Présentation du site

Edito

Acteurs d’une politique citoyenne de transmission de la mémoire audiovisuelle et d’éducation à l’image, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Ina proposent : « Repères Méditerranéens ».

Réalisé à partir des archives audiovisuelles de l’Ina, ce site éditorialisé en ligne permet d’accéder au patrimoine audiovisuel régional des 50 dernières années. Les documents sélectionnés sont expliqués dans leur contexte grâce au concours d’historiens et géographes du centre de recherches TELEMME (Université de Provence - CNRS) de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, en collaboration avec la délégation régionale Ina Méditerranée.

Mémoire audiovisuelle de Provence-Alpes-Côte d’Azur, le site « Repères Méditerranéens » permet de relire son histoire, de partager son identité, de retrouver celles et ceux qui l’ont marquée.

Michel Vauzelle Emmanuel Hoog
Président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur Président de l'Institut national de l'audiovisuel

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Les Repères méditerranéens mettent à la disposition du public un ensemble documentaire exceptionnel, tiré du riche fonds d’archives de l’INA, qui permet de parcourir l’histoire de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis les années quarante et d’en comprendre l’évolution. En quelques décennies, cette région a connu une impressionnante série de mutations, avec de véritables ruptures. Ce sont d’abord les années de guerre, entre 1939 et 1945, avec leur cortège de drames et de destructions, dans une Provence que sa situation a placé au cœur de quelques moments essentiels, dont le débarquement du 15 août 1944. L’empreinte politique de cette période a été considérable puisqu’une génération nouvelle, issue de la Résistance, a dominé la scène politique et la presse jusqu’aux années 1980. La deuxième rupture, celle du « choc de la décolonisation », a été marquée par l’impact des guerres coloniales sur la région, la fin du « système industrialo-portuaire marseillais » qui reposait en grande partie sur les produits venus d’Outre-Mer et par l’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de rapatriés. Cet apport a contribué à la formidable mutation démographique qui, depuis les années soixante, a fait doubler la population régionale pour arriver aux quelque cinq millions d’habitants d’aujourd’hui. Immigration de travail composite, mêlant la main d’œuvre peu qualifiée souvent étrangère aux cadres et professions indépendantes originaires de toutes les régions de France et d’une partie de l’Europe, néo-retraités, migrants temporaires – les touristes – qui multiplient la population chaque été, tout témoigne d’une attraction qui ne se dément pas et qui fait de la Provence l’une des régions les plus prisées, sinon la plus prisée du pays. Cet essor s’est accompagné d’une urbanisation galopante à partir du littoral et des grandes villes, recouvrant les petites républiques villageoises et tendant à cloisonner des populations séparées par des écarts de richesse considérables dans et autour des conurbations qui concentrent le long du littoral 70 % des habitants.

