Retour des appelés d'Algérie

16 janvier 1959
50s
Réf. 00001

Notice

Résumé :

Le paquebot Ville de Marseille arrive au port de la Joliette. Il revient d'Algérie avec à son bord des libérés du contingent, dont le sergent Charlie Robert, héros du magazine télévisé "Cinq Colonnes à la Une" sur la guerre dans les Aurès.

Date de diffusion :
16 janvier 1959
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

Le reportage est court, mais son intérêt est double ; d'une part, il met en scène une des réalités quotidiennes du port de Marseille dans le rôle qu'il joue dans l'alimentation de l'armée en Algérie durant la guerre, d'autre part, il renvoie à un moment important dans l'histoire de la télévision en France avec le magazine Cinq colonnes à la Une [cf Repmed00607]z.

Le premier aspect est donc de montrer le débarquement dans le port de Marseille de soldats qui reviennent d'Algérie. La guerre d'Algérie a pris, à Marseille, le relais de celle d'Indochine, mais avec une tout autre dimension depuis 1955-56. C'est alors que le contingent est envoyé en Algérie, où, désormais, en permanence, 450 000 hommes sont mobilisés. Presque tous les militaires affectés dans une garnison algérienne transitent par Marseille et par le camp de Sainte-Marthe. Tous, dans leurs lettres, évoquent ce camp - le Dépôt des isolés militaires - d'une capacité de 20 000 hommes, et le comparent souvent à un immense stalag. Un ballet incessant de camions GMC bâchés unit la gare de marchandises où les trains militaires débarquent leur cargaison d'hommes, le camp et la Joliette où ils embarquent sur des bâtiments plus ou moins inconfortables, plus ou moins lents, plus ou moins vieux, qui font la navette entre Marseille et Alger. Ils ont pour nom Pasteur, Kairouan, Ville-de-Tunis, Ville-de-Marseille, Sidi-Ferruch, Lyautey, Maréchal Joffre, Athos II, etc, et laissent des souvenirs divers, surtout si la mer est mauvaise. Au début surtout, certaines familles viennent assister à l'embarquement et dire au revoir au jeune appelé.

Le retour ne passe plus par Sainte-Marthe. Les libérés sont conduits directement à la gare. Il arrive que des compagnies de gendarmes mobiles encadrent un débarquement dont on redoute les débordements. Beaucoup portent la quille autour du cou, cette quille que l'on a souvent attendu avec d'autant plus d'impatience que l'incertitude règne sur la date de la libération et que la rumeur a fait craindre de jouer les prolongations. La durée de service, variable selon les classes et les emplois, est passée globalement de 18 à 24 mois, puis à 27 mois.

Les libérés qui habitent dans la région sont souvent accueillis par des parents à la sortie du port. C'est le cas du sergent Robert qui est originaire de Bonnieux (Vaucluse), et que le premier numéro de Cinq colonnes à la Une à mis en vedette le 9 janvier précédent, alors qu'il était chef de groupe au 15e Bataillon des tirailleurs algériens dans la région des monts Hodna, au sud de Sétif. Il avait été montré au milieu de ses camarades en opération et dans des activités civiles, alors que ses parents étaient filmés dans leur cuisine, extrêmement émus de le voir, filmé deux jours avant, à une époque où la chose apparaît encore comme extraordinaire. Le reportage est évidemment contrôlé par les services de propagande de l'armée. Les images (guerre et pacification) ne sont pas choisies au hasard, pas plus que le "héros" de la soirée, bon soldat, méritant, venant d'un milieu simple d'agriculteurs, dixième d'une famille de onze enfants, en somme un appelé "banal" et libérable peu après. C'est sur ce type de reportage portant sur le quotidien des gens "d'en bas", leurs problèmes, leurs loisirs, l'ordinaire de la vie, que Cinq colonnes à la Une construit une partie de son originalité. Mais ce magazine que Pierre Lazareff vient de lancer avec Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère, offre aussi une remarquable fenêtre sur le monde, avec une ouverture et une liberté de ton qui tranche avec le conformisme de la télévision d'alors. C'est ce qui fera son succès et explique la trace qu'il continue de laisser dans les mémoires.

Bibliographie :

Jean-Charles Jauffret, Soldats en Algérie, Paris, Autrement, 2000.

Martine Lemalet, Lettres d'Algérie 1954-1962, Paris, Jean-Claude Lattès, 1992.

Filmographie :

INA, Cinq colonnes à la Une, DVD (sélection des émissions), 2007.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Toucher le port de la Joliette. A bord des centaines de jeunes hommes heureux, heureux du devoir accompli, heureux surtout de retrouver des êtres chers. Parmi eux, vous allez le reconnaître dans quelques secondes, un visage, celui du Sergent Charly Robert, originaire de Bonnieux dans le Vaucluse, qui fut vendredi soir la vedette de l'émission télévisée «5 Colonnes à la Une». Cette émission nous a montré en direct le travail utile de nos soldats sur la terre algérienne. Les 3 aînés de la famille Robert, 11 enfants, sont là pour accueillir leur jeune frère le Sergent Charly, retour des Aurès après 26 mois de guerre. A tous, un heureux retour dans la famille.