Les Libanais de Marseille

08 avril 1989
02m 23s
Réf. 00021

Notice

Résumé :

Le Liban est à nouveau déchiré par la guerre. Les Libanais de Marseille, à majorité chrétienne, sont inquiets pour leurs proches restés à Beyrouth, pris sous le feu des bombardements, et privés d'électricité et d'eau. Ils manifestent leur solidarité et prient dans l'église maronite fondée par Mgr Hayek. Ils espèrent que la France va intervenir au Liban.

Date de diffusion :
08 avril 1989
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )
Personnalité(s) :

Éclairage

Marseille a été longtemps une plaque tournante pour la diaspora libanaise. C'est par excellence le port de transit pour les Libanais qui voulaient émigrer pour les Amériques ou pour l'Afrique. Certains établissements, comme l'hôtel Bompard, étaient tenus par des familles libanaises et spécialisés dans l'accueil des compatriotes. Après la fin du mandat français sur la Syrie et le Liban, de nombreux militaires originaires de ces régions avaient opté pour la France et, souvent, pour Marseille où, déjà, dans les milieux du négoce, certaines dynasties familiales comme les Daher, s'étaient taillées une place enviée. Le nouvel État libanais y installe un consulat dès 1947. Parmi les Libanais de Marseille, qui ont souvent la double nationalité, les chrétiens maronites sont les plus nombreux. En 1952, ils ont ouvert au culte la paroisse Notre-Dame du Liban, avenue du Parc Borély. L'émigration, qui a repris entre 1965 et 1975, s'est traduite par l'arrivée de jeunes Libanais venus suivre des études universitaires, notamment médicales. À la suite de la guerre civile qui a éclaté au Liban à partir de 1975 et de l'occupation syrienne qui l'accompagne, beaucoup d'entre eux se sont établis sur place. Un recensement effectué en 1990 dénombrera 2 870 Libanais dans les Bouches-du-Rhône, chiffre inférieur à la réalité. Ce nombre, qui est réduit, ne doit pas masquer l'existence d'"un réseau libanais de Marseille", qui conserve des liens très forts avec son pays d'origine. Aussi, à la fin des années 1980, ces Libano-Marseillais suivent-ils avec angoisse la reprise des affrontements. Le regain de tension qui résulte de la nomination du commandant en chef de l'armée, Michel Aoun, alors très anti-syrien, comme chef du gouvernement provisoire, atteint son paroxysme lorsque celui-ci se lance en mars 1989 dans la "guerre de libération contre Damas". Ce reportage montre la force des rapports qui unissent ceux qui sont partis à ceux qui sont restés. Même si les maronites sont très majoritaires, le mouvement de soutien dépasse les frontières communautaires. On voit que les Libanais de Marseille manifestent leur solidarité de diverses façons, par la manifestation publique, par la prière, par l'envoi de secours ou l'aide à l'hospitalisation de blessés de guerre. Deux jours auparavant, le secrétaire d'État à l'Action humanitaire, Bernard Kouchner, a demandé à la Marine nationale de faire partir de Toulon un bâtiment sanitaire, le Rance, afin de venir en aide aux victimes des combats.

La signature des Accords de Taef (Arabie saoudite) en octobre 1989 mettra fin aux affrontements principaux en instaurant un nouvel équilibre du pouvoir entre factions et la formation d'un gouvernement dit "d'union nationale", soumis à l'étroit contrôle de la Syrie qui continuera à occuper le pays. Le sunnite Rafik Hariri, chef du gouvernement libanais à partir de 1992, essaiera de desserrer l'étreinte. Il le paiera vraisemblablement de sa vie le 14 février 2005.

Bibliographie :

Régis Bertrand, Le Christ des Marseillais, Marseille, La Thune, 2008.

Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994.

Marie-Françoise Attard

Transcription

Journaliste
Surtout ne pas se décourager, composer et recomposer sans cesse le même numéro dans l'espoir infime d'obtenir enfin une mère ou un frère. Composer encore le numéro et attendre. Attendre parfois des heures, des jours et des nuits, pour qu'enfin une voix chère vous réponde.
Inconnu
[Libanais]
Journaliste
Pour les douze mille Marseillais d'origine libanaise, les bombardements de ces derniers jours n'ont fait qu'accroître l'angoisse de ces dernières années. Ce matin, une manifestation symbolique a rappelé - s'il en était besoin - que le Liban ne veut pas mourir sous les bombes syriennes. Mais pour l'instant, face à l'impuissance des grands, les Libanais attendent dans l'inquiétude.
Inconnue
C'est très angoissant parce que par exemple mes beaux-parents n'ont pas répondu pendant trois jours, et on s'est demandés s'ils étaient vivants ou morts, jusqu'au moment où on a appris que c'était leur téléphone qui ne marchait plus, mais ce n'est pas évident, on peut tout supposer. Là nous avons une grande amie qui perdu son frère hier, il est mort d'une bombe. Ce qui pouvait arriver à lui pouvait arriver à n'importe qui.
Inconnue 2
Je suis la télé, je regarde les nouvelles, et je suis très inquiète.
Journaliste
Et le téléphone, ça représente quoi pour vous ?
Inconnue 2
Ça représente beaucoup de choses pour moi. Au moins j'entends leurs voix, je sais qu'ils sont encore vivants, qu'ils sont là.
Journaliste
Coupés de leurs familles, les chrétiens libanais n'ont plus que la prière. Ce matin, Monseigneur Hayek, le vicaire patriarcal de la communauté libanaise a célébré une messe à l'intention de tous ceux qui souffrent là-bas dans l'attente du départ des troupes syriennes, et de tous ceux qui ici, sans se décourager, composent encore et toujours le même numéro.
Inconnu
Allô, Mamie ? Ça va ?
Inconnue 3
Non ça ne va pas, ça ne va pas du tout.
Inconnu
C'était très dur ?
Inconnue 3
Notre Liban en feu, flammes et fumée. Des bombardements partout, pas d'électricité, pas de l'eau, on n'a rien, absolument rien. On a peur tout le temps.
Inconnu
Ils ont bombardé beaucoup ?
Inconnue 3
Ils ont bombardé partout, Beyrouth, [Incompris] et les montagnes et même [Incompris]. Ils n'ont rien laissé.
Inconnu
Même les montagnes ils ont bombardé ?
Inconnue 3
Même les montagnes, chaque soir. Des obus de grand calibre, on attend, nous espérons l'aide de la France.