Spectaculaire attentat FLN à Marseille

03 septembre 1958
01m
Réf. 00224

Notice

Résumé :

L'attentat du FLN contre le dépôt de carburants de Mourepiane à Marseille, qui a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 août, a provoqué des dégâts spectaculaires. Plusieurs jours après, des bacs brûlent encore, et l'un d'eux explose. On compte dix-sept blessés ou disparus parmi les sauveteurs. La surveillance a été renforcée.

Date de diffusion :
03 septembre 1958

Éclairage

L'arrivée du général de Gaulle à la tête du pays, à la suite des évènements du 13 mai 1958, est un tournant pour la guerre d'Algérie. Le Front de Libération Nationale (FLN) algérien entend faire pression sur le nouveau pouvoir, alors que le général de Gaulle tente de lui disputer la population "indigène", et que les contacts secrets pris en Suisse ont échoué. Le FLN veut démontrer que rien n'est joué et qu'il est capable de porter la guerre en France, alors que, jusqu'ici, il a plutôt évité d'y organiser des actes terroristes pour ne pas s'aliéner la population, ou, plus exactement, l'action violente s'est limitée au milieu nord-africain et à la liquidation de ses adversaires en Algérie, notamment les partisans de Messali Hadj. Marseille avait donc été relativement épargnée, en dépit du rôle stratégique de son port et de l'importance de la population algérienne qui y vivait (autour de 24 000 Algériens). Cependant Marseille, avec particulièrement le quartier Belsunce, était devenue l'une des bases importantes du FLN.

C'est non sans débats internes au sein d'une direction du FLN divisée que la décision d'ouvrir un "second front" en métropole a été prise. Un plan d'action spectaculaire a été préparé, qui vise particulièrement les installations pétrolières et la région méditerranéenne. Les groupes de choc de l'OS (Organisation spéciale) ont été activés pour réaliser les attentats prévus. L'opération a été déclenchée dans la nuit du 25 au 26 août. Parmi les objectifs se trouvaient bon nombre des installations pétrolières du pays, en particulier celles de Provence : les raffineries et les dépôts de Berre, Lavéra, La Mède, et, à Marseille même, le dépôt de Saint-Louis-les-Aygalades et surtout celui de Mourepiane, près de l'Estaque. Celui-ci, avec ses quarante bacs, est le plus important du Sud-Est. Alors que les actions ont échoué partout ailleurs, l'attentat de Mourepiane a atteint, lui, ses objectifs.

Deux réservoirs ont explosé à 3 h 15 et ont provoqué un gigantesque incendie. Les explosions ont continué le lendemain. Deux cents habitants du quartier de l'Estaque ont été évacués. Les marins-pompiers comptent dix-sept blessés et un mort. Gaston Defferre, venu sur les lieux, a lui-même été légèrement blessé. L'incendie se prolonge pendant dix jours. La campagne d'attentats déclenchée par le FLN se prolonge jusqu'à la mi-septembre, avec une bombe à la préfecture, un attentat dans un hangar de l'armée (faisant un mort civil et cinq blessés) et le sabotage du paquebot Président de Cazalet qui fait la liaison Marseille-Algérie. Le FLN a voulu prouver sa détermination et soulager ses combattants en Algérie ou leur redonner du moral. Mais cette campagne d'action est globalement un échec. Elle n'a pas changé le cours des choses et elle a renforcé la répression. À Marseille, les quartiers nord-africains sont quadrillés de barrages. Internements et arrestations se multiplient. L'OS est décimée. Le procès des seize membres du commando de Mourepiane aura lieu en mai 1960.

Bien entendu, tout ceci n'a pas empêché le FLN de conserver son emprise et de reconstituer ses cadres.

Bibliographie :

Émile Témime et alii, Migrances. Histoire des migrations à Marseille, tome 4, Aix-en-Provence, Edisud, 1991.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
L'incendie du dépôt pétrolier de Mourepian près de Marseille a été l'oeuvre du terrorisme déclenché en France par le FLN. Les sauveteurs ont été tenus en haleine par la crainte d'une extension du sinistre. Tout un dispositif de surveillance était mis en place.
(Musique)
Journaliste
Des spécialistes de la protection civile contrôlaient les risques d'incendie imputables aux écoulements dans les égouts. 6 jours après l'attentat, un bac explosait encore. Grâce à l'action ininterrompue des marins pompiers, le sinistre a fini par être circonscrit. Mais on compte 17 blessés et disparus, et les dégâts sont importants.
(Musique)