La Nuit Bleue du Cinéma à L'Eden Roc

15 septembre 1949
38s
Réf. 00123

Éclairage

Le premier Festival de Cannes se déroule en 1946 dans l'ancien casino. Il s'agit d'un Festival officiel, mis en place par le Directeur général des Beaux-Arts dès 1939, mais annulé avec la Déclaration de Guerre. Le Festival a pour vocation d'encourager le développement du cinéma sous toutes ses formes et de créer des liens internationaux entre les professionnels. C'est en 1949 que le Palais des Festivals est inauguré sur la Croisette. Annulé à cause de problèmes budgétaires en 1948 et 1950, le Festival devient un évènement de plus en plus prestigieux au cours des années 1950 ; il est extrêmement relayé par les médias, notamment grâce à la présence des grandes vedettes qui se déplacent pour présenter les films. De hauts lieux mythiques associent rapidement leur nom au Festival comme Le Martinez, le Majestic à Cannes, ou l'Eden Roc au Cap d'Antibes.

Etablissement de luxe fréquenté par les stars de cinéma depuis plus de cinquante ans, l'Eden Roc est un lieu devenu légendaire, dirigé depuis 1954 par Jean-Claude Irondelle, un personnage bien connu du show-bizz. C'est ainsi l'Eden Roc que Francis Scott Fitzgerald décrit dans son ouvrage Tendre est la Nuit. L'Eden Roc est même fier de posséder aujourd'hui un cimetière pour chiens !! Ce grand hôtel d'Antibes a été construit en 1870 par des princes russes et relancé grâce au mécénat de l'Américain Gordon Benett. En 1914, une annexe au Grand Hôtel est créée : elle est nommée l'Eden Roc. Aujourd'hui, l'établissement rassemble les deux bâtiments dans le style Belle Epoque. Classé monument historique, l'hôtel, riche de 338 fenêtres, est entouré d'un parc de neuf hectares. La réservation d'une chambre varie de 2000 à 3000 euros par nuit.

Quant au cinéma français, en 1949, après une baisse de deux ans, la production française repasse à 108 films. Le cinéma est un art extrêmement populaire : malgré la dureté de la vie en 1947, 423 millions de spectateurs fréquentent les salles d'une France qui ne compte que 41 millions d'habitants. C'est l'époque du "cinéma du sam'di soir" : la place n'est pas chère, le cinéma est un lieu de sociabilité où l'on se retrouve. Il est intéressant de constater comment le reportage insiste sur l'information personnelle des vedettes, cherchant à rapprocher le public du monde idéalisé des stars. Les Actualités Françaises, comme la télévision, participent à la création du mythe de l'Eden Roc et de la popularité du Festival de Cannes qui va intéresser le public parce que les vedettes s'y rendent et qu'on peut les voir danser, s'amuser et parler. Il ressort du reportage une vraie vitalité, dans la légèreté et l'humour du commentaire. Remarquons par exemple le paradoxe de la dernière phrase : "François Perier, pour se singulariser, danse, comme tout le monde...". Le journaliste est à la fois proche des spectateurs et familier des stars dont il parle comme de vieilles connaissances. Les sujets sérieux sont évacués. Le commentaire se met même à la place du spectateur en faisant des suppositions sur les sujets des conversations, comme n'importe quel spectateur pourrait le faire. Il imagine ainsi un projet de film de Jacques Becker, évoque "un secret", et suggère une liaison amoureuse... Il raconte une histoire à partir des séries de plans qu'il commente. Mais le journaliste n'interviewe pas les vedettes sur le terrain comme il pourrait le faire aujourd'hui. Il n'intervient pas dans le déroulement de la fête. Le cadreur se contente de filmer en gros plans certaines vedettes (la comédienne Simone Signoret par exemple). Il ne passe pas de l'une à l'autre par des mouvements de caméras. Il pose à chaque fois sa caméra : le montage est donc formé d'une juxtaposition de plans fixes aux cadres divers (gros plans, plans larges, plans moyens...). Ce style de reportage reste finalement proche de la presse écrite (commentaires de photographies). En même temps, ce reportage des Actualités Françaises valorise le prestige du cinéma français sur la scène internationale : le Festival de Cannes est la vitrine de la bonne santé du cinéma français.

Carole Robert

Transcription

Commentateur
Aux invités de son festival du film, Cannes et la côte d'Azur réservent d'autres plaisirs. Charme d'Eden Roc et de ses nuits de gala où autour de M. Fourré Cormeray, directeur général de la Cinématographie française, se retrouvent toutes les vedettes, Duvallès et André Luguet, Gilles Virgil, Renée Saint-Cyr, Michel Auclair qui après avoir été des Grieux, soupe auprès des fiancés du siècle, Martine Carol et Stefen Crane. Parade du cinéma où Daniel Gélin accompage Simone Signoret, où Jacques Becker confie à Eric Von Stroheim des secrets ou des projets et où François Périer sans doute pour se singulariser danse comme tout le monde.