De l'eau pour tous : le Canal de Provence

30 septembre 1976
12m 41s
Réf. 00010

Notice

Résumé :

La société du Canal de Provence, créée en 1958, a commencé les travaux de dérivation de l'eau du Verdon en 1964. Le canal permet l'alimentation des grandes agglomérations, des zones industrielles et agricoles des Bouches-du-Rhône et du Var à partir d'un système de répartition par modulation électronique. Cette alimentation régulière en eau a permis la diversification des cultures, le développement de l'industrie chimique et éloigné le spectre de la sècheresse estivale en Basse-Provence.

Type de média :
Date de diffusion :
30 septembre 1976
Source :

Éclairage

En 1976, la deuxième tranche du canal de Provence vient d'être achevée. Commencée en 1969, elle conduit l'eau du Verdon, à travers les massifs de la Sainte-Victoire et de la Sainte-Baume, vers Toulon, la région d'Hyères et les communes de l'Ouest-Varois. La sécheresse de 1967 qui avait menacé leur approvisionnement en eau a accéléré son lancement. La première tranche (1964-1969) desservait Aix (par l'intermédiaire du barrage de Bimont), Marseille-Nord et la zone de l'Étang de Berre à partir d'un canal-maître partagé avec l'EDF reliant le réservoir de Gréoux à la région de Rians. La troisième (1976-1986) ira vers Marseille-Est.

La Société du Canal de Provence avait été créée, par étapes, entre 1957 et 1963, date à laquelle cette société d'économie mixte a obtenu la concession des aménagements hydrauliques du bassin de la Durance afin de pourvoir aux besoins de l'agriculture et aux usages domestiques et industriels de la région provençale. Avec la participation de l'État, son capital avait été souscrit par divers organismes publics (collectivités locales, chambres d'agriculture, etc.), mais le projet était porté principalement par les conseils généraux des Bouches-du-Rhône et du Var ainsi que par la ville de Marseille. On entrevoit dans le reportage le siège de la société, au château du Tholonet, près d'Aix, où se trouve aussi le centre de télécommande qui régule le débit le long des 270 km de canaux et de galeries. Le barrage de Sainte-Croix, sur le Verdon, vient dans les mêmes années compléter le dispositif. Celui-ci, initialement, faisait une large part aux besoins agricoles (150 000 ha desservis en 1972, 80 000 ha aujourd'hui) et ce service reste important. Mais il répond aussi, et de plus en plus, aux besoins en eau de l'urbanisation littorale et de ses excroissances dans l'intérieur des terres. Le canal dessert 59 communes des Bouches-du-Rhône et 57 dans le Var, soit 3 millions de résidents permanents (auxquels il faut ajouter des millions de vacanciers). C'est d'ailleurs grâce à la sécurité que le canal de Provence donne que l'urbanisation a pu se développer. L'intervention de Gabriel Polge de Combret, élu maire du Beausset, dans l'arrière-pays toulonnais, est de ce point de vue très révélatrice.

À ces besoins sont venus s'ajouter immédiatement ceux de l'industrie, et, en particulier, ceux des complexes pétrochimiques installés sur les bords de l'Étang de Berre. C'est ce qu'illustre le cas de Naphtachimie, installée à Lavéra. Par ailleurs, la Société du canal de Provence a pris en charge le réseau du Calavon (sur le flanc nord du Lubéron), le canal de Manosque et le réseau issu du barrage de Saint-Cassien au nord de l'Esterel qui dessert la région de Fréjus-Saint-Raphaël et que l'on prévoit (en 2008) de relier au réseau principal issu du Verdon.

Une grande partie de l'expansion urbaine, industrielle et agricole de la Basse-Provence repose donc sur cette réalisation.

Bibliographie

Méditerranée, "L'eau en Provence-Alpes-Côte d'Azur", Aix-en-Provence, n° spécial 2-3, 1980.