Cet essor a nécessité, pour être accompagné et poursuivi, la construction d’équipements spectaculaires : voies de communication (autoroutes, lignes ferroviaires à grande vitesse) et aéroports, escalier de barrages de la Durance et du Verdon qui permettent, entre autres choses, au canal de Provence d’alimenter en eau le bas pays, établissements scolaires et universitaires, zones commerciales ou d’entreprises, etc. Cette transformation du paysage, brutale, parfois « sauvage », a posé très tôt la question de la préservation d’un environnement fragile, menacé par des périls tout naturels (incendies, inondations, etc.), comme par les convoitises très humaines que de trop nombreuses « affaires », crapuleuses ou politico-financières, sont venues dévoiler durant cette période. La mise en place d’une série de parcs – parmi les premiers en France - ou de sites protégés, dont la liste n’est pas close, est venue sanctuariser une partie d’un patrimoine naturel exceptionnel. L’entrée dans la “société de consommation”, la diffusion de la télévision, la généralisation de la voiture, la construction des grands ensembles, l’essor des « grandes surfaces » accompagnent cette mutation tertiaire et post-industrielle. Le moment est marqué, non seulement par la déferlante du tourisme estival, mais aussi par le réveil d’une partie de la montagne grâce aux sports d’hiver, et par l’extraordinaire engouement pour certaines formes de culture qui ont donné naissance à une économie touristique particulière, que nourrissent les grands festivals – Cannes, Avignon, Aix, etc. – nés après la guerre. En participant au changement d’image de la région et en favorisant un terreau créatif, ils ont contribué à faire de la Provence une « terre de culture » parmi les plus vivantes qui soient. Le patrimoine historique, dans toute sa précieuse diversité, qui s’étend de la Préhistoire à l’époque la plus contemporaine, en a profité, d’autant qu’il bénéficiait de découvertes – la grotte Cosquer -, de redécouvertes – la Vieille Charité à Marseille – ou de créations – la Fondation Maeght - spectaculaires. Dans le même temps, la « militarisation » de certains plans de Provence (Albion, Canjuers) renforçait la présence des armées au point de donner à la région une prééminence nationale. Mais, dans le même temps, l’ancienne économie, agricole et industrielle, se défaisait. La désindustrialisation a touché les activités traditionnelles (tanneries, poterie, etc.), les mines, puis la construction navale qui était le fleuron de la métallurgie régionale. Alors que Fos-sur-Mer, prolongeant l’extension de Marseille vers l’Ouest, bouleversait les rivages de La Crau et la géographie industrielle du Sud, une autre économie, tournée vers les services – commerce, tourisme, etc. - ou les hautes technologies, s’installait avec pour tête de proue et modèle Sophia-Antipolis, et dont ITER est la plus récente illustration. Mais ces changements, parfois brutaux, ont sinistré les bassins de mono-activité et ne sont pas allés sans drames sociaux qui ont mis souvent la Provence et Marseille au premier rang de l’actualité des « luttes ». Ce bouleversement a eu des effets considérables sur le paysage, l’activité, la culture, les rapports de forces politiques et sociaux. Même si la culture « républicaine avancée » (« rouge »), qui a servi de fondement à la longue domination électorale de la gauche, socialiste et communiste, se maintient, le glissement à droite, à partir de la Côte d’Azur et des noyaux persistants de la Provence « blanche », s’est accentué depuis les années quatre-vingt avec le délitement du système politique issu de la Libération et dont Gaston Defferre était l’une des clés de voûte. Dominée par le Parti républicain (PR), amalgamant démocratie-chrétienne et conservatisme, modernisme libéral et traditionalisme, “médecinisme“ niçois et nostalgiques de l’empire colonial, une nouvelle Provence « blanche » émerge donc. Sous l’effet de ce glissement et des braises mal éteintes de la décolonisation, la propension régionale à l’extrémisme politique change partiellement de sens. Alors que le Parti communiste s’est affaibli, l’émergence d’une droite extrême ternit l’image d’une région que, déjà, la vague de crimes racistes des années soixante-dix avait ébranlée.

Pourtant, elle est aussi le cadre d’une intégration que bien d’autres régions envieraient. Voie de passage, ouverte aux flux transalpins, elle a entretenu longtemps avec l’Italie une relation ambiguë. Elle paraît reproduire, depuis cinquante ans, avec l’Afrique du Nord un rapport du même genre. Région frontière, région littorale, région refuge, région de passage, attirant le Nord et le Sud, elle est zone de brassage, pôle d’attraction, centre d’initiatives. L’une de ses caractéristiques est d’être parcourue par tous les flux de la Méditerranée. Ces Repères ne se dénomment pas par hasard méditerranéens. Ils veulent rendre compte d’une Provence ouverte, qui se forge au fil des jours grâce aux efforts de tous ceux qui s’y investissent, quelle que soit leur origine, et ils insistent sur les liens historiques, économiques, humains, culturels, qui unissent la région à toutes les contrées de la Méditerranée. L’identité de cette région ne se résume pas à une histoire passée, même s’il est important de l’enraciner dans une « tradition », qu’il convient d’entretenir. Au cœur de cette construction toute contemporaine, il y a désormais la Région dont l’émergence comme entité politique majeure depuis 1975, et, plus encore, depuis 1982, est l’un des grands changements structurels de la période. En contribuant à organiser le territoire, en lui donnant une représentation, en prenant des initiatives qui engagent son avenir, elle participe de cette réalité dynamique dont ces Repères tentent de rendre compte au mieux, sous ses diverses facettes, par-delà les contraintes de sources, avec le souci d’un équilibre thématique et géographique.

Jean-Marie Guillon

TELEMME - (Université de Provence - CNRS)

Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme