Opérations de reconstruction à Marseille

01 mars 1951
42s
Réf. 00216

Notice

Résumé :

Une nouvelle architecture s'élève dans le Marseille d'après guerre : l'architecte marseillais Fernand Pouillon reconstruit les immeubles du quai du Vieux Port détruits en 1943 et Le Corbusier lance sur le boulevard Michelet une première expérience d'unité d'habitation qui devra accueillir 1500 personnes.

Date de diffusion :
01 mars 1951
Personnalité(s) :

Éclairage

La reconstruction du Vieux-Port :

Le reportage effectué en 1951 dans l'immédiat après-guerre et au début des opérations de Reconstruction ne dit rien des raisons et circonstances de la destruction systématique des vieux quartiers de la ville durant l'occupation allemande, insistant plutôt sur le remplacement de ruelles sordides par des immeubles flambant neufs.

Or en janvier 1943 (et pas 1942), la destruction méthodique du quartier du Vieux-Port par les troupes d'occupation allemandes, assistées des forces de police de Vichy, constitue l'un des épisodes qui ont le plus marqué la mémoire collective marseillaise. Accusés d'abriter des éléments de la pègre et de la Résistance, les vieux quartiers du Vieux-Port ont été évacués brutalement à partir du 24 janvier 1943, les immeubles dynamités et leur population, près de 20 000 personnes - en majeure partie des immigrés - déplacée sans ménagement ni préparation, prélude pour beaucoup à la déportation. Cette action brutale n'était pas dénuée chez les autorités françaises d'arrière-pensées immobilières, dans le cadre d'un plan d'urbanisme confié par les autorités locales à l'urbaniste Eugène Beaudoin. Après la guerre, entre 1948 et 1954, ce quartier a fait l'objet d'une vaste opération d'urbanisme au titre de la Reconstruction, sous les ministères de Raoul Dautry puis d'Eugène Claudius-Petit, instigateurs des innovations d'après-guerre dans ce domaine. Dans un contexte conflictuel émaillé de péripéties où se sont affrontées plusieurs équipes d'architectes et urbanistes, la reconstruction du Vieux-Port verra triompher les idées et la manière d'un jeune architecte qui deviendra célèbre, Fernand Pouillon. Ce dernier, même s'il n'est pas l'auteur de la totalité de l'opération, a mis en oeuvre l'opération de La Tourette, autour de l'église Saint-Laurent, et surtout la composition et l'architecture des immeubles de la façade portuaire, dont la plastique et le caractère intemporel constituent une marque de fabrique de l'architecture Pouillon.

L'immeuble du Corbusier :

À la même époque, l'architecte Le Corbusier répond d'une manière radicalement différente aux programmes de l'État dans le cadre de la Reconstruction. Dans une opération de logements, initialement prévue dans les quartiers Nord, puis finalement inscrite dans les quartiers Sud, boulevard Michelet, Le Corbusier va expérimenter concrètement ses théories sur l'habitat élaborées vingt ans plus tôt, à la fois sur le plan technique et sur la manière d'habiter.

La reconstruction du Vieux-Port et la "maison du fada", comme les Marseillais ont aussitôt surnommé l'immeuble du Corbusier, sont aussi controversées l'une que l'autre au moment de leur réalisation, mais elles témoignent des différentes solutions utilisées à l'époque de la Reconstruction, l'une dans un contexte historique, l'autre au nom du modernisme. Elles ont toujours valeur de référence.

Bibliographie :

Institut français d'architecture (collectif), Marseille, la passion des contrastes, Liège, Editions Mardaga, 1991. 

Fernand Pouillon, Mémoires d'un architecte, Paris, Le Seuil, 1968. 

Gérard Monnier, Le Corbusier, coll. Qui suis-je ?, Lyon, Editions La Manufacture, 1986.

Nicole Girard

Transcription

(Musique)
Journaliste
Le Vieux Port de Marseille, partiellement détruit en 1942, ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Aujourd'hui, des buildings s'élèvent là où serpentaient, naguère, des ruelles sordides.
(Musique)
Journaliste
Pour sa Cité Radieuse, Le Corbusier, rénovateur de l'urbanisme, a choisi également Marseille, édifiant sur d'énormes pilotis son unité d'habitation. 1500 personnes pourront prochainement y emménager et faire ainsi l'expérience de ce qui sera peut-être la ville de demain.
(Musique)