Après le bombardement aérien de Marseille

23 novembre 1940
55s
Réf. 00200

Notice

Résumé :

Quelques bombes sont tombées sur Marseille le 23 novembre 1940, provoquant des destructions et des pertes humaines.

Date de diffusion :
11 décembre 1940
Date d'événement :
23 novembre 1940

Éclairage

Aux environs de 21h30, le samedi 23 novembre 1940, un avion lâchait quelques bombes sur Marseille, autour de l'avenue du Prado. Ce bombardement, dont la justification est obscure, est isolé. En effet, les bombardements alliés sur la région commenceront réellement - avec une toute autre dimension - à partir de l'été 1943. Sans doute s'agit-il d'un délestage de bombes par un avion, certainement britannique, en difficulté. En occasionnant des dégâts limités à trois immeubles, il n'en entraîne pas moins la mort de quatre civils (et cinq blessés). Cette courte séquence est significative. Ce bombardement donne prétexte à la propagande de Vichy pour s'indigner et susciter la pitié en montrant des sinistrés, d'innocentes victimes, un homme fouillant des décombres, une femme et sa fillette, un petit chien.

Le commentaire rappelle de façon très allusive que Marseille avait déjà été "meurtrie" en juin. En effet, la ville et le port avaient été les cibles d'attaques aériennes par les aviations de l'Axe. Les Allemands avaient attaqué le port les 1er et 2 juin 1940. Ces bombardements avaient occasionné des dégâts aux quais et touché les docks, le gazomètre, l'usine Kuhlmann. Ils avaient aussi tué vingt-cinq personnes et fait plus de soixante-dix blessés. Mais l'attaque aérienne qui avait soulevé le plus de colère était celle que les Italiens avaient lancée le 21 juin, entre 18h40 et 19h10. Une cinquantaine de bombes étaient tombées sur les quartiers populaires situés à côté de l'Évêché (le commissariat central), faisant 143 morts et 136 blessés. Cette attaque avait suscité d'autant plus d'indignation que les négociations en vue de l'armistice étaient entamées. Elle avait stimulé la xénophobie anti-italienne en renforçant le sentiment du "coup de poignard dans le dos" donné par un pays qui était entré en guerre - le 10 juin - alors que la défaite était consommée. Ce bombardement n'avait pu donner lieu alors à des articles dans la presse à cause de la censure.

Le rappel qui est fait ici, bien que discret, n'en est pas moins intéressant puisqu'il est le signe d'une certaine volonté de faire contrepoids au ton général du commentaire. Est-ce une initiative du journaliste qui aurait échappé à la censure ? Est-ce au contraire un choix politique, à un moment où, à Vichy, on cherche à faire croire que l'équilibre est maintenu entre les belligérants ? Quelle que soit l'explication, le public marseillais sait, lui, à quoi il est fait allusion.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Carton)
Journaliste
De nouveaux deuils en France. Sur Marseille qui se préparait au sommeil, les sirènes ont hurlé. Des bombes, les unes explosives, les autres incendiaires, s'abattaient bientôt sur la ville, détruisant plusieurs immeubles dans le centre et dans les faubourgs. Il faut noter qu'aucun objectif à valeur militaire n'a été touché et ne semble même avoir été visé, les points de chute se trouvant être dispersés selon les seules lois du hasard. Marseille, déjà meurtrie aux derniers jours de la guerre, l'est donc une nouvelle fois, alors que rien, la paix revenue, ne peut justifier un pareil attentat. Ainsi s'ajoutent de nouvelles ruines à celles trop nombreuses qu'a déjà causé la bataille. 4 morts, 5 blessés, tel est le résultat odieux et inutile du raid imprévisible des avions britanniques. Le gouvernement a immédiatement demandé au gouvernement de Londres des excuses et des réparations.
(Silence)