Le Commandant Cousteau et la pollution en Méditerranée

06 août 1977
04m 58s
Réf. 00014

Notice

Résumé :

Le commandant Cousteau et l'équipage de la Calypso sont chargés de repérer et de filmer les zones polluées de la Méditerranée afin de préparer une réunion d'étude sous l'égide de l'Unesco. Il est en opération aux alentours de Marseille, dans la calanque de Cortiou, à la sortie du collecteur d'égouts de la ville, lorsqu'il donne ses appréciations sur la pollution des zones littorales en général, celle des plages marseillaises et de la zone de Fos-Étang de Berre en particulier.

Date de diffusion :
06 août 1977

Éclairage

Les années 1960-70 sont des années de prise de conscience des problèmes liés à la pollution. L'Association des amis de la Terre dont il est question ici est créée en 1970. Le problème de la pollution se pose particulièrement dans une mer fermée et aussi fréquentée que la Méditerranée. En 1975 et 76, sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), seize États et l'Union européenne ont adopté le Plan d'action pour la protection et le développement du bassin méditerranéen (PAM) et signé la convention de Barcelone contre la pollution. C'est dans ce cadre que se situe la mission du commandant Cousteau et de la Calypso. Le cas de la région provençale, abordé par Cousteau dans ce reportage, est significatif. Cousteau y est d'autant plus sensible que c'est là, quarante ans plus tôt qu'il avait commencé son exploration du monde sous-marin et qu'il s'est converti à la défense de l'environnement et à l'écologie. Il sera d'ailleurs primé par les Nations Unies pour son action l'année du reportage.

