Le voyage du Maréchal Pétain en Provence [Muet]

03 décembre 1940
08m 57s
Réf. 00201

Notice

Résumé :

Accueil triomphal pour le Maréchal Pétain dans le sud de la France : à Arles, il est accueilli par les gardians camarguais et les arlésiennes en costumes traditionnels ; à Marseille, discours depuis le balcon de la Préfecture à une foule enthousiaste, puis défilé militaire sur le Vieux Port , visite aux soldats blessés et aux scouts de Notre Dame de la Garde ; à Toulon, le Maréchal monte à bord d'un bâtiment militaire .

Date de diffusion :
25 décembre 1940
Date d'événement :
03 décembre 1940

Éclairage

Le maréchal Pétain bénéficie des pleins pouvoirs à la tête du pays depuis le 10 juillet 1940. Ayant institué un État autoritaire (l'État Français), il bénéficie d'un incontestable soutien populaire à ses débuts, en particulier chez les anciens combattants de la guerre de 1914-1918, dont il a été le chef, et qu'il a fait organiser en une association unique, la Légion française des combattants. Sa personne est l'objet d'un véritable culte qui repose sur sa notoriété de "vainqueur de Verdun", sa réputation de sagesse, son grand âge (84 ans), sa volonté proclamée de régénérer le pays. Ce culte est entretenu par l'enthousiasme spontané de ceux qui croient en lui (et qui, souvent, n'imaginent pas qu'il puisse collaborer sans arrière-pensée de revanche avec l'Allemagne) et par une propagande très efficace, copiée des méthodes des pays totalitaires voisins. Les voyages que le Maréchal fait en province, d'abord à Lyon, puis à Toulouse en novembre 1940, ensuite en Provence au début décembre, participent pleinement de cette propagande.

Ce long reportage muet suit longuement les principales étapes du voyage qu'il effectue en Provence les 3 et 4 décembre 1940. La mise en scène insiste toujours sur la dévotion que le vieil homme inspire, s'arrête sur les affiches de propagande, scrute les foules rassemblées dans chacune des villes où le Maréchal s'arrête. Le mardi 3, le voyage commence par Arles. Il s'agit là de célébrer les traditions provençales, déjà louées dans le message que le Maréchal avait fait parvenir au début septembre à Maillane à l'occasion de la cérémonie commémorant le centenaire de la naissance de Frédéric Mistral. Il s'agit de rappeler en filigrane sa volonté de restaurer l'ancienne France des provinces. Arlésiennes en costume et gardians sont là pour l'accueillir. Le chef des gardians lui remet la corde qui sert à attacher les chevaux "symbole de leur attachement à la France et à sa personne". Le défilé des gardians est conduit par l'inventeur du folklore camarguais, le vieux marquis Folco de Baroncelli. À peine arrivé à Marseille, le Maréchal passe en revue la compagnie d'honneur du 43e RI dans la cour de la gare Saint-Charles, puis va déposer une gerbe aux monuments aux Mobiles, en haut de la Canebière. Il est accompagné ici de l'amiral Darlan, ministre de la Marine, du général Olry, vainqueur de la "bataille des Alpes" contre les Italiens en juin 1940, du général Dentz qui s'apprête à partir représenter la France en Syrie, de Xavier Vallat, secrétaire général aux Anciens combattants et créateur de la Légion qui est censée les rassembler. La visite marseillaise se place donc sous le signe de l'armée et de la souveraineté maintenue en métropole et dans les colonies. La cérémonie de prestation du serment au Maréchal par la foule des légionnaires anciens combattants - plus de 15 000 - rassemblés sur la place de la préfecture est spectaculaire. Le Maréchal, qui les a passés en revue et qui a salué les nombreux invalides venus l'acclamer, s'en va ensuite déposer une gerbe au monument aux Héros de l'Armée d'Orient et des terres lointaines qui se trouve sur la Corniche. Après avoir fait une courte visite du port en bateau, le Maréchal et son entourage assistent au défilé militaire qui se déroule le long du Vieux Port, sur le quai des Belges. C'est le clou de la visite. Il s'agit de donner l'illusion de la puissance militaire et de l'honneur retrouvé. Beaucoup parmi les spectateurs croient trouver là l'expression d'une volonté de renouveau, sinon de revanche, et donc y voient la preuve de l'hostilité du Maréchal à la politique de collaboration dont ils attribuent, à tort, la seule responsabilité au très impopulaire Pierre Laval. Défilent les automitrailleuses, les élèves des écoles de Saint-Cyr et Saint-Maixent (repliées à Aix-en-Provence), les chasseurs alpins de Fréjus et Hyères, les chasseurs à cheval de Nîmes, l'infanterie de marine, les gardes mobiles à cheval, les compagnies cyclistes, le 43e RI, soit un condensé de l'armée d'armistice, dont on oublie qu'elle est réduite à 100 000 hommes et que le matériel dont elle dispose est soumis à la surveillance des commissions allemandes et italiennes présentes en zone non occupée. La journée se termine par la visite du Maréchal à l'hôpital militaire de Montolivet où sont soignés 950 grands blessés (le Maréchal en décore treize).

