soit pas asphyxiée.

Date de diffusion :
13 novembre 1971
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Éclairage

Si, dans la première moitié du XXe siècle, la population de Senlis est restée assez stable (autour de 7 500 habitants), elle a fortement augmenté entre 1954 et 1975 : la population a en effet crû d'un peu plus de 70%, atteignant 11 000 habitants en 1968 et 13 000 en 1975. Cette croissance démographique a induit une croissance urbaine qui s'est accélérée à partir des années 1960. Même s'il est souvent difficile d'identifier les facteurs à l'origine d'un tel développement – alors que les causes sont toujours plurifactorielles et multiscalaires –, l'arrivée de l'autoroute du Nord en 1964 (reliant dans un premier temps Senlis au Bourget), la création de la ZAC de Senlis en 1968 et l'inauguration du très proche aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en 1974, qui va rapidement devenir un pôle majeur d'emplois, font sans doute partie des éléments qui ont stimulé, si ce n'est engendré cet essor.

Comme le mentionnait déjà en 1899 le Guide Joanne relatif au département de l'Oise, "l'influence de Paris se fait sentir principalement dans l'arrondissement de Senlis". Au-delà des caractéristiques propres à Senlis, la ville connaît, comme d'autres villes du Sud-Oise, un développement urbain en lien étroit avec l'agglomération parisienne. Cette proximité parisienne peut encore être soulignée par le fait que, dans les années 1960, cinq cantons du Sud de l'Oise (dont les cantons de Senlis et de Creil) faisaient partie du District de la région parisienne dont la mission a consisté à élaborer puis à mettre en œuvre le Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région Parisienne (SDAURP), adopté en 1965, qui prévoyait notamment la création de villes nouvelles. L'inclusion du sud de la Picardie dans la région parisienne n'était pas une innovation du SDAURP, puisque son "prédécesseur", le PADOG (Plan d'aménagement et d'organisation de la région parisienne), entériné en 1960, s'inscrivait dans le même périmètre.

Le reportage propose différentes prises de vue qui permettent aux spectateurs actuels de mieux se rendre compte de ce qu'était un quartier ancien au début des années 1970, c'est-à-dire avant la mise en œuvre d'opérations de rénovation urbaine, de réhabilitation urbaine ou de restauration urbaine : une voirie constituée de pavés plus ou moins disjoints, avec une chaussée parfois recouverte de terre, sans trottoir ; des rues vides et peu animées ; de vieilles maisons à l'architecture et aux matériaux traditionnels. Le reportage donne également la parole au docteur Boquet, maire-adjoint de la commune de Senlis, qui a été en charge de la mise en œuvre, en 1965 – soit trois ans seulement après l'adoption de la loi Malraux –, du secteur sauvegardé de la ville, couvrant une quarantaine d'hectares dans le centre-ville historique et devenu, depuis les années 1970, un lieu privilégié de tournages de films et de séries télévisées (environ 200 films ont été tournés à Senlis depuis 1935).

Cependant, hors des murs de la vieille ville, la croissance urbaine que Senlis a connue dans les années 1950 et 1960 conduit à différents projets d'extensions urbaines périphériques, principalement sur le plateau : quartier du Val d'Aunette I, construit à partir de 1957, Val d'Aunette II, bâti au-delà, quartier de La Gatelière plus tard encore, à partir de 1974. A cet égard, il est symptomatique d'entendre la personne interviewée avoir peur des "villes nouvelles", assimilées aux grands ensembles dont les défauts ont déjà été mis en évidence au moment de la réalisation du reportage. Les acteurs des villes nouvelles – décideurs politiques et architectes-urbanistes en charge des différents projets – ont en effet affirmé leur volonté de concevoir un urbanisme à l'opposé de ce qui est perçu comme un repoussoir ou un anti-modèle, celui des grands ensembles. Toutefois, la confusion entre le terme de "grand ensemble" et celui de" ville nouvelle" n'est pas le seul fait du docteur Boquet, car, comme l'a souligné la thèse de Michèle Huguet, elle est très fréquente dans les années 1950 et 1960. Les grands ensembles sont, en effet, souvent qualifiés de "villes nouvelles" ou encore de "nouvelles cités".

