Bombardements de Lyon, Marseille, Mantes et Rouen

27 mai 1944
03m 28s
Réf. 00208

Notice

Résumé :

Plusieurs grandes villes sont touchées par des bombardements de l'aviation alliée au printemps 1944. Parmi elles, Lyon, Marseille, Mantes et Rouen. Ce sont partout les mêmes scènes de destruction et de gens accablés.

Date de diffusion :
09 juin 1944
Date d'événement :
27 mai 1944

Éclairage

Avec le printemps 1944, les Alliés accélèrent la préparation des débarquements. Elle s'accompagne d'une multiplication des bombardements, en particulier sur les installations militaires et les noeuds de communication. La période est dramatique pour la région. Toulon et La Seyne ont été sévèrement touchées le 29 avril (environ 200 morts et près de 12 000 sinistrés). Un mois plus tard, Nice, Avignon et Marseille sont, à quelques heures d'intervalle, les cibles des attaques aériennes. À Nice, le 26 mai, le bombardement provoque 384 morts, 480 blessés et 5 600 sinistrés. À Avignon le lendemain, on déplore 350 morts et aux environs de 3 000 sinistrés. Le bombardement de Marseille, le même jour, revêt une toute autre ampleur. L'alerte a retenti vers 10 heures, mais, depuis des jours, les sirènes n'arrêtent guère de sonner, la ville a été jusqu'ici relativement épargnée, la population espère échapper au drame et ne prend guère de précaution, d'autant que Marseille se trouve en quasi-état de dissidence. En effet, la résistance communiste, via la CGT clandestine, a déclenché un mouvement de protestation qui, à partir du 24 mai, a pris une rare ampleur. Le prétexte en est la diminution de la ration de pain et l'inscription obligatoire des consommateurs chez les boulangers. Commencé avec une manifestation de femmes sur la Canebière, le mouvement est relayé le 25 par la grève dans les entreprises de métallurgie et une nouvelle manifestation sur laquelle tirent les hommes de Sabiani retranchés à l'intérieur du siège du PPF, faisant un mort et deux blessées. La grève s'étend au port, aux services municipaux, à la presse et à de nombreuses entreprises des secteurs alimentaires ou chimiques le 26. Elle sort de Marseille pour se diffuser aux alentours, jusqu'au bassin de Gardanne. En dépit des menaces de répression, elle concerne plus de dix mille salariés. C'est l'un des mouvements sociaux les plus importants qu'ait connu la France sous l'Occupation. Il s'inscrit dans la stratégie insurrectionnelle des communistes.

C'est dans ce contexte qu'intervient le bombardement du samedi 27, à 11h10. Si la gare centrale est bien rendue inutilisable, c'est tout autour la désolation. Le plateau Saint-Charles et la Belle-de-Mai sont saccagés, mais aucun quartier du centre n'est vraiment épargné. On le voit dans le reportage qui, sur un fond musical lugubre, fait le tour de la "France martyre". Venant à Marseille, après Lyon et avant Mantes, il montre les destructions dans le quartier de l'Opéra, derrière le célèbre restaurant Basso, ou bien encore en haut de la Canebière, vers les Réformés. Le bombardement marseillais du 27 mai est l'un des plus meurtriers que la France ait subi : 1 752 morts, 2 760 blessés, 1 022 maisons détruites et 8 865 endommagées. Des dizaines de milliers de Marseillais vont fuir la ville dans les jours qui suivent pour se réfugier dans les villages de banlieue ou dans l'arrière-pays. La colère, la douleur, l'incompréhension ne profitent nullement à Vichy et aux Occupants, en dépit des efforts de la propagande. Si la population met en cause les Américains à qui l'on attribue (à tort) la seule responsabilité des "tapis de bombes" et si l'on ne comprend pas le pourquoi de tant de morts inutiles, personne ne se trompe de responsabilité et chacun attend avec impatience le débarquement, dont on sait qu'il aura lieu bientôt (tout en redoutant les combats qui risquent de l'accompagner). Cependant, du côté de la Résistance communiste, l'idée fausse, mais tenace - dont on trouvera trace bien longtemps après guerre -, c'est que les Alliés ont voulu aussi, par leur bombardement massif et destructeur, "casser" le mouvement insurrectionnel qui s'amorçait et qui, effectivement, a été interrompu.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Carton)
Journaliste
En voyant ce qu'il reste de Mantes,
(Musique)
Journaliste
Lyon enterre ses morts. Vision hallucinante : devant la cathédrale Saint Jean, près de 500 cercueils sont alignés en interminables rangs. 500 corps, et ce n'est là que la moitié à peine de l'abominable tuerie.
(Musique)
Journaliste
Plus de 1000 Lyonnais ont, en effet, été tués par les torpilles anglo-américaines. Tandis que Lyon pleure ses morts, la France continue son martyre. La France brûle. Cette fois, c'est à Marseille. Les rues de la vieille cité phocéenne, où la vie semblait insouciante, Marseille, porte de l'Orient, connaît, à son tour, les cendres noires des bombes, les maisons écroulées, les cris des blessés, les morts que l'on pleure.
(Musique)
Journaliste
1250 morts, 21 000 sans-abris. Tel est le bilan.
(Musique)
Journaliste
Le Vieux-Port.
(Musique)
Journaliste
L'Opéra municipal. La Canebière vers l'Eglise des Réformés.
(Musique)
Journaliste
Certes à Mantes, le pont est atteint, mais la petite ville est anéantie. Un désert de ruines. Plus de 600 immeubles de cette cité de 20 000 âmes sont détruits. Depuis deux mois, des femmes, des enfants de chez nous meurent par milliers. Notre patrimoine a plus souffert en ces deux mois qu'en une année de guerre.
(Musique)
Journaliste
on imagine la violence de l'ouragan de fer et de feu qui s'abattit sur la ville et ses habitants.
(Musique)
Journaliste
Et voilà Rouen, où l'incendie fait rage, aggravé par un vent violent, Rouen qui a connu 9 bombardements en 10 jours. Les pompiers de la cité ont dû faire appel aux troupes d'Occupation, aux pompiers de nombreuses villes, et entre autres à ceux de Paris. Mais hélas, l'héroïsme de ces derniers a eu sa rançon : 5 sont morts. Les dégâts sont immenses. La ville musée est devenue une gigantesque ruine, dominée par la silhouette de la cathédrale qui brûla comme une torche. Ce qui reste de l'église Saint Vincent. Dans la cathédrale, splendeur de l'art gothique, la voûte s'est écroulée. De la vieille tour de Saint Romain, il ne reste plus que les pans de murs. Détruites, les vieilles maisons dont les façades, il y a cinq siècles, virent passer la charette entourée de 500 hommes d'armes
(Musique)
Journaliste
armés de lances, la charette qui amenait Jeanne au bûcher.