Les travailleurs algériens en France

27 décembre 1968
05m 04s
Réf. 00133

Notice

Résumé :

Des travailleurs algériens débarquent à Marseille et sont contrôlés par la douane et la police. Leurs conditions d'emploi en France sont détaillées.

Type de média :
Date de diffusion :
1969
Date d'événement :
27 décembre 1968
Source :

Éclairage

Du milieu des années 1950 jusqu'en 1974, la France accueille une immigration massive. Encouragé par l'État, l'afflux de main-d'oeuvre étrangère a pour but d'alimenter la prospérité. L'Office national d'immigration s'emploie ainsi à diversifier les foyers migratoires. Les immigrés originaires de la péninsule ibérique connaissent en particulier une forte croissance : 289 000 en 1954, les Espagnols sont 607 000 en 1968, et les Portugais passent de 20 000 en 1954 à 759 000 en 1975. Le flux de populations venues des pays du Maghreb s'accroît aussi dans des proportions considérables au cours des années 1960 et de la première moitié des années 1970 : les Marocains passent de 33 000 en 1962 à 260 000 en 1975, et les Tunisiens de 27 0000 à près de 140 000. L'afflux d'Algériens est encore plus massif : il croît de 350 000 en 1962, au moment de l'indépendance de l'Algérie, à 711 000 en 1975. Les Algériens deviennent même la première communauté étrangère en France en 1982, détrônant les Portugais, avec quelque 805 000 personnes. L'immigration algérienne en France a d'abord été régulée par un accord entre les deux États, signé le 10 avril 1964, qui fixait un contingent trimestriel de nouveaux travailleurs algériens autorisés à venir en France. L'accord ayant été dénoncé par l'Algérie dès 1965, un nouveau est signé le 27 décembre 1968. Il prévoit un contingent de 35 000 entrées annuelles, ramené par la suite à 25 000 en 1972 et 1973. Une fois en France, les Algériens ont neuf mois pour trouver un emploi. Ceux qui y parviennent reçoivent un certificat de résidence établi pour cinq ans. L'adaptation des Algériens s'avère souvent difficile. Nombreux sont ceux qui vivent dans des bidonvilles ou des foyers-hôtels. En outre, un fort courant d'immigration clandestine a accompagné le flux légal. Les travailleurs algériens acquièrent une place croissante dans certains secteurs de l'économie française. S'ils occupent des emplois dans le tertiaire, ils représentent surtout en 1975 la nationalité la plus importante dans l'industrie avec près de 133 000 travailleurs. Ils constituent également la deuxième nationalité dans le bâtiment et les travaux publics derrière les Portugais, avec environ 97 000 salariés. Les travailleurs algériens en France sont peu qualifiés : en 1968, 53,6% sont des manoeuvres et 33% des ouvriers spécialisés (OS). Seuls 11,3% sont des ouvriers qualifiés.

Ce sujet de l'ORTF relève beaucoup plus du documentaire que du reportage de journal télévisé. Il dispose en particulier de davantage de temps pour exposer avec minutie le thème retenu ; il ne s'agit du reste que d'un extrait d'un document plus long. Ce sujet prend pour prétexte la signature d'un nouvel accord entre l'Algérie et la France, le 27 décembre 1968, quatre jours auparavant, pour peindre un tableau plus large de l'émigration algérienne dans l'Hexagone. Il est en fait composé de deux séquences bien différentes : l'une présente l'arrivée des Algériens sur le sol français, et l'autre, les emplois qu'ils sont parvenus à trouver. La première séquence s'apparente à un descriptif des étapes de l'arrivée des Algériens en France, depuis leur débarquement dans le port de Marseille jusqu'au contrôle de police en passant par la douane. Ces étapes sont illustrées par de nombreuses images des émigrés, dans leur grande majorité des hommes, ainsi que par de gros plans sur leurs papiers. Elles appuient le commentaire qui, très pédagogique, décrit la situation générale de l'émigration algérienne en France et détaille plus particulièrement le contenu des accords du 27 décembre 1968. Quelques plans sont dépourvus de commentaire, notamment une scène dans laquelle un douanier fait ouvrir sa valise à un Algérien. La deuxième séquence de ce reportage est spécifiquement consacrée au travail des Algériens en France. Le commentaire est de nouveau pédagogique : il met en lumière les grands traits de l'emploi des émigrés algériens. Le journaliste s'attache également à ne pas occulter la réalité de la condition des travailleurs algériens en France, "contraints d'exercer des travaux dont les Français ne veulent plus". Ces propos sont illustrés par différentes images de travailleurs algériens censées symboliser les emplois dans lesquels ils sont le plus recrutés : ouvriers goudronnant une rue parisienne, balayeur, ouvriers dans des usines travaillant notamment sur des chaînes de montage d'automobiles, et d'autres sur un chantier de bâtiment.

Carole Robert

Transcription

Journaliste
Marseille, La Joliette. A quai, l'avenir. Mais la compagnie de navigation mixte retardée de trois heures par le mistral. Débarquement d'immigrants algériens. Des hommes, quelques femmes avec leurs enfants. Pour trois millions d'immigrés, cinq cent mille algériens, tous les jours, au rythme moyen de dix-huit mille par mois. Venus par mer ou par avion d'Alger, d'Oran, de Constantine et des lointaines campagnes, le flux et le reflux des immigrés algériens pose un problème au gouvernement français qui l'a amené à réviser, dans un accord signé le 27 décembre 1968 avec le gouvernement algérien, certaines clauses des accords d'Evian en freinant, par des mesures nouvelles, l'immigration. Ceux qui se soumettent, ici, aux contrôles de santé et à la douane ne sont pas tous des nouveaux venus. La majorité rentre d'un congé passé dans leur famille et sont sensés retrouver, ici, du travail et un logis. Le flux des arrivants est compensé par un reflux des partants, et la balance s'établit sensiblement en faveur d'une augmentation de la population algérienne en France. En 1967, deux cent dix mille entrées, cent quatre-vingt-dix-huit mille sorties. Solde positif : douze mille. Contrôle de police. Au terme des nouveaux accords, trois situations sont possibles. Le travailleur en congé présente une attestation de remise de bulletin de salaire délivrée par les services de la main d'oeuvre. Il lui sera ultérieurement délivré un titre de séjour valable cinq ans. Le nouveau venu présente une carte délivrée par l'organisme algérien de la main d'oeuvre qui lui donne le droit de chercher du travail. Sans travail au bout de neuf mois, il sera refoulé. Le touriste, enfin, présente son passeport. Il n'a pas le droit de chercher du travail. Au bout de trois mois, il doit repartir. Les familles ne seront admises que si elles attestent pouvoir bénéficier d'un logement décent. Le gouvernement français escompte ainsi réduire de quatre-vingt mille à trente cinq mille par an l'arrivée des nouveaux immigrants. Des problèmes passionnels, des campagnes de presse, le lourd passé commun de la France et de l'Algérie rendent toute solution délicate. Au moment de l'application des accords, nous avons voulu approcher les travailleurs algériens en France, connaître les problèmes qui, déjà, les assaillent au moment où ils gravissent l'escalier de la gare Saint Charles, à Marseille : travailler, se loger, acquérir une qualification professionnelle.
(Silence)
Journaliste
Commentant les accords, monsieur Masse, le directeur de la population et de l'immigration déclarait, le 31 décembre : " Les autorités françaises vont pouvoir adapter l'immigration aux besoins objectifs de l'économie ". On connaît ces images. Dans les travaux publics, la sidérurgie, la métallurgie et le bâtiment, le visage du travailleur algérien est familier. C'est une main d'oeuvre fraîche, non qualifiée au départ, souvent venue en droite ligne de la campagne d'où elle chasse le marasme de l'économie algérienne. Une masse d'hommes qui s'expatrie pour chercher du travail et nourrir leur famille restée au pays. Trop peu atteignent un niveau de qualification professionnelle. Bien qu'il ait doublé au cours des dix dernière années, le nombre des ouvriers professionnels est encore de 24 107 pour 116 017 manoeuvres et 72 409 OS. Ceux qui trouvent du travail sont, par la force des choses, contraints d'exercer des travaux dont les Français ne veulent plus. Les travaux les plus durs, les plus insalubres, les moins rémunérés. OS dans la métallurgie, manoeuvre ou ferrailleur dans le bâtiment, ils revendiquent le droit d'être traités à égalité avec les travailleurs nationaux.