Pierre-Jacques Olagnier

Transcription

(Musique)
Franck Brisset
Senlis, une petite ville bien tranquille, une ville qui a gardé son caractère moyenâgeux avec ses venelles, ses escaliers et ses rues étroites. Une ville où les équipes de télévision et de cinéma se retrouvent pour les tournages de feuilletons ou de films de cape et d’épée.
(Musique)
Franck Brisset
Il est question actuellement de créer une nouvelle zone à urbaniser en-dehors de Senlis, une zone où le béton sera roi. On compte y loger une vingtaine de milliers de personnes.
(Musique)
Franck Brisset
Les Senlisiens ont déjà une expérience avec ces nouvelles constructions qui, si elles sont bien conçues, sont tristes car il n’y a pas d’animation. Et c’est ce que la municipalité ne veut pas retrouver dans la nouvelle zone à urbaniser.
(Musique)
Franck Brisset
Un cadre résidentiel où les gens s’ennuient. Nous avions rencontré le docteur Boquet qui s’élève contre la dénomination de ville nouvelle.
Pierre Boquet
Nous voulons à tout prix éviter cette dénomination de ville nouvelle car nous pensons que Senlis est un tout. Bien sûr, cette ville est située dans un contexte où il y a beaucoup de choses qui vont se passer. Ça va bouger, si on peut dire. Et il est utopique de penser que Senlis peut rester telle qu’elle est. Néanmoins, nous pensons qu’il faut essayer de canaliser un petit peu les forces qui vont se présenter sur Senlis et essayer d’éviter que ça ne se réalise n’importe où et n’importe comment.
Franck Brisset
Il y aura exactement combien de logements et combien de personnes qui vont habiter sur cette zone ?
Pierre Boquet
Pour le moment, il me semble, c’est encore un peu prématuré de le dire. Certaines études ont été faites. D’autres sont en cours. On a parlé de 6000 logements sur le territoire de la commune de Senlis. Je ne peux pas vous dire le chiffre qui sera définitivement retenu. Mais pour le moment, ce premier chiffre a été avancé. C’est donc quelque chose d’important.
Franck Brisset
Est-ce que ça ne sera pas, justement, une zone un petit peu dortoir ?
Pierre Boquet
Eh bien, vous employez le mot que justement, nous voulons éviter à tout prix car nous pensons qu’il faut tout faire pour éviter une zone dortoir. Car comme je le disais, Senlis est un tout. C’est une ville ancienne qui est extraordinaire, que nous voulons conserver et que nous voulons conserver d’une part dans le domaine de l’architecture mais également dans le domaine de l’équilibre économique et social dans son ensemble.
Franck Brisset
Ce que vous voulez, c’est que finalement, la ville ancienne ne soit pas asphyxiée ?
Pierre Boquet
Il faut que la ville ancienne ne soit pas asphyxiée. Il faut qu’elle reste ce qu’elle est. Et à mon avis, le problème de la sauvegarde de Senlis, c’est le problème de l’intégration d’une ville ancienne dans un ensemble moderne en expansion. Je pense qu’il faut éviter de ne construire que du logement seul. Car si on construit uniquement du logement seul, étant donné le potentiel de main-d’oeuvre que nous avons actuellement, nous arrivons inévitablement à la cité dortoir, ce que nous voulons éviter à tout prix. Donc je pense que cette extension de Senlis doit comprendre deux volets, si l’on peut dire. D’une part, le volet résidence, le volet logement. Mais d’autre part, le volet de l’animation, c'est-à-dire de l’animation commerciale, de l’animation culturelle et de l’animation de travail tout court si on peut dire.