Le mariage du Prince Rainier et de Grace Kelly

09 mai 1956
05m 38s
Réf. 00218

Notice

Résumé :

Le mariage du prince Rainier III de Monaco et de Grace Kelly commence le 17 avril par la réception des cadeaux. Fêtes folkloriques et feu d'artifice clôturent cette journée. Le 18 avril est consacré au mariage civil et à la réception du peuple monégasque. Le 19, c'est la cérémonie religieuse à la cathédrale. Dans la ville pavoisée des drapeaux monégasques et américains, le couple princier est accueilli par des détachements militaires, et une foule nombreuse attend la sortie des nouveaux époux.

Date de diffusion :
09 mai 1956

Éclairage

L'évènement est médiatique tout autant que mondain. C'est avec le couronnement de la reine d'Angleterre, Élizabeth II en 1953, l'un des moments "historiques" de la télévision à ses débuts, ce que souligne bien l'un des passages du reportage consacré à la course poursuite - hélicoptère, avion à réaction, hélicoptère - pour transmettre à temps les images tant attendues à Paris. C'est aussi le début d'une longue connivence - elle n'est pas achevée - entre une presse populaire avide de sensationnel, et parfois de scandales, et la famille princière de Monaco.

À l'époque où règne encore le roman-photo et les romans de Delly ou leurs émules, c'en est un de vivant qu'offre le reportage, par le ton du commentaire, les allusions répétées au conte de fées, la mise en images et les gros plans sur le couple princier, le récit qui met en scène les grands moments des trois jours qui scandent ce mariage. Le cadre même de la principauté, accrochée à son rocher, plongeant dans la mer, offre un décor idéal pour faire rêver le public de Jours de France ou de Paris Match (grâce à qui l'histoire d'amour a commencé, au cours d'une séance photo au palais en 1955). La belle histoire fait oublier "le monde inquiet et troublé" comme dit le commentateur, en pleine Guerre froide et alors que la guerre d'Algérie vient de prendre une dimension inquiétante avec le rappel du contingent, décidé un mois auparavant.

Le prince Rainier III, qui a succédé à son grand-père, Louis II, en 1949, a 33 ans. Son union avec une star du cinéma, et de surcroît américaine, est sans aucun doute significatif d'un changement de génération et d'époque, en même temps que d'une certaine volonté de modernisation dont on trouve d'autres exemples dans la politique que le prince conduit sur le plan économique et financier. Le mariage se fait en trois temps. Il commence par la réception officielle du 17 avril, avec les voeux des délégations diplomatiques (pour la France, c'est François Mitterrand qui représente le gouvernement du socialiste Guy Mollet, dont il est garde des Sceaux), une impressionnante remise de cadeaux qui doit éblouir les spectateurs français, sortant à peine des difficultés de l'après-guerre, tout comme la fête féérique qui suit, le soir. Le lendemain, 18 avril, a lieu la cérémonie civile dans la salle du trône, devant le président du Conseil d'État et en présence de reporters photographes que l'on n'appelle pas encore des paparazzis. La réception du "peuple" monégasque qui a lieu l'après-midi renvoie, elle, au mythe du bon prince, protecteur de ses sujets, enchantés par la grâce qu'il vient de leur accorder en les conviant à la cérémonie. Mais l'un des moments les plus médiatisés se déroule le lendemain, le jeudi 19 avec la cérémonie religieuse, dont les étapes sont suivies pas à pas. Le prince est en grand uniforme de colonel des carabiniers. Un détachement militaire américain accueille le couple sur le parvis, mais des soldats français et britanniques sont là, eux aussi, aux côtés des "forces" monégasques : sapeurs-pompiers, carabiniers en grande tenue et motocyclistes de la sécurité publique. La bénédiction nuptiale est donnée par Monseigneur Barthe, évêque de Monaco et prélat réformateur. Des milliers de spectateurs agitent des drapeaux américains et monégasques lorsque le prince et la princesse vont jusqu'à l'église Sainte-Dévote, patronne de Monaco, pour déposer, comme le veut la tradition, le bouquet nuptial.