Dans la région, l'affaire des "boues rouges" avait soulevé au milieu des années soixante une vive émotion, même si finalement la conduite qui devait déverser les boues de bauxite issues de l'usine d'alumine de Gardanne au large de Cassis avait été construite. Désormais, ici, comme ailleurs autour de la Méditerranée, la croissance des villes littorales, la fréquentation touristique massive, l'industrialisation de certains secteurs attirent l'attention sur la pollution "ordinaire" qui provient des effluents urbains. L'exemple de Marseille, dont les eaux usées ne sont pas épurées et se déversent en mer par une calanque ignorée des guides touristiques, celle de Cortiou, est représentatif d'une situation très générale le long des côtes méditerranéennes. À l'époque, contrairement à ce qui est dit dans le reportage, la plupart des villes françaises, à commencer par les plus grandes (Nice, Toulon, Montpellier), ne possédaient pas de stations d'épuration. Le reportage attire l'attention sur les plages du Prado que la municipalité marseillaise vient d'inaugurer cette année-là et sur les sites industriels de Fos-Étang de Berre. En mai 1980, l'OREAM (Organisation régionale pour les études de développement et d'aménagement), dans un rapport sur la pollution du littoral provençal, confirmait les propos du commandant Cousteau. Il soulignait les efforts faits par les industriels, mais il notait que 80 % des égouts de la région n'étaient pas traités et que le Rhône charriait des eaux particulièrement inquiétantes. Depuis, des stations d'épuration ont été construites par les grandes villes. C'est en 1987 que Marseille et quinze communes voisines se sont dotées d'une station d'épuration des eaux, boulevard Michelet, et d'une usine de traitement des boues à Sormiou, qui reçoit aussi les eaux de l'Huveaune, qui polluait les plages. Cependant, la question de l'Étang de Berre affecté par le déversement des eaux douces du canal de la Durance n'est pas réglée et, plus généralement, même en France, restent entiers les problèmes de pollution posés par les fleuves et les rivières, par l'accroissement de la population permanente sur le littoral, par la surfréquentation estivale et l'inadaptation des communes qui l'accueillent, ainsi que par les plaisanciers et les navires qui prennent la mer pour une poubelle.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Ce vieux dragueur anglais de 40 mètres de long c'est la Calypso. A son bord, le commandant Jacques-Yves Cousteau et toute son équipe, ils sont en Méditerranée pour quelque mois, le temps d'y tourner une série de films pour faire connaître et aimer la grande bleue et surtout pour que tout le monde prenne conscience des dangers qui la menacent. Parmi ces dangers c'est la pollution qui intéresse le plus le commandant Cousteau. L'équipe de la Calypso va essayer de localiser et d'analyser les endroits les plus pollués et les plus menacés de la Méditerranée. Ces analyses serviront aux experts de 15 pays riverains de la Méditerranée chargés par l'ONU de la surveiller. Une conférence doit se tenir en janvier au cours de laquelle sera déterminé un plan de protection que 15 pays se sont engagés à respecter. Sur ces images, l'anse de Cortiou, située dans les massifs des Calanques. C'est le grand collecteur d'égouts de la ville de Marseille. C'est là que les eaux usées des particuliers et certains déchets industriels se déversent quotidiennement. Marseille est en effet une des rares villes côtières de France à ne pas avoir de station d'épuration. De ce fait, presque tous les égouts vont directement à la mer sans traitement. A Cortiou, les eaux s'évacuent à raison de 6 mètres seconde. En 1945, le fond de la mer était pollué jusqu'à 5 km au large de Marseille. En 75, il était pollué jusqu'à 47 km. Ces chiffres éloquents sont donnés par le docteur Alain Bombard. A la conférence de Monaco, les scientifiques ont estimé que la Méditerranée, sans être totalement morte, était gravement menacée. Voici ce qu'en pense le Commandant Cousteau.
Jacques-Yves Cousteau
Eh bien, dans certaines zones côtières, elle est très malade. Et la maladie s'étend non seulement avec l'augmentation de la population mais avec le développement inconsidéré de l'industrie. Quand je dit développement inconsidéré de l'industrie, je ne suis pas contre le développement de l'industrie, je voudrais qu'on le fasse proprement au lieu de le faire n'importe comment. Et les zones côtières sont déjà très abîmées en beaucoup de points, surtout évidemment au voisinage des agglomérations urbaines ou industrielles, les eaux du large sont encore assez saines mais on sent que le dommage augmente d'année en année. Alors, il y a eu dans certains endroits des efforts méritoires de fait, mais ces efforts ne sont pas à l'échelle de ce qui se passe. Ce qui détruit la mer, ce sont les produits toxiques que l'industrie, quand elle n'est pas contrôlée, déverse inconsidérément dans la mer. Il y a un exemple assez intéressant et au voisinage de Marseille, il y a deux choses qui cohabitent et qui sont le contraire l'une de l'autre. Il y a Fos et l'étang de Berre. A Fos, on est en train de faire un effort très considérable pour essayer de sauver ce qui peut être sauvé dans le périmètre de Fos et les résultats ne sont pas suffisants, mais enfin ils sont encourageants, disons. Et dans l'étang de Berre, où alors là tout est sacrifié, on fait n'importe quoi et l'étang est, disons, condamné, c'est à l'heure actuelle ... la seule chose qui pourrait sauver l'étang de Berre, ce serait de re-détourner la Durance, on a fait une énorme bêtise, l'EDF a fait une bêtise criminelle en détournant la Durance, mais il faudrait recommencer.
Présentateur
Parlons maintenant de Marseille, plus précisément, vous avez fait des études un peu sur les plages ?
Jacques-Yves Cousteau
Sur les plages, j'en sais suffisamment pour dire que, il y a des problèmes très graves et je pense que on peut affirmer que à Marseille la plage du Prado, par exemple, est la deuxième plage la plus polluée de la France, la première étant Arromanches, je crois qu'il n'y a pas de doute.
Présentateur
Par conséquent, les gens doivent faire attention et surtout pour les enfants. Les adultes c'est un peu moins grave mais les enfants ne sont pas encore immunisés contre les bacilles qui sont en très grande quantité sur la plage du Prado, par exemple.
Jacques-Yves Cousteau
Ceci dit, il suffirait de 3 ou 4 ans d'efforts considérables pour changer la situation et rétablir la propreté sur les plages.
Présentateur
Les amis de la terre ont publié des extraits d'un rapport confidentiel, il y est notamment écrit l'application stricte de la directive européenne conduirait à la fermeture de la plage du Prado toute l'année, fin de citation. Mais la ville de Marseille ne reste pas inactive, en 78, l'Huveaune sera définitivement détournée vers Cortiou et un deuxième émissaire sera mis en service. Il faut souhaiter qu'à ces deux réalisations succède le plus rapidement possible une action efficace de dépollution de la rade de Marseille.