Une communauté bien intégrée dans les Alpes-Maritimes : les Portugais

21 juin 1989
03m 51s
Réf. 00022

Notice

Résumé :

Une famille portugaise parle de son intégration au sein de la population de notre région. L'immigration portugaise comprendrait 5 000 personnes dans le Var et les Alpes-Maritimes. Une radio locale de Grasse, radio Agora TSF Côte d'Azur, diffuse toutes les semaines un programme pour elle, avec des informations sur le pays et sur les associations portugaises en France et de la musique traditionnelle. C'est ce qu'explique son animateur, Vicky Berardi. La directrice de l'école Méro de Cannes, Sylviane Guyot, et l'institutrice Conceicao Gerardo évoquent les cours de portugais donnés là le samedi après-midi.

Date de diffusion :
21 juin 1989
Source :
France 3 (Collection: Atr2 )

Éclairage

L'immigration portugaise a pris une importance considérable en France à partir des années soixante. Elle est alors en grande partie clandestine, puisqu'une partie des Portugais qui viennent s'installer en France cherche à fuir la dictature Salazar et les guerres coloniales. Mais la majorité a d'abord pour objectif de trouver du travail et de fuir la misère, ce qui est le lot ordinaire de toute immigration. Après avoir accueilli les immigrés italiens depuis la fin du XIXe siècle, puis les Espagnols dans les années cinquante, la France est ouverte à ces hommes et à ces femmes qui viennent prendre le relais des précédents et avant qu'ils ne soient eux-mêmes remplacés par les travailleurs maghrébins. Le nombre de Portugais en France est passé de 20 000 en 1954 à 760 000 vingt ans après. Il constitue alors le premier groupe d'immigrés présents en France. Il le reste à l'époque de ce reportage, en dépit d'un net reflux (leur nombre est tombé à 504 600 en 1990, devant les Algériens, eux aussi en baisse, 473 400, et les Marocains, 396 500).

La Provence n'est pas une importante région d'immigration portugaise. Elle n'est qu'au 14e rang des régions françaises, loin derrière Rhône-Alpes notamment. Il s'agit donc ici d'un groupe restreint d'environ 15 500 personnes dont un peu moins de 5 000 se trouvent dans les Alpes-Maritimes et guère plus dans les Bouches-du-Rhône, pour 3 000 dans le Var. Une partie de cette population - les femmes - est sans activité déclarée (plus de 7 000), mais la majorité des hommes travaillent dans le bâtiment (6 000). C'est sans doute ce qui explique la présence d'une concentration relativement notable dans la région de Grasse-Cannes au moment où la technopôle de Sophia-Antipolis s'étend. Si une partie de cette immigration tend à s'assimiler rapidement, une autre reste d'autant plus attachée à son identité qu'elle envisage bien souvent de retourner au Portugal où, lorsqu'on l'a pu, on a fait construire une maison. Comme chez d'autres groupes, associations, radios locales, enseignement de la langue permettent de ne pas rompre le lien.

La radio Agora qui joue ce rôle à l'égard de ce groupe, comme à l'égard d'autres populations, est une radio locale associative qui rayonne dans l'ouest des Alpes-Maritimes à partir de Grasse. "Née - selon son expression - du grand mouvement de libéralisation des ondes et de la parole citoyenne en 1982, et attachée aux valeurs de laïcité et de solidarité", elle s'emploie, avec le soutien du Fonds d'Action Sociale depuis 1986, à donner la parole aux exclus des médias officiels et commerciaux.

Bibliographie :

Gérard Noiriel, Le Creuset français : Histoire de l'immigration XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, Points Histoire, 2006.

Ralph Schor, Histoire de l'immigration en France de la fin du XIXe siècle à nos jours, Paris, Armand Colin, 1996.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Lorsque l'on parle des immigrés dans notre région, la plupart du temps on évoque malheureusement des questions touchant aux agressions ou au racisme. Tel n'est pas le cas pourtant pour une communauté qui s'est particulièrement bien intégrée, bien adaptée sur la Côte d'Azur, sans pour autant renier ses origines et sa culture, je veux parler de la communauté portugaise que nous allons découvrir avec ce dossier de Jean-François Tealdi et Fernand Divol pour les images.
Jean-François Tealdi
Cette famille portugaise est installée à Cannes depuis une quinzaine d'années. Le père, charpentier de marine, avait été recruté à Porto par les chantiers navals de l'Estérel, sa qualification dans ce secteur de pointe ayant peu d'équivalents dans notre région. Ils font partie d'une communauté qui compte près de cinq mille personnes dans le Var et dans les Alpes Maritimes. Le lien avec le pays d'origine se trouve à Grasse. Tous les dimanches, Agora-TSF Côte d'Azur, radio associative, diffuse en effet deux heures d'émissions en portugais grâce à une subvention du fonds d'aide sociale et à une dizaine de bénévoles. Deux heures d'information sur le pays, sur la vie des associations régionales de Portugais, entrecoupées de fado. Quatre-vingt pour cent de la communauté écoute ce programme.
Présentateur radiophonique
[?] qui travaille, les communautés étrangères qui travaillent et vivent parmi nous. De neuf heures à onze heures le programme portugais [Incompris], de onze heures jusqu'à treize heures, un programme que nous consacrons aux communautés de Maghreb : " Trace Méditerranée ". Eh ! bien, sans plus tarder, je vous laisse en compagnie de l'équipe portugaise, c'est le programme [Incompris].
Marie-José Saraiva
Ca représente un peu le Portugal quand même, j'ai de la famille au Portugal, ma mère, mon père, mes soeurs et frères, toute la famille. C'est pour passer le dimanche matin.
Vicky Berardi
Donner la parole aux différentes communautés qui habitent notre région et notamment à la communauté portugaise, c'est d'abord oeuvrer pour l'insertion des populations immigrées. La vocation d'une radio locale, comme Agora-TSF, est de permettre d'écouter les différences et de donner la possibilité à chacun de s'exprimer librement afin de faire entendre sa culture et d'apporter des informations afin de se comprendre mieux.
Jean-François Tealdi
S'ils sont parfaitement intégrés à notre pays, les Portugais du Var et des Alpes Maritimes ainsi que le gouvernement lusitanien sont aussi préoccupés par le maintien d'un lien avec le pays d'origine. Celui-ci passe notamment par l'enseignement de la langue pour des enfants dont la plupart sont français. Le mercredi et le samedi, en plus du programme concocté par notre éducation nationale, près de trois cents gosses suivent des cours de portugais dans une dizaine d'écoles comme ici à l'école Mero de Cannes.
Conceicao Gerardo
Même si on pense qu'ils sont complètement intégrés, c'est vrai qu'ils sont très bien intégrés tous les élèves ici, mais c'est vrai aussi qu'ils sont très attachés à leur pays, au pays de leurs parents.
Sylviane Guyot
Ça ne les coupe pas de leurs racines, je crois que très important de pouvoir garder leur culture.
Jean-François Tealdi
Est-ce que ça vous paraît également enrichissant pour la culture française ?
Sylviane Guyot
Par contrecoup forcément. L'apprentissage d'une autre langue révèle toujours la langue française ou la langue d'origine, là ça peut être l'inverse, je pense que de toute façon être bilingue, ça enrichit toujours l'individu.
Jean-François Tealdi
Si les plus jeunes pensent un jour aller s'installer au pays de leurs parents, les adolescents et les anciens en revanche préfèrent rester en France où ils se sentent très bien intégrés.