Roger de Morant, Le canal de Provence. Un exemple français d'aménagement régional, Aix-en-Provence, Ed. Société du canal de Provence, 1980.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
(Silence)
Journaliste
En Provence, barrages, canaux, aqueducs, témoignent depuis la plus haute antiquité d'une préoccupation vitale : la maîtrise de l'eau. Mais, dans les pays industrialisés la consommation d'eau double tous les 15 ans et le problème se pose à chaque génération. Dans cette perspective, le canal de Provence se présente comme la plus importante réalisation hydraulique de la deuxième moitié du 20ème siècle. Véritable épopée technologique, qui depuis près de 20 ans met en oeuvre des travaux gigantesques. Le canal de Provence s'étend sur deux départements, les Bouches du Rhône et le Var. Conçus pour 3 millions d'habitants, il alimente déjà ou alimentera en eau 110 communes, dont les grandes villes comme Marseille, Aix et Toulon, les zones industrielles de Fos, Berre-Lavéra, Gardanne, La Ciotat, La Seyne, et doit permettre l'irrigation de 60 mille hectares de terre portant 18000 exploitations agricoles. Transportant 40 mètres cube d'eau à la seconde - le débit de la Seine à Paris - il a nécessité 220 km d'ouvrage dont 114 km de galeries souterraines creusées dans des terrains souvent difficiles. Son système de répartition de l'eau par modulation électronique en fait l'ouvrage de ce type le plus moderne du monde.
Responsable 1
La société a été créée, les négociations ont commencé aux environs des années 1955, puis la société a été créée en 1958 et les travaux ont réellement démarré en 1964. Le montant des travaux est important puisque actuellement le devis général du projet est de, environ 2 milliards 700 millions de francs actuels.
Journaliste
Mais 2 milliards 700 millions de francs, ce sont des francs qui sont cumulés depuis 1964, c'est-à-dire que l'évaluation en francs 1976 est grosso modo de l'ordre de 4 milliards de francs quoi, si on réévaluait l'ensemble des dépenses au jour d'aujourd'hui.
Responsable 2
La dotation maximum qui peut être utilisée par le canal de Provence est de 40 mètres cube seconde. Comment se répartissent ces 40 mètres cube seconde : 10 mètres cube seconde vont vers la branche d'Aix, qui alimente le barrage de Bimon. A la sortie de Sainte Victoire, les 30 mètres cube seconde se répartissent comme suit : 14 mètres cube seconde vers la branche de Marseille ouest, destinés à l'alimentation de la ville de Marseille et les 16 mètres cube seconde restants vont vers le Var.
Journaliste
Premier objectif, l'agriculture. Dans la plaine d'Aix irriguée depuis 4 ans, les agriculteurs pensent sans nostalgie à leurs anciennes récoltes.
Agriculteur
Ici ce n'était pas énorme au point de vue culture, il y avait du blé, un peu de vigne à l'origine c'est tout.
Journaliste
Il n'y avait pratiquement que deux choses possibles.
Agriculteur
Que deux choses possibles. C'est ça.
Journaliste
Alors justement, l'irrigation dont vous bénéficiez depuis quelques années, qu'est ce que ça vous a apporté ?
Agriculteur
Bien sûr, ça a apporté au départ beaucoup de choses parce que ça a donné de la valeur aux cultures et on se permet de faire des cultures qu'on ne pouvait pas faire auparavant.
Journaliste
C'est-à-dire ?
Agriculteur
Eh bien, c'est-à-dire des cultures légumières, que ce soit des pommes de terre en particulier, oignons ou des ails, le plus important c'est le... au point de vue vieux matériel d'irrigation.
Journaliste
L'eau n'est pas très chère finalement ?
Agriculteur
Eh bien, il y a une taxe d'abonnement qui est assez importante, mais au point de vue d'eau, non, non, là ça va.
Journaliste
C'est le matériel ?
Agriculteur
C'est le matériel.
Journaliste
Dans le Var, près de Bandol et de la Cadière, on pose les derniers tuyaux et de nombreux cultivateurs ont depuis trois mois changé leur mode de vie.
Agriculteur 2
Oui, ça a changé parce que brutalement quoi, nous passons de la culture viticole à la culture maraîchère, et disons que c'est une culture qui occupe davantage de main-d'oeuvre que la viticulture.
Journaliste
Et dans la plaine de Berre, à La Fare-Les Oliviers, l'arbre biblique a trouvé une nouvelle jeunesse.
Agriculteur 3
Cette région, c'est la région où il pleut peut-être le moins de France, donc vous voyez si l'eau pour nous est précieuse.
Journaliste
D'autre part, vous avez eu des malheurs en 56, les oliviers sont morts, il a fallu tout refaire, tout repartir pratiquement de zéro.
Agriculteur 3
C'était possible que sur l'olivier parce que l'olivier est un... c'est l'arbre biblique vous le savez. Il y a ceux du jardin des oliviers, que vous aviez évoqué, ils existent toujours, ils ont plus de 2000 ans. L'olivier est le seul arbre qui soit immortel. Donc on a, on s'est mis au travail parce que on les aimait ces oliviers, et voilà le résultat. L'olivier renaît de ses cendres, il est revenu, il est revenu plus beau que ce qu'il était parce qu'il s'est rajeuni.
Journaliste
Oui mais alors ... S'il est revenu aussi beau c'est que parce que vous avez pris le taureau par les cornes et que vous avez employé des méthodes nouvelles et notamment l'arrosage.
Agriculteur 3