Le lendemain, mercredi 4, la journée commence par une grande cérémonie religieuse à la cathédrale, la Major, où le Maréchal est accueilli par deux haies de gendarmes, les vivas des scouts, les drapeaux des régiments marseillais, 150 emblèmes de groupes catholiques, les fifres et tambourins des groupes folkloriques. L'évêque et son chapitre sont sur le parvis, Mgr Delay tend le goupillon au Maréchal (dont les sentiments religieux sont tièdes ...) et lui dit : "Dieu se sert de vous, Monsieur le Maréchal, pour sauver la France". C'est ce que le primat des Gaules, Mgr Gerlier, avait déjà affirmé à Lyon. Après la messe, le Maréchal est raccompagné par l'évêque sur le parvis où deux cents Marseillaises en costume entonnent un chant de circonstance en provençal sur l'air de Coupo Santo. Avant de partir, en train, pour Toulon, le Maréchal s'arrête à l'Hôtel de ville et fait une dernière apparition à la foule au balcon. La visite à Toulon se place dans la continuité de celle de Marseille. La Marine, seule arme invaincue, est l'un des piliers du régime dont elle assure la liaison avec l'empire colonial. Après la dramatique attaque britannique menée contre ses bâtiments dans le port de Mers-El-Kébir, le 5 juillet, elle a pu bénéficier de la part des Allemands du maintien de ses unités (hors celles qui se trouvaient dans les ports de zone occupée). Toulon est devenue la grande base maritime, les navires rescapés de Mers-El-Kébir sont venus y stationner. L'essentiel de cette puissance navale est représenté par les Forces de Haute Mer commandées par l'amiral de Laborde que l'on voit accueillir le Maréchal sur le Strasbourg, son navire amiral. Avec toujours l'amiral Darlan et Xavier Vallat à ses côtés, le Maréchal est aussi accompagné par l'amiral Marquis, préfet maritime, et par Joseph Darnand, le "patron" de la Légion des Alpes-Maritimes et futur chef de la Milice. Comme à Marseille, le Maréchal reçoit l'hommage et le serment des anciens combattants du Var rassemblés sur la place de la Liberté.

À la suite de cette visite, à Marseille comme à Toulon, les édiles municipaux (nommés) décident de donner le nom du Maréchal à leur quai d'honneur. Le Maréchal reviendra à d'autres occasions en Provence, en 1941 et 1942, à Aix, Toulon et Avignon. Aucun de ces voyages n'aura la portée et le succès de celui-ci. Ce voyage a contribué à entretenir des illusions sur son double jeu, d'autant que le Maréchal prend alors la décision de limoger Laval (qu'il fera arrêter le 13 décembre !). Bien évidemment, il y a le non dit et le non montré : l'arrestation préventive à Marseille de plusieurs centaines de suspects que l'on a enfermé durant la visite sur des rafiots ancrés dans la rade, le maintien en lisière du PPF, le parti fasciste dont Marseille est l'un des bastions (grâce à Simon Sabiani) et qui aurait voulu jouer un rôle de premier plan, le limogeage, une semaine auparavant, du député-maire de Toulon, homme de droite qui a voté les pleins pouvoirs, mais qui, ayant déserté en 1914, est jugé trop peu présentable. Et surtout, ce que ces voyages cachent, c'est que les vrais maîtres, ce sont les Allemands, qui interdisent au Maréchal de voyager en zone occupée, et les Italiens, qui l'empêchent de venir à Nice ou même à Villeneuve-Loubet, où Pétain possède une villa.

Bibliographie :

Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, 1993.

Filmographie :

Christian Delage avec Denis Peschanski et Henry Rousso, Les Voyages du Maréchal, 1990, Planète.

Jean-Marie Guillon