L'archéologie aérienne avec Roger Agache

07 mars 1967
03m 17s
Réf. 00626

Notice

Résumé :

Présentation de l'archéologie aérienne avec Roger Agache, pionnier de cette technique en Picardie. Après avoir repéré des traces d'habitations dans les champs, on s'attarde dans ce reportage aux fouilles d'un villa gallo-romaines près d'Athies dans la Somme.

Type de média :
Date de diffusion :
07 mars 1967
Personnalité(s) :
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Éclairage

C'est en avril 1960 que Roger Agache (1926-2011), grâce à un simple appareil photo 24x36 d'amateur et un coucou de l'aéro-club d'Abbeville, s'initie à l'archéologie aérienne dont il affine progressivement les techniques. Pendant deux décennies (1960-1979), en toute saison, il règne sans partage sur le ciel du département, accumulant des milliers d'heures de vol et des dizaines de milliers de clichés qui contribuent à populariser fortement cette discipline. Les indices topographiques, sciographiques, phytologiques, pédologiques, hygrométriques ainsi que les ombres portées n'ont bientôt plus aucun secret pour lui. Malgré leur fugacité, tous sont mis à contribution pour détecter le maximum de vestiges enfouis.

Durant près de 40 ans, il publie des dizaines d'articles qui seront largement diffusés et lui confèrent une notoriété internationale. Désormais l'archéologie change d'échelle. Ainsi, rien que dans le département de la Somme, c'est un peu plus de 2900 sites protohistoriques et antiques qui sont découverts et, pour certains d'entre eux, ainsi sauvés d'un oubli irrémédiable. De spectaculaires clichés de fermes gauloises et de villas gallo-romaines nous offrent des plans d'une précision stupéfiantes.

L'apport magistral des détections aériennes ne saurait masquer certaines lacunes. Elles dépendent étroitement du substrat pédologique (la nature des sols), des techniques culturales et des techniques de fondation ou de construction des habitats. Si elles permettent la reconnaissance de grandes séries typo-morphologiques (enclos circulaires, fermes indigènes, fana (temples), villae), environ un cinquième des sites sont classés dans la catégorie des "fossés", "substructions", "aires humiques" et autres "habitats disparus" indatables. Les clichés fournissent une image à un instant particulier de la vie du site. Si des réaménagements sont parfois perceptibles, les phases d'évolution, qui vont parfois de la protohistoire au Bas-Empire ne peuvent être appréhendées. Les survols aériens sont également complètement inopérants pour la détection des sites du haut Moyen Âge qui se caractérisent par des structures souvent très érodées.

La fin du reportage se termine par une vue de la remarquable cave de la villa gallo-romaine d'Athies qui a fait l'objet des fouilles archéologiques en 1966-1976.

Bibliographie :

Roger Agache :

Vues aériennes de la Somme et recherche du passé. Introduction à la prospection aérienne des vestiges archéologiques du bassin de la Somme, (n° spécial du Bull. Soc. Préh. Nord, 5), 1962, 73 p.

Archéologie aérienne de la Somme, recherches nouvelles 1963-1964, album photographique de 178 clichés de l'auteur, (n° spécial du Bull. Soc. Préh. Nord, 6), 1964, 1 carte, 66 p.

Détection aérienne des vestiges protohistoriques, gallo-romains et médiévaux dans le bassin de la Somme et ses abords. Contribution à l'histoire de l'occupation ancienne des sols. Nouvelles recherches, (Bull. Soc. Préh. Nord, n° spécial 7), 1970, 230 p., album de 400 photos, nouv. éd. revue et complétée, 1971.

"La Somme pré-romaine et romaine d'après les prospections aériennes à basse altitude", (Mémoires de la Société des Antiquaires de. Picardie, 24), 1978, 513 p, 273 pl., 40 fig.

Avec B. Bréart. Atlas d'archéologie aérienne de la Picardie, 1, Le bassin de la Somme à l'époque protohistorique et romaine, Amiens, Société des Antiquaires de Picardie, 1975, 164 p. et album de cartes.

Tahar Ben Redjeb

Transcription

(Musique)
Journaliste
La Gaule ne nous a jamais livré autant de richesses archéologiques. Les objets usuels s’accumulent dans les musées régionaux comme celui d’Amiens. C’est que l’archéologue ne se contente plus du hasard et de la pioche. Pour rechercher les trésors enfouis, il prend l’avion. Du ciel de Picardie, c’est bel et bien la Gaule qu’on découvre en pointillés. D’en haut, un simple accident de terrain devient une empreinte du passé. La configuration géométrique d’un boqueteau révèle un ancien bastion. Pour qui sait le regarder, comme le fait Roger Agache, le paysage livre des indices révélateurs. Des talus, des buissons que l’on croyait disposés au hasard ne font que respecter le tracé d’une voie romaine.
(Musique)
Journaliste
Là même où, depuis des siècles, l’homme a construit et reconstruit, le tracé d’une fortification subsiste. Si bien qu’un plan ancien comme celui de la place forte d’Hiérmont nous est, malgré les siècles, parfaitement suggéré par la configuration du village actuel. Ce camp de César établi sur un éperon nous est restitué. Le chemin de terre semble même encore sortir par l’ancienne porte. Charles Quint fit raser une ville importante, Teroine. Aujourd'hui, 1500 mètres d’altitude permettent un retour en arrière de près de 5 siècles. Systématiquement, c’est la carte de la France du passé qui peut être dressée.
(Musique)
Journaliste
L’apport le plus récent de cette technique est, en effet, la révélation en plein champ de plans dignes d’un architecte. Des cirques, des villas gallo-romaines. Les labours ramènent à la surface des débris de fondations anciennes. Et par l’effet de l’humidité, la trace de ces pierres remuées se différencie du reste du terrain.
(Musique)
Journaliste
Sous les champs de betteraves de Picardie, on a ainsi répertorié récemment tout un habitat rural gallo romain dont l’étude, sur place, peut être entreprise en connaissance de cause. La configuration et l’importance des ruines étant connu d’avance, le travail de fourmi traditionnel de l’archéologue peut s’engager à coup sûr.
(Musique)
Journaliste
Pour peu que les villages, comme c’est le cas d’Athies s’intéressent à leur passé, on peut s’attendre à ce que les chantiers se multiplient car avec l’efficacité de la prospection aérienne, jamais la Gaulle antique n’a été aussi présente.
(Musique)
Journaliste
A l’archéologue aviateur, la préhistoire elle-même livre ses secrets. Ces cercles par exemple qui délimitaient il y a 3000 ans les lieux de culte ou d’enterrement et que rendent visibles les différences d’humidité du terrain. C’est d’en haut maintenant que l’on peut se rapprocher le plus du passé.
(Musique)