Alors, bien sûr on les a parce qu'il nous avait donné de la peine eh bien on les a travaillés avec un coeur rempli d'amour, c'est comme un gosse qui est chétif et bien, on l'aime plus que les autres encore celui là. Et ma foi, on a eu la chance de pouvoir irriguer nos coteaux qui n'étaient pas irrigué, c'est grâce au canal de Provence si on a pu les irriguer. Il faut avoir l'eau. Le prix bien sûr, ça importe maintenant dans nos prix de revient et le prix de nos produits, mais un paysan provençal comme moi, eh bien, attache tellement de prix à l'eau, je me suis battu sur le bord de mon vieux canal qui a 400 ans en bas, pour de l'eau, mais vraiment battu pour des minutes d'eau, c'est pour vous dire le prix que nous attachons à cette eau. Alors évidemment, maintenant c'est cher. Mais c'est cher pour quelle raison ? Moi à mon sens, l'eau est chère premièrement parce que, on veut amortir peut-être les installations sur une génération, alors que une oeuvre comme le canal de Provence et bien durera pendant des siècles, comme Craponne.
Agriculteur
La deuxième raison c'est peut-être aussi sûrement que nos produits n'ont pas suivi, n'ont pas suivi les prix normaux des prix de revient.
Journaliste
Deuxième objectif : l'industrie. Après épuration, un cubage important est mis à la disposition des grandes raffineries et des complexes pétro-chimiques, gros consommateurs d'eau sous toutes ces formes. Un tiers du cubage transporté par le canal de Provence est utilisé par l'industrie.
Responsable 3
Nous disposons pour la fourniture de vapeur de 2 centrales, pour Naphtachimie proprement dit, la plus grande centrale que vous voyez là derrière moi avec ses cheminées est une très grosse consommatrice d'eau industrielle, qui est épurée dans des systèmes d'épuration, de déminéralisation totale, qui sont parmi les plus gros d'Europe.
Journaliste
Alors, combien vous utilisez d'eau, est-ce qu'on peut avoir une idée de la quantité ?
Responsable 3
Nous utilisons actuellement environ 2 800 000 litres d'eau à l'heure ou 800 litres seconde environ pour l'ensemble Naphtachimie, Rhône-Poulenc et Oxo.
Journaliste
Cette eau vient d'où ?
Responsable 3
Cette eau vient bien sûr du canal de Provence puisque notre région est très pauvre en approvisionnement d'eau. Autrefois, à l'origine de l'usine, cette eau venait de la Crau, mais nous avons eu de très gros développements en 65 et surtout en 70-72 qui ont fait passer la taille de Naphtachimie et sa capacité de production de 16 000 tonnes d'éthylène fabriqué à 600 000 tonnes, vous voyez l'énorme bond qui a été fait et bien entendu si nous n'avions pas eu des ressources fournies par le canal de Provence, aucun développement n'aurait été possible.
Journaliste
Troisième objectif enfin, l'alimentation des communes. La toute nouvelle station d'épuration d'Ollioules fournit depuis cet été, l'eau potable à une grande partie du littoral varois. Pour les maires, c'est une grave préoccupation qui disparaît et la possibilité d'un important développement de leur commune.
Gabriel Polge de Combret
La maladie du manque de l'eau était une maladie terrible, un véritable fléau. Je suis beaussetan d'origine, donc plus d'un demi siècle de passé et de souvenirs et il est bien certain que un des souvenirs le plus cuisant de mes souvenirs en Provence ici c'est l'absence de l'eau et je crois que je dirais tout en rappelant un chiffre il y a seulement 20 ans, l'été, Le Beausset et les Beaussetans, c'est-à-dire plus de 3000 habitants disposaient en période de pointe de 30 mètres cube par jour.
Journaliste
Toute la population ?
Gabriel Polge de Combret
Toute la population. J'ai le souvenir de l'époque - pas tellement lointaine puisque c'était juste avant que je ne sois maire en 1959 - des queues aux fontaines. Les fontaines qui étaient ouvertes une heure par jour bien sûr, il n'y avait aucune hygiène, aucune salle de bain, je dirais même qu'il n'y avait pas de toilettes et par conséquent, c'était vraiment une maladie épouvantable qui était en même temps un frein pour toute expansion de la commune.
Journaliste
Autrement dit, vous êtes passé avec l'arrivé de l'eau du canal du moyen âge à l'époque moderne ?
Gabriel Polge de Combret
Absolument car je viens d'évoquer les 30 mètres cube d'eau par jour, et je vais évoquer maintenant le chiffre de ce mois d'août 1976 de 1500 mètres cube. Vous voyez, nous nous sommes passés de 30 à 1500 et cela comme vous venez de le dire Monsieur Leski, indique que nous sommes passés du moyen âge à une période moderne ou Le Beausset maintenant vit à l'heure d'aujourd'hui.
Responsable 1
Au total, lorsque la totalité des ouvrages seront terminés, c'est-à-dire aux environs des années 1983, 1984, on estime qu'il y aura 3 millions de personnes qui seront desservies par cet ouvrage, enfin 3 millions de personnes à l'horizon de 2000 puisque l'ouvrage a été construit pour satisfaire la totalité des besoins à l'horizon 2000.
Agriculteur 3
Eh bien, on s'aperçoit que ces investissements et bien ils sont rentables et que c'est rien à côté de la facture de la sécheresse.
Responsable 2
Ces trois collectivités se sont d'ailleurs toujours entendues et j'ai toujours assisté à toutes les réunions de la commission permanente et le conseil d'administration à ma connaissance, jamais aucune décision n'a été prise à la majorité, elles ont été toute prise à l'unanimité, telle est grande la solidarité entre ces trois collectivités. Et c'est d'ailleurs, je crois grâce à cette solidarité et cette entente que le projet que nous réalisons est le projet hydraulique le plus important qui en train de se réaliser en Europe.