Le barrage de Sainte Croix sur le Verdon

16 novembre 1973
03m 18s
Réf. 00007

Notice

Résumé :

Première mise en oeuvre du barrage de Sainte-Croix qui va permettre de retenir les eaux du Verdon pour mieux assurer l'alimentation en eau de la Basse-Provence. L'ingénieur EDF rappelle que dans la réalisation de cet ouvrage, les difficultés techniques ont été bien moindres que le problème social et humain du transfert de toute une population, celle du village des Salles, dans un nouveau lieu. Un monde ancien disparaît, remplacé par de nouvelles ressources.

Date de diffusion :
16 novembre 1973
Source :

Éclairage

Depuis longtemps, les villes de Basse-Provence s'intéressent aux ressources en eau du Verdon. Le barrage de Quinson sert depuis la fin du XIXe siècle à l'approvisionnement d'Aix-en-Provence. L'importante source vauclusienne de Fontaine-L'évêque (Bauduen) avait fait l'objet d'études par le département du Var. L'aménagement de la Durance et la création du Canal de Provence ont conduit à la réalisation du barrage de Sainte-Croix, du nom de l'un des villages (Sainte-Croix-du-Verdon, Alpes-de-Haute-Provence) qui désormais bordent son plan d'eau. Située entre le canyon du Verdon et les basses gorges, cette immense retenue, presque aussi grande que celle de Serre-Ponçon avec ses 2 500 ha, est au coeur du système de barrages du Verdon. En plus de l'eau, elle fournit comme elle de l'électricité (140 millions de KWh) et le lac est devenu un lieu de fréquentation touristique massive qui modifie chaque été la vie de la vallée. Les 80 campings qui se trouvent sur ses bords abritent 25 000 vacanciers.

Dix ans après Serre-Ponçon, comme dans la vallée de la Durance, c'est à un changement brutal qu'a été confronté le secteur. Le village des Salles, vieux village provençal serré autour de son clocher est en cours de démolition lorsque le reportage est tourné. Ses 125 habitants, plus une centaine d'agriculteurs dispersés dans les 85 fermes de la vallée, ont été déplacés. Le nouveau village, construit en surplomb du lac à partir de 1974, vit principalement aujourd'hui du tourisme. Le souvenir de la disparition du village originel n'en reste pas moins vif. Le 12 novembre 2000, ont été inaugurés un mémorial et un parcours de mémoire de onze étapes et l'on peut lire dans la mairie du village : "Les Salles ont vu leur village détruit, puis englouti dans les eaux du Verdon pendant l'hiver 73-74, pour que puisse exister le lac de Sainte-Croix. L'aménagement du territoire, avec sa logique et sa froideur, a fait de l'intérêt général le premier de ses principes, ignorant la vie des populations locales".

Bibliographie

Jacques Windenberger, Est-ce ainsi que les gens vivent ? Chronique documentaire 1969-2002, Marseille, Editions Parenthèses, 2005. (photographies)

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Depuis maintenant plusieurs années, les travaux du barrage de Sainte Croix, sur le Verdon, dans le Haut Var, se poursuivent avec acharnement. La construction de ce barrage va entraîner, vous le savez, la disparition du village des Salles sur Verdon. Le nouveau village est terminé et déjà habité. On a beaucoup parlé de ce problème mais peu du barrage. Sa réalisation va entraîner un regain de vie pour l'ensemble de cette partie du Haut Var, un lac artificiel aussi grand que celui d' Annecy attirera de nombreux touristes tout un plan d'équipement est déjà prévu. Les techniciens de l'EDF ont tenu à inviter la presse à l'occasion de la fermeture de la vanne de retenue des eaux du Verdon. Pour la première fois, l'eau monte tout au long de la carcasse de béton et se déverse aussi par une autre vanne vers la Durance, évènement très important donc.
Inconnu
Ce n'est pas tellement l'ouverture de cette vanne que vous voyez couler maintenant qui est importante mais c'est plutôt la fermeture de la vanne que nous avons fermée tout à l'heure qui est importante. Puisque ça marque la fin des travaux principaux de cet ouvrage qui est un des ouvrages importants pour la région et qui a marqué si vous voulez l'ensemble des problèmes de distribution d'eau et d'alimentation en eau de toute la région provençale. Y compris les grandes villes comme Toulon et Marseille et qui est à l'heure actuelle dans la phase d'achèvement et c'est pourquoi cette opération est pour nous une opération très importante.
Présentateur
Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées dans ce site ?
Inconnu
Eh bien, c'est un site qui a ... au point de vue technique ne nous a pas donné de difficultés très importante, il se présente d'une façon je dirais très exceptionnelle au point de vue topographique car la quantité de béton que nous avons mis en oeuvre est dérisoire par rapport à la quantité d'eau que nous allons stocker derrière. Je pourras vous citer un chiffre, le rapport de la capacité de la réserve au volume de béton d'ouvrage est de 15000, c'est à dire qu'il a fallu, il suffit d'un mètre cube de béton pour retenir 15000 mètres cube d'eau ce qui est un chiffre absolument exceptionnel, même très rare en Europe par exemple. Donc ce site était inscrit si vous voulez dans la nature dans les faits, et compte tenu des besoins en eau de la région c'était évidemment un des problèmes fondamentaux à résoudre. Au point de vue de la technique pure, il y a eu bien évidemment quelques petits problèmes, mais enfin ce sont des problèmes qui ont été, je dirais, facilement surmontés. Par contre les gros problèmes que nous avons rencontrés ici sont plutôt les problèmes dus à l'environnement, aux problèmes humains, au problème, disons-le, des habitants de la cuvette qui ont été évidemment obligés de changer, de changer de mode de vie, de se trouver perturbés et dans biens des cas. Ça a certainement posé des problèmes difficiles pour eux et ça je pense que tout le monde en était conscient dès l'origine et c'est là certainement que le problème a été le plus difficile.
Présentateur
Il faudra attendre un an avant que toute la vallée ne soit immergée et que le village des Salles sur Verdon ne disparaisse définitivement sous les eaux du lac.