Le reportage ne dit rien des festivités qui ont clôturé le mariage et, notamment, de l'inévitable match de football qui, l'après-midi, oppose le F. C. Barcelone et l'Athletica Portuguesa de Rio de Janeiro. Il préfère conclure de manière très convenue sur un envol de pigeons sous les yeux du couple à une fenêtre du palais. Commence un roman-feuilleton familial qui, avec ses drames - en particulier la mort accidentelle de Grace Kelly le 15 septembre 1982 -, ses histoires d'amour, ses frasques, a fait jusqu'à aujourd'hui, régulièrement, la une de la presse spécialisée.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
Le rocher de Monaco, s'il garde ses allures héroïques, n'est plus, aujourd'hui, un bastion guerrier dressé contre la mer et l'assaillant ; ce n'est plus qu'un décor de roman. Un roman où les personnages de conte de fées jouent leur rôle, au milieu des compliments enfantins et des vols de colombes. C'est de 1000 mains, connues ou inconnues, que les fiancés ont reçu les traditionnels cadeaux de mariage, depuis la Rolls de trente millions jusqu'aux plus classiques offrandes. Car on retrouve ici l'attention qu'ont toujours les donateurs d'aider les jeunes époux à monter leur ménage.
(Musique)
Journaliste
En recevant, avec les 40 diplomates que le monde entier a délégué à leur mariage, une sorte d'hommage universel à la jeunesse et à la beauté, et dans lequel la France s'exprimait par la présence d'un ministre, monsieur Mitterrand, les fiancés apprenaient que le monde, même le plus officiel, est toujours sensible au charme des histoires d'amour.
(Musique)
Journaliste
Et le soir venu, au milieu des illuminations qui faisaient à la rade une couronne de lumière, ils pouvaient sentir dans cette sérénade populaire que le mariage des princes est, de tout temps, pour leur peuple, une sorte de poème heureux.
(bruits)
Journaliste
Le lendemain, dans la salle du trône, c'était, devant la loi, le «oui» un peu sévère du rite civil, et, au bas d'un parchemin désormais historique, la double signature : Grace Patricia Kelly devenait princesse de Monaco.
(Musique)
Journaliste
C'était donc maintenant un couple princier qui devait recevoir, l'après-midi, son peuple tout entier dans les jardins du palais. Il faut dire que le peuple monégasque proprement dit ne compte pas plus de 2500 âmes. Mais 2500 personnes, cela commence à faire une foule. Et c'est en tout cas bien la première fois dans l'histoire qu'un peuple présent au complet aura pu, d'une seule voix et d'une même coupe, porter la santé de ses souverains.
(Musique)
Journaliste
Le soir, étincelante de diamants, et comme transformée d'un coup de baguette magique, la princesse de Monaco faisait son entrée à l'opéra aux côtés d'une altesse, non plus seulement sérénissime, mais souriante. Dernier acte, pourrait-on dire, du mythe de Cendrillon.
(Musique)
Journaliste
Et le lendemain, le lendemain, passant de l'hélicoptère à l'avion à réaction, puis de l'avion à l'hélicoptère, le film du mariage religieux tourné à midi était transmis de Monaco à Paris en 2 heures 20 minutes grâce aux moyens de l'armée de l'air.
(bruits)
Journaliste
Ce jour-là, le soleil qui, jusque-là, boudait, s'était enfin mis de la partie. C'est par un vrai soleil de mariage que la princesse Grace, au bras de son père, a fait son entrée dans la cathédrale où seulement 500 privilégiés avaient pu trouver place.
(Musique)
Journaliste
Derrière elle, le prince Rainier prenait place à son tour.
(Musique)
Journaliste
Et, dans une émotion visible, s'échangeaient les paroles rituelles.
(Musique)
Prêtre
Grace Patricia, voulez-vous prendre pour légitime époux Rainier Louis Henri Maxence Bertrand ici présent, selon le rite de notre mère la sainte Eglise ?
(Musique)
Journaliste
Dehors, la joie populaire attendait le jeune couple. La vedette Grace Kelly jouait, dans la jolie simplicité d'une épousée, le dernier rôle de sa carrière de reine de l'écran. Au milieu des acclamations, le cortège se dirigeait vers l'oratoire de Sainte Dévote, dont le nom est particulièrement révéré, et, d'un geste charmant, à l'image de toutes les jeunes mariées du pays, la princesse y abandonnait en hommage son bouquet nuptial.
(Musique)
Journaliste
Monaco vivait à plein coeur sa plus belle journée, car Monaco, pour le monde, était, ce jour-là, une leçon : il avait l'orgueil d'être, au milieu d'un monde inquiet, un pays où le seul problème d'Etat devait être l'amour d'un prince et d'une étoile.
(Musique)