Les hommes grenouilles de la Calypso

22 octobre 1953
01m 54s
Réf. 00217

Notice

Résumé :

Les hommes-grenouilles du commandant Cousteau ont plongé au large de l'île de Riou à partir de la Calypso spécialement équipée par l'Education Nationale et la Marine. C'est ainsi que pour la première fois, l'équipage a filmé une épave grâce à une caméra de télévision sous-marine. Après un long travail archéologique, 7 000 amphores et de nombreuses poteries ont été remontées à la surface avant d'être expédiées dans les musées de la France entière.

Date de diffusion :
22 octobre 1953

Éclairage

C'est en baie de Marseille, auprès du récif du Grand Congloué à proximité de l'Île du Frioul qu'eut lieu, de 1952 à 1957, sous la direction du commandant Cousteau, la première fouille archéologique dans les eaux françaises. La plongée sous-marine est alors une activité très récente, rendue possible grâce à deux inventions du début des années 1950 : le scaphandre autonome qui permet au plongeur ( "homme-grenouille" ) de se déplacer sans entrave et le détenteur, qui a vulgarisé la plongée libre en la sécurisant.

Le directeur des Antiquités de la région, Fernand Benoît, qui dirige le projet scientifique, surveille les opérations depuis la surface et rédige un journal de fouille. Si les fouilles du Grand Congloué constituent un évènement fondateur, l'interprétation de la cargaison remontée par les plongeurs donna lieu a des erreurs qui ont divisé les spécialistes jusqu'à la fin de la décennie 1980.

En effet, lors de la répartition du matériel remonté, deux lots distincts sont apparus. Le plus ancien se composait d'amphores grecques, pour la plupart provenant de Rhodes et d'Italie du Sud, datant de la fin du IIIe siècle et du début du IIe siècle avant J.-C. Un second lot de 1 500 amphores, difficile à dater, semblait se placer dans la seconde moitié du IIe siècle ou du Ier siècle av. J.-C. Après quelques hésitations, Fernand Benoît, ne pouvant imaginer que deux navires aient coulé au même endroit, a conclu qu'il n'y avait qu'une seule épave. La datation de tout le matériel fluctuerait entre le IIIe siècle avant J.-C. et le Ier siècle, ce qui entrait en contradiction avec toutes les recherches terrestres. Il faut attendre 1987 pour que Luc Long démontre qu'il s'agit bien de deux lots distincts, associés à deux épaves différentes.

Depuis cette fouille fondatrice en matière d'archéologie sous-marine navale, on s'est aperçu qu'il n'était pas rare que deux épaves se superposent. Les récifs, les vents et les courants n'ont pas changé : les mêmes causes ont produit les mêmes effets, la baie de Marseille étant dès cette époque particulièrement dangereuse.

Bibliographie :

Jacques-Yves Cousteau, Calypso : 26 ans d'exploration scientifique des mers, Paris, Robert Laffont, 1978. 

Lucien-François Gantès et Philippe Mellinad, Marseille antique, Paris, Éditions du patrimoine, 2007. 

Fernand Benoît, L'épave du Grand Congloué à Marseille, XIVe supplément à Gallia, Paris, CNRS, 1961.

Filmographie :

L'océanographie : le temps des pionniers, Léon Desclozeaux, SFRS, 2000.

Le Monde du silence, Louis Malle et Jacques-Yves Cousteau, 1955.

Maryline Crivello

Transcription

(Musique)
Journaliste
C'est auprès de l'île de Riou, au sud est de Marseille, que la Calypso avait rendez-vous. Comme chacun le sait aujourd'hui, la Calypso du commandant Cousteau est spécialement équipée, avec l'aide de la marine et de l'Education Nationale, pour les recherches sous-marines. En effet, les rendez-vous de la Calypso ne sont généralement pas en surface, et celui-ci n'échappait pas à la règle. Les hommes-grenouille ont plongé, munis d'une caméra de télévision sous-marine.
(Musique)
Journaliste
Grâce à elles, le commandant Cousteau suivait sur l'écran les efforts de ceux qui exploraient à 40 mètres de fond un navire grec coulé voici 2200 ans avec sa cargaison de vin et de poteries. Expérience d'une très grande portée puisque pour la première fois au monde, officiellement, une recherche sous-marine était suivie et dirigée de la surface. Et c'est ainsi que se dégagent à la fois l'épave et l'histoire d'un drame vieux de deux millénaires. Un navire marchand, venu de Délos, chargé de vin et de poteries, pris par la tempête, avait sombré sur les récifs de l'île de Riou.
(Musique)
Journaliste
Pour la première fois, un travail méthodique d'archéologie sous-marine permettait de ramener, en 1250 plongées, 7000 amphores, d'innombrables poteries, les ancres et le matériel de bord dont vont s'enrichir les musées d'Europe.
(Musique)
Journaliste
Certaines amphores étaient restées intactes, bouchées, cachetées. Le vin y était encore, en lie et en poussière bien entendu. Pensez, 2000 ans de bouteille...
(Musique)
Journaliste
Mais d'autres amphores réservaient d'autres surprises.
(Musique)