Historique des sources

Une des singularités du XXe siècle est que son histoire a été accompagnée par les Actualités cinématographiques avant que la télévision ne prenne le relais. Pour autant, le document audiovisuel n’a acquis son statut d’archive et de source historique pour l’étude politique, culturelle, sociétale que très récemment. A la suite des travaux pionniers d’historiens comme Marc Ferro, Pierre Sorlin ou Jean Noël Jeanneney, la création de l’Inathèque de France en 1992 entérine la source audiovisuelle comme objet d’étude universitaire pour l’appréhension du monde contemporain. En analysant et en recontextualisant les images d’ Actualités tournées dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur entre 1940 et 2007, les universitaires du laboratoire Telemme de la Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme ont construit comme autant de Repères pour mieux saisir et déchiffrer l’évolution de ses 65 dernières années.

De 1940 à 1953, les images proviennent du fonds de la presse filmée dont a hérité l’INA, les Actualités françaises, diffusées dans les salles de cinéma ; durant la période de la guerre, comme le rappelle le bandeau d’avertissement précédant le visionnage, ces Actualités - fondées en juillet 1940 sous l’appellation Actualités Mondiales - sont produites et contrôlées par le régime nazi et les autorités vichystes ; le commentaire est donc à entendre avec le recul nécessaire. Les Actualités françaises perdureront jusqu’en 1969, date à laquelle le téléviseur a eu le temps de se répandre largement dans les foyers français ; désormais les actualités seront reçues dans l’intimité familiale.

La télévision provençale naît en 1954 lors de la trentième édition de la foire de Marseille. A la suite des premiers reportages d’actualité de Provence-Magazine, c’est, en 1957, l’ébauche d’un journal télévisé régional avec la naissance des Actualités Méditerranée, revue filmée des principaux événements de la semaine, bénéficiant d’une diffusion bi-hebdomadaire. Ces séquences, filmées au rythme lent des opérateurs de cinéma maniant le lourd attirail du 16 mm, nous apparaissent aujourd’hui les plus chargées de l’émotion et du charme intrinsèques aux images d’archives, ressuscitant un monde disparu, comme ces lancements de bateaux au chantier naval de Port de Bouc accompagnés de leur procession d’enfants de chœur…

A l’instigation d’Alain Peyrefitte, ministre de l’information entre 1961 et 1966, l’information régionale connaît un développement sans précédent : en 1964, le journal télévisé devient quotidien, le CAT ( centre d’Actualités télévisées ) de Nice est créé: les Alpes Maritimes (avant la Corse en 1969 ) font leur entrée dans les Actualités régionales. Si les déplacements du Préfet sont un des grands classiques des sujets du JT - figure imposée par le SLII (Service des Liaisons interministérielles pour l’information ) mis en place par le ministre - ils témoignent, aujourd’hui, de la France des Trente Glorieuses qui se modernise : éradication des derniers bidonvilles, inauguration d’autoroutes, plans d’aménagement du territoire comme celui de l’extension portuaire de Fos.

La 3ème chaîne de l’ORTF débute en juillet 1973 dans la région ; sa destinée sera courte puisqu’elle se termine avec l’éclatement de l’Office quelques mois plus tard ; mais elle impulse la création de FR3 qui se détermine dès ses débuts comme la chaîne des Régions et confirme, à Marseille, l'existence d'une Unité Régionale de Production, créatrice de documentaires ou dramatiques de grande qualité. Par l’augmentation du temps d’antenne, la mise en place de magazines économiques ou de vie sociale, la professionnalisation des journalistes, l’évolution des techniques avec le passage du film à la vidéo, la station de FR3 s’impose dans le paysage médiatique et devient le lieu incontournable aussi bien pour la parole politique que pour les décideurs économiques ; la langue régionale y fait une première apparition.

Après l’arrivée de la Gauche au pouvoir et la loi du 29 juillet 1982 supprimant le monopole de l’Etat dans la production et la création audiovisuelles, instituant les radios libres, FR3 veut confirmer son rôle régional : elle se détache de la radio (confiée à Radio-France), la durée des programmes quotidiens passe de 35 minutes à 3 heures ; cependant même si la publicité fait son apparition à partir du 1er janvier 1985 sur l’antenne régionale, les moyens budgétaires ne seront pas à la hauteur des prétentions.

La chaîne doit également prendre en compte la concurrence mise en place par le Plan câble qui donne naissance en 1988 à la chaîne locale Canal Marseille. A partir de 1990, en même temps que s’installe le décrochage local de M6, dans un cadre de contrat d’objectifs signé entre la station et la direction de la chaîne, une nouvelle étape de la décentralisation audiovisuelle est lancée avec l’idée forte de télévision de proximité : les éditions locales se multiplient, Toulon en 1995, Marseille en 1996, Nice en 2001 ; un rendez-vous quotidien s’installe dans la tranche de la mi-journée ; enfin, la coopération inter-méditerranéenne, stimulée par l’action du CMCA, donne naissance à de nouveaux magazines comme l’emblématique Mediterraneo.

Marie-Christine Hélias-Sarre

Responsable documentaire, Ina Méditerranée