Picasso à Vallauris

12 août 1955
39s
Réf. 00119

Notice

Résumé :

Picasso, qui vit à Vallauris, a organisé une corrida dans le village. Escorté par une foule d'admirateurs et de photographes, il assiste à la corrida en compagnie de sa femme et de son ami Jean Cocteau.

Date de diffusion :
12 août 1955
Personnalité(s) :

Éclairage

Picasso, qui a adhéré au PCF en 1944 et a réalisé la Colombe de la Paix, offerte au Congrès Mondial de la Paix en 1949, est un artiste engagé. Mais il n'a jamais appliqué un style "réaliste socialiste" conforme au modèle soviétique et prôné par un grand nombre de responsables culturels du PCF pendant la Guerre Froide. Son départ pour Vallauris, où il vit de 1948 à 1955, ne marque pas de changement dans son engagement comme en témoigne sa toile Massacre en Corée en 1951. Il reste en effet fidèle au PCF, qu'il voit toujours comme sa "patrie", lui, l'exilé espagnol. Il est également un homme public, populaire, et volontairement proche du peuple. Il veut rompre avec la représentation de l'artiste enfermé dans sa tour d'ivoire. Devenu une véritable star des arts plastiques, Picasso s'engage dans la vie du village, en étant souvent à l'origine de manifestations culturelles diverses. Au cours de l'été 1949, la Ville de Vallauris lui offre une ancienne chapelle désaffectée afin qu'il puisse y peindre sur le thème de la "Guerre et la Paix", lié à la guerre de Corée. En remerciement, Picasso offre à Vallauris sa sculpture L'Homme au mouton, inaugurée en grande pompe. Son séjour à Vallauris lui donne un nouveau souffle artistique : il y exécute des séries de toiles et de dessins remplis d'énergie et de joie de vivre. Il y renoue avec la sculpture d'assemblage et de soudures (La Chèvre ou La Guenon), multiplie les gravures et les lithographies, et surtout la céramique. C'est à Vallauris que Picasso commence sa série de toiles élaborées comme des dialogues avec ses "maîtres" : Manet, Delacroix, Courbet, et Velasquez. 1955, est l'année où Picasso quitte Vallauris pour Cannes, où il réalisera Les Ménines, en référence à Velasquez. Picasso n'est d'ailleurs pas le seul artiste à choisir de vivre près de la Côte d'Azur : Matisse s'est installé à Vence depuis 1943, il y a décoré la célèbre chapelle.

Le reportage de courte durée des Actualités Françaises est assez significatif de la place que la télévision veut accorder à la culture pendant l'été 1955 : c'est le côté folklorique de la corrida, dont le commentaire rappelle trois fois l'origine espagnole, qui est mis en avant. La musique renforce la légèreté de l'ensemble. Le reportage se veut bon enfant, familial, populaire. La première séquence du film montre ainsi une famille. La terminologie du commentaire appuie également la légèreté des images - par exemple l'utilisation de l'adjectif "charmante" devant "l'Espagne de Vallauris". Depuis qu'il vit à Vallauris, Picasso, qui est passionné de tauromachie, ne rate pas une seule corrida à Nîmes ou en Arles. Il se rend à la corrida de Vallauris en compagnie de son ami Jean Cocteau, qu'il connaît depuis les années vingt. Picasso est filmé en famille et présenté comme pourrait l'être une star de cinéma : bain de foule, photographes, autographes. Le reportage le montre même en train d'applaudir... C'est l'homme public, la star et sa vie privée qui intéressent le reportage. Notons qu'aucune allusion n'est faite aux liens de Picasso avec le PCF, ou avec la Municipalité de Vallauris : on est sous la 4e République, la Guerre Froide n'est pas loin. On aperçoit de loin l'affiche réalisée par Picasso TOROS EN VALLAURIS, mais elle reste au second plan derrière des enfants : c'est l'aspect convivial qui est mis en avant, plus que l'oeuvre de l'artiste.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Pour un jour, Vallauris est passé en Espagne et cela grâce à Picasso, citoyen de Vallauris qui ayant mis sur pied une corrida est venu en compagnie de son ami Jean Cocteau présider ce spectacle inhabituel, au milieu d'une marée d'amateurs d'autographes.
(Silence)
Journaliste
Et dans un Vallauris déchaîné, les toreros à la mode espagnole ou à la mode provençale, s'attaquèrent aux bichos de Camargue dans des combats animés mais pacifiques, puisque toute mise à mort était exclue. Charmante Espagne de Vallauris !