La mise en eau du barrage de Serre Ponçon

02 avril 1960
01m 20s
Réf. 00003

Notice

Résumé :

Le plus grand barrage d'Europe, celui de Serre Ponçon dans la vallée de la Durance, vient officiellement d'être mis en eau. Deux villages, Savines et Ubaye, seront recouverts par les eaux. Un nouveau village de Savines est en construction.

Date de diffusion :
02 avril 1960
Source :

Éclairage

Depuis le XIXe siècle, études et projets se sont penchés sur la vallée de la Durance pour en régulariser le cours et tirer un meilleur parti de la rivière. La décision de l'aménager a été prise en 1951 et, après le vote d'une série de lois, ces travaux ont été déclarés d'utilité publique le 5 janvier 1955. La pièce maîtresse de cet aménagement a été la construction du barrage de Serre-Ponçon, au confluent de l'Ubaye et de la Durance. Cet ouvrage monumental est le plus important de ce type (barrage-poids en argile compactée) en Europe. Haute de 123 mètres, sa digue renferme une centrale électrique souterraine.

Outre la régularisation de la rivière, le barrage, financé en partie par le ministère de l'Agriculture, a permis de créer un réservoir pour l'irrigation en aval. Il fournit de l'électricité (700 millions de KWh) et a permis la réalisation de treize centrales sur la Durance jusqu'à Saint-Chamas où une partie des eaux est rejetée dans l'Étang de Berre. Mais, avec un lac de retenue de 2 830 ha, soit la dimension du lac d'Annecy, il est devenu un élément essentiel de l'activité touristique dans les Hautes-Alpes, ce qui, au départ, n'avait pas été envisagé. Le nouveau Savines reconstruit dans le style géométrique des années 1960, sur un replat, au débouché du viaduc de 924 m. qui traverse le lac, n'a pas plus d'habitants aujourd'hui que dans les années cinquante (850), mais 12 à 14 000 vacanciers viennent ici l'été. Tout le secteur d'Embrun vit désormais en grande partie de ce tourisme d'été.

Comme le documentaire l'indique, la mise en eau du barrage marque donc bien le passage d'un monde à un autre. Le bouleversement de la vallée a été complet. Deux villages, Savines et Ubaye, treize hameaux ont été submergés et 1 200 personnes évacuées. La majorité de cette population vivait de l'agriculture, mais la filature de Savines (dont on voit la destruction ici), créée par un enfant du pays à la fin du XIXe siècle, employait encore 200 personnes. Ubaye n'a pas été rebâti. Sa disparition avait servi de prétexte à un film, L'Eau vive, dont le scénario et les dialogues étaient de Jean Giono, et à une chanson de Guy Béart qui popularisa en son temps (1956) la mutation brutale de la vallée.

Bibliographie

François Desvignes, Le canton de Savines, Gap, Edition de la Librairie des Hautes-Alpes, 1996.

Filmographie

L'Eau vive, François Villiers, Films Caravelle, 1956.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Dans un fracas de tonnerre, la cheminée et l'usine de Savines sont tombées en poussière hier à 16 heures. Savines, l'un des deux villages qui avec Ubaye sera bientôt recouvert par les eaux de la Durance. Ce 1er avril était le premier jour du deuxième trimestre de l'année, celui de la fonte des neiges. Dans trois mois, l'eau qui est à la côte 710 arrivera à la côte 760. Et à Serre-Ponçon hier, de nombreuses personnalités de l'EDF entouraient Messieurs Mignon et Berthier, préfets des Basses Alpes et des Hautes Alpes, venus assister à la mise en eau définitive du plus grand barrage en terre d'Europe. Après avoir coupé le ruban symbolique, Monsieur Mignon pressera le bouton qui commande la vanne de dérivation, le barrage de Serre-Ponçon commencera à se fermer lentement. Tandis qu'un nouveau Savines se construit plus haut, là-bas, un monde révolu disparaît dans ces régions et les espérances se tournent vers la prodigieuse énergie qui va naître des eaux de la Durance. Hier, 1er avril 1960, une page de l'histoire économique de la Provence vient d'être tournée.