Le contrôle de la pollution de l'étang de Berre

07 juin 1983
02m 54s
Réf. 00144

Notice

Résumé :

La pollution de l'eau et de l'air engendrée par les usines situées autour de l'étang de Berre est contrôlée par différents moyens de mesure.

Date de diffusion :
07 juin 1983

Éclairage

Situé au Nord-Ouest de Marseille, l'étang de Berre est une véritable petite mer intérieure de 15 530 hectares et le plus grand étang d'eau salée d'Europe. Il est relié depuis 1863 à la Méditerranée par le canal de Caronte et depuis 1925 à la rade de Marseille par le tunnel fluvial du Rove. Ses alentours ont permis l'expansion industrielle de Marseille, surtout après 1945 : la raffinerie de pétrole Shell s'installe ainsi à Berre-l'étang dès 1928, puis deux autres raffineries ont vu le jour sur les bords de l'étang, à Lavéra et La Mède. Une dizaine d'usines chimiques et pétrochimiques se sont également installées dans leur voisinage. Une centrale EDF hydroélectrique a aussi été implantée à Saint-Chamas en 1966 : elle turbine l'eau de la Durance qui a emprunté le canal de Provence. Enfin, l'aéroport de Marseille et des constructions aéronautiques se sont installés à Marignane. Les rivages de l'étang de Berre sont en quelque sorte devenus l'annexe industrielle de Marseille. Il faut ajouter, à proximité, l'aménagement d'un nouveau pôle d'industrie lourde à Fos-sur-Mer entre 1962 et 1968, autour duquel un complexe industriel a été construit. Ces différentes implantations ne sont toutefois pas sans conséquence sur l'environnement. L'étang de Berre est en effet touché par une forte pollution. Aux rejets de produits chimiques et d'hydrocarbures s'ajoutent les déjections domestiques liées à la croissance de l'agglomération marseillaise et des villes situées sur les rives de l'étang. Par ailleurs, la salinité des eaux de ce dernier a gravement été déséquilibrée par la dérivation de la Durance mise en place par EDF. Soutenue par des associations écologiques, une mobilisation de la population locale s'effectue depuis le début des années 1990 contre cette pollution de l'étang de Berre. Elle prend en particulier pour cible l'usine EDF de Saint-Chamas. Celle-ci a dû se résoudre à accepter, en 1994, de réduire de 15% les rejets d'eau douce et de 50% les limons. En outre, en 2000, un groupement d'intérêt public pour la réhabilitation de l'étang de Berre a été créé dans le but de reconstituer sa faune et sa flore.

Ce sujet réalisé pour le journal télévisé de FR 3 Marseille traite de la pollution de l'étang de Berre à l'occasion d'une campagne de détection de la pollution de l'air. Des spécialistes sont ainsi filmés dans des stations de mesures localisées autour de l'étang. Le reportage présente également des images des camions et des avions spécialement équipés pour contrôler la pollution. Ce déploiement d'éléments de mesure, de même que la description faite par le journaliste de Fos-sur-Mer-étang de Berre comme l'un des quatre sites industriels les plus pollués de France, semblent bien attester de la réalité de la pollution de la région. Néanmoins, cette pollution n'apparaît visible que par quelques plans de déchets flottant à la surface de l'étang de Berre. Le sujet ne fournit en outre aucune donnée précise sur la pollution des eaux et de l'air. Enfin, l'ingénieur en charge du contrôle de cette pollution interviewé, exonérant à plusieurs reprises les usines de toute volonté de tricherie, ne se montre aucunement alarmiste. Ce reportage apparaît donc très ambivalent: il pose le problème de la pollution de l'étang de Berre, et pourtant il fait douter de sa réalité. Il donne l'impression qu'elle n'est pas si élevée et que la législation est bien appliquée par les usines.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Santé encore, avec l'air que nous respirons. On affirme que le mistral a eu raison de la peste à Marseille, aura t-il assez de souffle pour dissiper tous les rejets des usines de Fos-sur-mer ? La quatrième campagne européenne de télédétection de la pollution atmosphérique est prévue pour quinze jours, huit pays différents y ont délégué vingt-trois équipes de scientifiques. Un reportage de Jacques Maleyran.
Jacques Maleyran
Il y a, en France, quatre sites industriels particulièrement pollués : Rouen-Le Havre, Dunkerque-Douai, la région lyonnaise et Fos-sur-mer, l'étang de Berre. Finalement, c'est Fos-Berre qui a été choisi par huit pays comme lieu d'expérimentation d'un matériel très sophistiqué destiné à mesurer la pollution. Cette pollution a toutefois largement diminué depuis la mise en place d'un réseau de surveillance et d'alerte installé à Martigues. En quatre ans, le volume de dioxyde de soufre, le polluant numéro un émis par les cheminées, est passé de huit cents tonnes jour à trois cent soixante : une norme élevée mais acceptable, trois fois inférieure par exemple à celle du bassin de la Ruhr, en ALlemagne. Sur place donc, et pour trois semaines, les spécialistes de sept pays, la France, six autres pays d'Europe, et le Canada. A leur disposition, vingt-trois stations de mesure permanentes, six stations météorologiques et déjà une certaine habitude de la lutte contre la pollution. Autour de Fos-Berre, il y a bien longtemps que les industriels ne font plus ce qu'ils veulent : ici, la législation est stricte et appliquée.
Robert Nadal
Jusqu'à présent, personne n'a triché.
Journaliste
Ils ne peuvent pas essayer, un peu ?
Robert Nadal
Je ne pense pas qu'il y ait une volonté de tricherie. Bien sûr nous pourrions, nous avons le contrôle à posteriori de ce qu'il s'est fait dans chacune de ces entreprises, du fait que nous y avons des enregistreurs graphiques installés sur toutes les consommations de fuel et les teneurs en soufre des combustibles. Mais jusqu'à maintenant, personne n'a cherché à tricher.
Journaliste
S'ils ne baissaient pas leurs émissions polluantes, que risqueraient-ils ?
Robert Nadal
D'abord une très mauvaise presse, ensuite une sanction qui est prévue par un décret.
Journaliste
C'est peut-être cela qui les fait vous obéir ?
Robert Nadal
Je ne pense pas, je ne pense pas que ce soit la peur du gendarme dans ce cas-là. C'est une procédure qui a été admise par tous à la fin d'un consensus, il n'y a pas de volonté de tricherie.
Journaliste
Quoiqu'il en soit, pendant ces trois semaines-ci, les moyens d'étude et de contrôle ont été renforcés. Plusieurs camions circulent dans tout le département. A l'aide de rayons lasers, ils mesurent exactement le degré et la teneur de la pollution de l'air. Mieux, chaque jour, deux avions volent chacun cinq heures, sur leur nez, une perche. Elle prélève de l'air, et dans le cockpit, devenu un véritable laboratoire volant, cet air est immédiatement analysé. Il est bien évident qu'avec de tels moyens, plus personne ne peut polluer sans que cela se sache. C'est peut-être ainsi que l'air et l'eau, finalement, redeviendront vraiment propres.