L'ouverture de centres d'hébergement pour travailleurs nord africains à Marseille et Lille

22 mai 1957
01m 33s
Réf. 00219

Notice

Résumé :

La Sécurité sociale a fait construire à Marseille et à Lille deux centres d'hébergement destinés aux ouvriers nord-africains, qui commencent à arriver en masse, avec les encouragements de l'État, afin de contribuer aux grands travaux de la reconstruction. Le reportage suit les diverses étapes qui conduisent le migrant de la descente du bateau aux chantiers qui les emploient. Il s'agit de les dissuader de s'installer dans les bidonvilles qui s'étendent dans les terrains à la périphérie ou dans les "meublés" dégradés du centre ville. Les images des aménagements des nouveaux centres, de leur confort, de leur propreté font contraste avec les précédentes, dont la finalité est plutôt répulsive. Vingt trois autres centres de ce genre sont en cours de réalisation.

Date de diffusion :
22 mai 1957

Éclairage

Alors que la guerre en Algérie bat son plein, la France a besoin de la main d'oeuvre coloniale pour faire face aux énormes nécessités de ses chantiers de construction. Il s'agit en effet, dans cette période de croissance économique, de terminer la reconstruction et de résoudre la question du logement. C'est le temps, à Marseille comme ailleurs, de l'aménagement des grands ensembles sur les périphéries. Ceux-ci sont destinés à résorber les taudis des centres villes et les diverses concentrations d'habitat précaire et insalubre, les bidonvilles, où s'entassent les populations, françaises et étrangères les plus fragiles.

À Marseille, plusieurs strates de ce type d'habitations subsistent dans les années cinquante. Les "enclos" (Peyssonnel, Milliard, la Villette), situés non loin du port, nés dans l'Entre-deux-guerres avec, notamment, l'immigration arménienne, subsistent toujours. Les camps d'hébergement dégradés (camp Colgate par exemple, près des Baumettes) sont squattés. Le centre ville compte de nombreux taudis, tandis qu'à la périphérie, des Goudes jusqu'aux quartiers Nord, des "campagnes" abandonnées se couvrent d'abris de fortune, en marge de la légalité. La concentration la plus importante se trouve à Saint-Barthélémy, sur des terrains de la SNCF, où s'entassent plus d'un millier de personnes, mais, en fait, tous les arrondissements de la ville sont concernés. De nombreux Nord-Africains s'y installent, faute de mieux et trouvant là des compatriotes. Outre l'insalubrité et les divers dangers que représentent ces entassements (à commencer par celui d'incendie, qui détruira le bidonville de La Timone en 1962), ces bidonvilles constituent un terrain fertile pour le FLN. C'est pourquoi, peu à peu, des foyers pour travailleurs célibataires s'ouvrent. Le premier foyer pour Nord-Africains célibataires est créé en avril 1953, au 40, rue Viala. Comptant 250 places, érigé avec les crédits du ministère du Travail, il est géré par l'Association des foyers nord-africains de Provence. Le reportage concerne la deuxième ouverture, celle du centre de Pont-de-Vivaux, chemin de Saint-Loup, explicitement destiné aux "travailleurs musulmans algériens vivant en célibataires". Financé par la Caisse d'allocations familiales, il comprend 186 lits, dont seulement 20 en dortoir, tout le reste étant en chambres individuelles. Un troisième foyer - celui de la Commanderie, à Saint-Louis - sera ouvert en 1960. Entre temps, Berre et Martigues en auront aussi bénéficié. Cependant, ces foyers ne rencontrent pas le succès espéré. Très réglementés, ils ne laissent pas aux migrants toute la liberté qu'ils souhaitent. Ils sont de plus facilement contrôlables par la police. Afin de les rendre moins répulsifs, ils changeront de nom en 1959, devenant Foyer ou Hôtel de travailleurs. Ce type de foyers-hôtels sera développé à partir de 1964 par la SO.NA.CO.TRA (Société nationale de construction de logements) et le Fonds d'action sociale.

Bibliographie :

Abdelmalek Sayad, Jean-Jacques Jordi et Émile Témime dir., Migrance. Histoire des migrations à Marseille, tome 4, Aix-en-Provence, Édisud, 1991.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
Dès les quais de Marseille se pose un problème dont la solution est indispensable pour la paix sociale des grands centres urbains : l'installation et le logement des travailleurs nord africains. L'industrie a besoin de leurs bras et les attire par milliers chaque année dans la métropole. Mais la plupart du temps, leur logement n'a pas été prévu. Ainsi, se sont crées, dans les banlieues, près des centres industriels, ces îlots insalubres qui méritent bien leur triste nom de bidonvilles, à la fois déshonorants et désespérants. Comment vivre là ?
(Musique)
Journaliste
On conçoit que les sensations de la rue s'exercent puissamment sur cette foule, mal installée, sans vie familiale possible. Ce problème d'intérêt général, la Sécurité sociale l'a mis au rang de ses préoccupations les plus pressantes.
(Musique)
Journaliste
A Marseille-Pont-de-Vivaux, à Marquette-lez-lille et ailleurs, elle a, depuis 1952, dépensé 2 milliards et demi pour créer 12 centres d'hébergement à l'intention des 312 000 travailleurs nord africains, qui, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, ne bénéficient pas de conditions satisfaisantes de logement. 23 autres centres de ce genre, simples, mais dotés du confort moderne, sont actuellement en voie d'achèvement ou de réalisation. Ainsi peut-on espérer que se réduira le surpeuplement des garnis, des hôtels, et que se videront les bidonvilles, nuisibles au bon équilibre du corps social tout entier.