Tende et La Brigue rattachées à la France

04 juillet 1946
01m 35s
Réf. 00213

Notice

Résumé :

Les localités de Tende et La Brigue - que l'Italie avait conservées au moment du rattachement du Comté de Nice à la France en 1860 - viennent d'apprendre que la conférence de Paris approuve la rectification de la frontière, et le rattachement à la France.

Date de diffusion :
04 juillet 1946
Personnalité(s) :

Éclairage

Le reportage se situe au lendemain de la conférence des quatre - les quatre puissances victorieuses (Royaume-Uni, États-Unis, URSS et France) - à Paris qui vient de donner satisfaction à la France en rectifiant sa frontière avec l'Italie, en particulier dans les Alpes-Maritimes.

La Convention du 7 mars 1861, qui avait entériné le rattachement du Comté de Nice à la France, avait accordé au Piémont une partie des territoires d'Isola, Saint-Sauveur-sur-Tinée, Saint-Martin-Lantosque, Rimplas, Belvédère et Valdeblore, plus les communes de Tende et La Brigue, en dépit des voeux de la grande majorité des habitants. Le prétexte en était la préservation des territoires de chasse du roi, ce qui masquait des considérations stratégiques plus importantes. Cette frontière, qui ignorait la ligne de partage des eaux tout comme les réalités locales, créait une situation locale compliquée et bien des ressentiments. Cependant l'attachement à la France des populations de la Haute Roya se maintint, d'autant mieux qu'une partie d'entre elles va émigrer au fil du temps à Nice et sur la Côte.

Dès la Libération, un Comité pour le rattachement de Tende et La Brigue à la France s'était constitué à Nice, encouragé par les autorités françaises et par la Résistance. Mais les combats se sont poursuivis sur la frontière jusqu'en avril 1945. Ce n'est que le 26 avril que les troupes françaises, qui avaient lancé la très dure bataille de l'Authion, ont pu prendre pied à Tende et La Brigue. Aussitôt, 320 habitants réfugiés à Nice ont été conduits en camion sur les lieux, qu'ils ne sont parvenus à atteindre qu'à pied. Dès le dimanche 29 avril, les représentants du Comité pour le rattachement, qui avaient pris le pouvoir, ont organisé un plébiscite qui donna 70 % de "Oui" (893 voix) à Tende et 90 % (976 voix) à La Brigue. Cependant, les Alliés, qui n'avaient pas apprécié ce "coup" et qui souhaitaient ménager l'Italie, ont ordonné, le 10 juillet, la restitution des territoires à l'administration italienne. Ce retrait a eu lieu dans un climat d'extrême tension. Beaucoup d'autochtones sont repartis par peur des représailles. La police italienne, à son retour, a réprimé les manifestations francophiles. Mais au début mai 1946, une commission interalliée, composée de représentants des quatre pays vainqueurs, est venue vérifier les "sentiments authentiques" d'une population qui a confirmé le souhait de rattachement. C'est à la suite de son rapport que les quatre, réunis à Paris le 27 juin, ont décidé le retour à la France de Tende et la Brigue.

Le reportage qui insiste - on le remarquera - sur le caractère provençal des deux localités, restitue l'atmosphère d'attente impatiente qui y règne. Il n'est pas neutre et, parmi les graffitis, il choisit ceux qui, avec la croix de Lorraine et le "V" de la Victoire, rappellent aux Français la Résistance, ou ceux qui saluent Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, représentant de la France à la conférence. Tout n'est pas réglé pour autant. Il reste à s'accorder surtout sur le tracé de la nouvelle frontière. Il faut attendre pour cela la signature officielle du Traité de Paris le 10 février 1947 entre la France et l'Italie et la négociation qui s'ensuit. Outre Tende et La Brigue, la France récupère les territoires des six communes dépecées en 1861 (dont, pour Isola, le territoire de la future station de ski). Par ailleurs, La Brigue doit céder à l'Italie quatre hameaux situés sur le versant piémontais (Realdo, Carnino, Upega, Piaggia), tandis que Breil, en Basse Roya, reçoit ceux de Libre et Piene (qui appartenaient à la commune d'Olivetta San Michele). Ajoutons que le traité entraîne des modifications de frontière limitées, en Savoie et dans les Hautes-Alpes (le Mont Thabor et la Vallée étroite, ainsi que le Chaberton au dessus de Briançon). La France prendra officiellement possession de ces territoires le 16 septembre 1947 à 0 heure. À Tende et La Brigue, drapeaux, arcs de triomphe, guirlandes accueilleront ses représentants, le préfet Haag et le président du Conseil général des Alpes-Maritimes, Virgile Barel, accompagnés par les cars de réfugiés repartis à nouveau de Nice. Un plébiscite, organisé le 12 octobre sous le contrôle d'observateurs étrangers, entérinera la situation. Avec 95 % de participation, il donnera 2 603 "Oui", 218 "Non", 24 blancs ou nuls. L'âme du Comité pour le rattachement, Aimable Gastaud, ancien résistant niçois, a fait apposer dès le 16 septembre un panneau commémoratif sur la frontière disant : "Par la volonté et la ténacité des populations de Tende et La Brigue, la France ne finit plus ici". Il sera désigné, puis élu maire de La Brigue et mènera une longue bataille contre le bornage de la frontière, qu'il considère comme trop défavorable à sa commune, jusqu'à ce que, en 1962, l'État le contraigne à renoncer.

Bibliographie :

Le Haut-Pays, journal de la Roya-Bevera, notamment numéro spécial sur le 40e anniversaire du rattachement (3/1987).

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
Tende et Brigue, villes françaises inclues dans le territoire italien, font retour à la France. Ainsi en a décidé, selon la justice, la conférence des quatre réunis à Paris. Depuis 1860, la frontière italienne - où les carabiniers, hier encore, exerçaient un contrôle sévère - coupait ainsi la terre française. Le droit et la justice vont la supprimer aujourd'hui. Ainsi, Brigue va redevenir ce qu'elle n'a pas cessé d'être au fond du coeur : un coin de Haute Provence. Brigue, avec sa vallée où ruissellent les eaux qui alimentent les installations hydroélectriques de la Roya, qui fournissent l'électricité à une partie du Piémont et du pays génois. Ainsi, Tende, où l'esprit français ne s'est jamais démenti. Tende, qui garde le pittoresque d'un village provençal, attend maintenant l'arrivée des représentants de l'autorité française. C'est un coin de sol français depuis toujours, où les 4000 habitants sont français, pensent français, et ont toujours, depuis 1860, manifesté leur volonté d'être Français, qui retourne à sa véritable destinée.
(Musique)
Journaliste
Ici, comme l'ont écrit sur leur terre ces Français séparés d'hier, ici, c'est maintenant la France.
(Musique)