L'Exodus au large de Port-de-Bouc

29 juillet 1947
01m 05s
Réf. 00214

Notice

Résumé :

Après l'échec d'Exodus 1947 d'atteindre la côte palestinienne - alors sous mandat britannique - les autorités anglaises, qui contingentent l'émigration juive, placent les survivants de la Shoah qui tentaient de gagner clandestinement la Terre Promise dans 3 bateaux-prisons renvoyés vers la France ; le 29 juillet, les bateaux-cage se trouvent en rade de Port de Bouc, où ils resteront bloqués près de 3 semaines, avant de repartir pour l'Allemagne via Gibraltar.

Date de diffusion :
07 août 1947
Date d'événement :
29 juillet 1947

Éclairage

Voilà plus d'une semaine que trois liberty-ships britanniques, devenus bateaux prisons, sont arrivés devant Port-de-Bouc, avec à bord 4 493 juifs désireux de s'installer en Palestine et refoulés par les Britanniques, alors maîtres de ce territoire. C'est un drame international qui fait affluer dans la ville des chantiers navals des journalistes de tous les pays. Les conditions sanitaires, dans la chaleur de juillet, sont épouvantables pour les passagers, parmi lesquels se trouvent 1 732 femmes et 955 enfants. Plus de la moitié souffrent de dysenterie et une épidémie de rougeole affecte l'un des bâtiments. Rouge Midi, l'hebdomadaire communiste de Marseille, a titré le 30 juillet : "Auschwitz flottant".

C'est une double partie de bras de fer qui se joue. La première oppose le mouvement sioniste qui a organisé le départ de ces juifs d'Europe centrale, souvent rescapés des camps nazis, et qui entend imposer le droit des juifs à immigrer librement en Palestine, et les autorités britanniques, maîtresses de ce territoire, qui n'entendent pas se laisser imposer une solution qui contrecarre leur politique arabe. La deuxième oppose le gouvernement britannique et celui de la France, dirigé par le socialiste Ramadier, qui, en dépit de son ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, soutient l'installation des juifs en Palestine. Le Mossad, bras clandestin de la Haganah (l'armée juive), qui encadre l'opération, joue la carte de l'intransigeance et de la dramatisation en refusant le débarquement des plus fragiles. Il faut frapper un grand coup en misant sur la médiatisation d'une affaire qui émeut l'opinion internationale.

L'opération a commencé en novembre 1946 avec l'achat par le Mossad d'un bâtiment, le Président Warfield, baptisé Exodus 1947 en mars 1947. Il s'agissait de transférer en Palestine des juifs provisoirement rassemblés en Allemagne. Le 21 avril, après débat, en dépit des Britanniques, le gouvernement français avait décidé de laisser se dérouler leur transfert dans les huit camps de transit installés sur la côte méditerranéenne et leur embarquement. Sète, dans le fief électoral de Jules Moch, l'un des ministres qui avait défendu cette position (comme Édouard Depreux, ministre de l'Intérieur), avait été choisi comme port d'embarquement vers lequel 170 camions avaient convergé. Parti le 10 juillet, L'Exodus était arrivé le 18 au large de la Palestine. Refusant de s'arrêter comme l'exigeait la Royal Navy, il avait essuyé des tirs qui avaient provoqué la mort de trois passagers et deux cents blessés. Arraisonné, le bateau avait été escorté à Haïfa où les passagers avaient été transférés sur les trois bateaux prisons avant d'être renvoyés devant les côtes françaises. Une fois au large de Port-de-Bouc, le Mossad refuse l'accueil que propose la France. L'attente va durer quatre semaines. Finalement, cent trente cinq vieillards ou malades seront descendus à terre, bien que le porte-parole du Mossad ait affirmé que "personne ne débarquera : ni les femmes, ni les malades, ni les enfants. Nous ne débarquerons que les morts. Dites à la France que nous la remercions dix fois de son hospitalité généreuse... Nous ne descendrons vivant qu'en Palestine. Vive la France !".

Le 21 août, le Royaume-Uni lancera un ultimatum en exigeant, soit le débarquement en France, soit le renvoi en Allemagne. C'est ce choix qui, le lendemain, sera adopté par les organisateurs de l'opération. Les bateaux partent vers Hambourg le 22. L'affaire de l'Exodus s'est donc soldée par un échec à court terme, mais, en attirant l'attention sur le problème, elle a été en fait une étape vers la reconnaissance de l'Etat d'Israël qui aura lieu un an après à l'ONU, le 14 mai 1948.

Bibliographie :

Jacques Derogy, Histoire de l'Exodus, Paris, Fayard, 1987.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Journaliste
Port-de-Bouc. C'est là que depuis plus d'une semaine, les émigrants de l'Exodus attendent. Depuis plus d'une semaine dans leurs trois rafiots, ces malheureux, refoulés d'une terre promise qu'ils tentaient d'atteindre, attendent qu'une décision leur permette de reprendre - vers quels rivages ? - leur triste aventure. Seuls les malades, les fous et quelques enfants ont été autorisés à débarquer par les dirigeants sionistes du bord. Ceux-ci en effet se refusent à tout compromis et exigent de leurs compagnons une ténacité qui, pensent-ils, finira par avoir raison des règlements, des prescriptions et des quotas. 80 seulement des 4500 exilés en quarantaine volontaire ont donc été débarqués. Les compagnies républicaines de sécurité montent la garde autour de ce drame humain, une garde brutale et sans nuance, dont les excès s'adressent particulièrement aux journalistes. Sur l'eau, les 4500 volontaires de la terre promise, les 4500 quêteurs de patrie patientent et espèrent dans leur cage flottante. Quel sol les accueillera ? Où s'arrêtera leur voyage ? Et l'on parlait, dans les légendes, du Juif Errant.
(Musique)